Lionel Jospin décédé : il ne s’est pas représenté en 2002.
Lionel Jospin est mort à l’âge de 88 ans, a annoncé sa famille ce lundi 23 mars. L’ancien Premier ministre a soutenu Lamia El Araaje en 2022 dans le 18e arrondissement de Paris et a également apporté son soutien à Emmanuel Grégoire pour la Mairie de Paris.
Cette fois, il ne reviendra plus. Lionel Jospin est décédé à l’âge de 88 ans, a annoncé sa famille ce lundi 23 mars. Pour de nombreux Français, sa trajectoire politique a pris fin le 21 avril 2002 lorsque son élimination au premier tour de l’élection présidentielle, dont il était le grand favori, a profité à Jean-Marie Le Pen.
Ce soir-là, il a prononcé un discours marquant, annonçant son retrait « définitivement de la vie politique ». Cependant, l’ancien Premier ministre (1997-2002) a failli faire son retour quelques années plus tard, lors de la campagne présidentielle de 2007, où il aurait pu représenter le Parti socialiste pour la troisième fois consécutive.
### Plusieurs retours à son actif
« Lionel Jospin a connu plusieurs retours en réalité », souligne Pierre-Emmanuel Guigo, maître de conférences en histoire à l’université Paris Est Créteil. Il rappelle que le natif de Meudon (Hauts-de-Seine) avait pris du recul en 1992 après avoir quitté les gouvernements Rocard et Cresson, ainsi qu’à la suite de sa défaite aux législatives de 1993. Ce sont surtout les désistements successifs de Michel Rocard et de Jacques Delors en décembre 1994 qui l’ont poussé à se repositionner pour la candidature socialiste à la présidentielle de 1995, qui s’est soldée par une défaite face à Jacques Chirac.
Après son retrait en 2002, Lionel Jospin reste discret, mais son ombre plane sur le socialisme français en manque de leader charismatique. À l’image de Zinédine Zidane, qui a effectué son retour en équipe de France en 2005 comme un sauveur, certains espèrent voir Lionel Jospin endosser le rôle d’homme providentiel pour la gauche.
### « Il aurait fallu un véritable appel… »
Le problème est que plusieurs figures émergent, et trois candidats se déclarent : Ségolène Royal, Dominique Strauss-Kahn et Laurent Fabius. « Il avait cette image de haute autorité morale ; il ne pouvait pas se présenter comme le faisaient les trois autres », explique Gilles Candar, historien spécialiste du socialisme. « Il aurait fallu un véritable appel, suffisamment large pour lui faire reconsidérer les choses et quitter, comme Cincinnatus, son île de Ré. »
### « Pas obnubilé de la trace qu’il laisserait dans l’histoire »
Le voulait-il vraiment ? Difficile à dire, même si, d’après Gilles Candar, c’était un « homme d’orgueil, sans connotation péjorative ». Pourtant, en juin 2006, Lionel Jospin ouvre la porte dans une tribune publiée dans Le Monde : « S’il apparaissait que je suis le mieux placé pour rassembler […] alors je me poserais la question. » Plusieurs cadres, dont Jean Glavany, Manuel Valls ou Michel Sapin, se disent même favorables à un retour de celui qui était surnommé « Yoyo » par « Les Guignols de l’info ».
Le problème, c’est que toutes les conditions qu’il énumère ne sont pas réunies. La candidature de Ségolène Royal, qu’il rejette, prend de l’ampleur, et un sondage Ipsos de septembre 2006 montre que les sympathisants socialistes ne sont pas réellement enthousiastes (56 % ne souhaitaient pas son retour).
### Une activité politique jusqu’aux derniers jours
« Ensuite, Ségolène Royal va s’imposer comme la candidate socialiste pour 2007, et une nouvelle génération va émerger au PS avec François Hollande, Dominique Strauss-Kahn, Martine Aubry, etc. Lionel Jospin, comme Michel Rocard, va être mis de côté, cantonné au rôle de vieux sage consulté et entendu », rappelle Pierre-Emmanuel Guigo.
Un sage d’autant plus respecté qu’il savait conseiller tout en préservant l’esprit de rassemblement qui a fait le succès de la Gauche plurielle. « Ses cinq années à Matignon ont été considérées comme très positives. Il a su contenter les plus réformistes, le centre gauche, les communistes et les écologistes. De plus, il avait cette bonne image de celui qui a su se retirer », commente Gilles Candar.
Pour Pierre-Emmanuel Guigo, qui a bien connu Lionel Jospin pour avoir organisé un colloque auquel il avait accepté de participer, Lionel Jospin n’était pas obsédé par le pouvoir : « Il était très attentif à son bilan, à ce qui devait exister et être mis en valeur. Mais il n’était pas complètement obnubilé, comme Jack Lang par exemple, de la trace qu’il laisserait dans l’histoire. »
Lionel Jospin a préféré retourner à son rôle de vieux sage, qui s’exprime seulement lorsqu’on le sollicite, « à l’exception de ses cinq années au Conseil constitutionnel où sa rigueur protestante l’a conduit à respecter scrupuleusement son droit de réserve ». « Mais il est resté très actif en politique. Il a soutenu Lamia El Araaje en 2022 dans le 18e arrondissement de Paris, et plus récemment, il a apporté son soutien à Emmanuel Grégoire pour la Mairie de Paris », conclut Pierre-Emmanuel Guigo.

