Loi bioéthique: FIV, don de sperme, détection de maladies… De quoi parle-t-on avec la PMA?

Un embryon humain (blastocyste) en éclosion, 6 jours après la micro-injection d’un spermatozoïde. — MARCEL MOCHET / AFP

  • Le projet de loi sur la bioéthique est passé ce mercredi en Conseil des ministres. Il prévoit l’ouverture de la PMA aux couples de femmes et aux femmes célibataires.
  • Aujourd’hui, les couples hétérosexuels peuvent bénéficier de cet ensemble de solutions contre l’infertilité.
  • En 2015, 25.000 enfants sont nés d’une de ces techniques d’assistance médicale à la procréation.

Scandé lors de manifestations, repris dans le journal télévisé, discuté à l’Assemblée… Le terme PMA (Procréation médicalement assistée) est partout dans l’actualité. Et pourtant, sait-on vraiment quelles pratiques médicales se cachent derrière ces trois lettres ? Alors que le projet de loi bioéthique, qui contient des mesures sur la PMA, a été présenté ce mercredi en Conseil des ministres, 20 Minutes s’est intéressé à ces solutions pour les femmes et les hommes qui veulent avoir des enfants.

« Je me suis rendu compte que, quand les gens disent « PMA », ils pensent à une fécondation in vitro ou fécondation artificielle alors que c’est bien plus que ça, c’est un ensemble de techniques », remarque Myriam Levain, autrice du livre Et toi tu t’y mets quand ? (éd. Flammarion). « Il y a aussi une caricature. On pense souvent que la PMA sera destinée aux couples de femmes, alors que cette technique est aujourd’hui pratiquée chez beaucoup de couples hétérosexuels. »

« Selon la loi en vigueur, ces techniques d’assistance à la procréation sont destinées aux couples infertiles hétérosexuels, majeurs », complète Michael Grynberg, spécialiste de la reproduction et de la fertilité. L’acte est remboursé par la Sécurité sociale jusqu’à 43 ans chez les femmes. « L’âge de l’homme est laissé à la discrétion du praticien », rappelle le médecin. Une loi qui est amenée à changer : elle doit être discutée à l’Assemblée nationale dès le mois de septembre, avec notamment la proposition d’ouvrir la PMA aux couples de lesbiennes et aux femmes célibataires. Chaque année, « environ 3 % des enfants sont issues d’aide médicale à la procréation, soit 25.000 naissances, sur un total d’environ 145.000 essais », rappelle le médecin. Les couples qui n’arrivent pas à avoir un enfant après environ une année d’essais infructueux voient plusieurs solutions s’offrir à eux.

L’insémination intra-utérine, le premier palier

Un peu moins lourde que la fécondation in vitro (FIV), l’insémination intra-utérine est en général le premier pas pour les couples infertiles. C’est aussi celle qui se rapproche le plus d’un rapport sexuel : on injecte le sperme au fond de l’utérus de la patiente au moment de l’ovulation et la fécondation se fait naturellement. « Il y a une stimulation hormonale légère de la femme pendant une dizaine de jours », explique Michael Grynberg.

« Le jour de l’ovulation, on prépare les spermatozoïdes en sélectionnant les plus performants au laboratoire, grâce à un test », résume-t-il. Selon les données de l’Agence de la biomédecine, en 2015, plus de 6.000 enfants sont nés grâce à cette technique, sur environ 54.000 tentatives.

La fécondation in vitro (FIV), une technique plus lourde

Cette technique, plus invasive, repose sur une forte stimulation hormonale de la femme. « L’objectif est d’avoir beaucoup d’ovules avec lesquels travailler pour générer un maximum d’embryons », détaille Michael Grynberg. Le processus de fécondation de l’embryon se fait ici hors du corps de la femme, en laboratoire, en quelques heures. Environ cinq jours après la fécondation, les œufs sont introduits dans l’utérus de la patiente avec un cathéter, sous contrôle échographique. « Certains couples en arrivent directement à cette technique sans passer par l’insémination intra-utérine, quand il y a un problème de trompe ou très peu de spermatozoïdes. Chez ces patients, on sait que l’insémination intra-utérine a très peu de chances de fonctionner », complète-t-il.

Dons de gamètes : spermatozoïdes et ovules pour couple infertile

Les cellules reproductrices, spermatozoïdes ou ovules, sont parfois à l’origine de l’infertilité d’un couple. Les patients peuvent alors bénéficier d’un donneur. « Ce champ est destiné aux personnes qui ne produisent pas de gamètes. Et quand la nouvelle loi sera passée, les femmes homosexuelles auront aussi besoin de donneurs de sperme par exemple », explique Michael Grynberg. Il est évidemment possible de réaliser une insémination intra-utérine ou une FIV avec ces gamètes venant de donneuses et donneurs.

Le diagnostic préimplantatoire (ou DPI) pour éviter les maladies graves

Être porteur d’une anomalie génétique n’implique pas obligatoirement de renoncer à devenir parent. Le DPI permet de réaliser un diagnostic génétique sur un embryon obtenu par fécondation in vitro – avant qu’il ne soit porté par la femme, selon l’Agence de biomédecine. « On identifie la maladie génétique et une fois que l’anomalie est repérée, on prélève des cellules grâce à une biopsie pour voir si les embryons en sont porteurs. Les embryons indemnes sont transférés dans l’utérus de la patiente », détaille Michael Grynberg. « Cette solution est réservée à des couples fertiles qui risquent de transmettre une maladie d’une extrême gravité, comme la mucoviscidose ou la myopathie », indique-t-il. Cette méthode, très encadrée par la loi de bioéthique de 2004 modifiée en 2011, a permis la naissance de 161 bébés en 2013.

L’« autoconservation » : la congélation des ovocytes, très encadrée en France

La France interdit la congélation des gamètes, sauf dans certains cas de figure. « Le sperme et les ovules des patients et patientes atteints d’une maladie qui pourrait conduire à une infertilité sont congelés », observe le médecin. Les personnes victimes de cancer ou d’endométriose par exemple, sont concernées et peuvent avoir recours à cette solution. La congélation est également autorisée dans le cadre d’une FIV ou d’un don d’ovocytes. Certaines femmes désireuses d’avoir un enfant se tournent donc vers d’autres pays pour faire congeler leurs ovocytes et multiplier ainsi leurs chances d’avoir un enfant quand elles le souhaiteront. « Savoir que ça existe, ça peut changer beaucoup de choses chez les femmes », rappelle  Myriam Levain.

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