Limousin: Dans cette ferme, on chouchoute les poules pondeuses et on les laisse vieillir tranquillement

Les poules pondeuses peuvent sortir à l’extérieur, à leur guise. — E.Provenzano / 20 Minutes

  • Depuis 2017, la start-up Poulehouse s’est installée dans le Limousin pour lancer un élevage de poules pondeuses qui ne seront pas abattues. Elles seront bientôt 3.500 sur les 16 hectares de l’exploitation.
  • Elle teste aussi en lien avec une start-up allemande le sexage in ovo pour éviter le broyage des poussins mâles à leur naissance.
  • Son but est de développer une filière éthique de l’œuf en accompagnant des fermes souhaitant changer de modèle.

Quelques poules rousses caquettent à leur aise, picorant dans l’herbe verte et grasse, pendant que d’autres préfèrent couver à l’intérieur. Les 500 gallinacées hébergées depuis 2017 dans la ferme de 16 hectares Poulehouse de Coussac-Bonneval, en Haute-Vienne, ont un bel avenir de poules pondeuses devant elles. On est loin des lots de 50.000 volailles des élevages industriels.

Elles n’iront pas à l’abattoir à l’âge fatidique de 18 mois, comme leurs 50 millions de congénères en France, au motif qu’elles commencent alors à être moins productives. Elles mourront de leur belle mort, dans cette ferme pilote du Limousin, installée en agriculture biologique, qui accueillera 3.500 volailles à partir du début de l’été. Elles n’ont pas non plus le bec coupé, comme les poules des élevages intensifs, et ne s’attaquent pas puisqu’elles peuvent s’ébattre dans un espace suffisant. Vous l’avez compris, le coeur du projet Poulehouse, c’est le bien-être animal.

Comment produire ces œufs qui ne tuent pas les poules ?

La ferme pilote est une sorte de démonstrateur qui doit permettre de faire basculer des fermes vers ce modèle qui épargne les gallinacées. « On a déjà trois éleveurs (Amiens, Chartres et Orléans) et à la fin de l’année on en comptera huit à dix,et plus de trente l’année prochaine », détaille Fabien Sauleman, l’un des cofondateurs, qui concevait des applications pour smartphone avant de s’intéresser à l’éthologie et d’avoir l’idée d’une filière éthique de l’œuf.

Pour les convaincre de s’associer à la filière, « on leur propose une équation économique plus intéressante que ce qu’ils ont aujourd’hui », promet Fabien Sauleman. Dans les deux premières années, il n’y aura pas de grande différence pour les éleveurs, qui seront sur une rentabilité classique, c’est après que le modèle varie. « A partir de 24 mois et après, une partie des revenus provient de prestations payées par Poulehouse qui sont issues des ventes des premières années, explicite le cofondateur. On est en situation de financer le déficit d’un bâtiment où les poules pondent moins. »

Une partie des recettes de la vente des œufs permet de financer la retraite des poules pondeuses, c’est la raison pour laquelle l’œuf est vendu plus cher  (un euro pièce) qu’un œuf issu des filières déjà existantes. Depuis son lancement en 2017 Poulehouse a vendu deux millions d’œufs, un chiffre qui le pousse à croire que le consommateur est prêt à financer un tel modèle. « On est au début d’une forte accélération, livre Fabien Sauleman. On va retravailler notre politique tarifaire, tout en restant dans le même mode éthique. »

Au départ les œufs ont été distribués dans les magasins bio (Biocoop, Naturalia etc.) mais ils sont maintenant disponibles aussi dans le réseau de la grande distribution (Franprix, Monoprix et Carrefour) pour s’adresser à tout le monde.

Et les poussins ?

Dans une grange de la ferme limousine, on suit Fabien Sauleman qui nous mène à la rencontre d’un millier de poussins. Une odeur de sciure flotte dans l’air, très chaud, puisque la pièce est chauffée à 30 °C. Les poussins pépient, couvrant presque la radio qu’on leur laisse allumée en permanence, afin qu’ils s’habituent à la voix humaine.

« On a beaucoup de paramètres à vérifier dans les premières semaines (température, nourriture etc.) raconte Elodie Pellegrain, cofondatrice de Poulehouse qui vit sur la ferme. Je suis ingénieure agronome de formation mais je ne voulais pas faire de l’élevage initialement car je ne trouvais pas de compromis satisfaisant, Poulehouse me l’a apporté. »

Les poussins sont issus d’un sexage in ovo, c’est-à-dire que grâce à un couvoir situé en Hollande Seleggt, une start-up allemande, une sélection des poussins femelles a eu lieu, évitant que les mâles ne soient broyés à la naissance. Pour développer cette méthode, il manque un couvoir français équipé de cette technologie.

Des projets de recherche sur le site

En lien avec l’ Inra et  Itavi (une unité de recherche avicole à Tours), des projets de recherche vont être menés à partir de cet été sur 3.000 poules, réparties dans trois bâtiments distincts. « On va y tester des choses différentes pour vérifier le vieillissement en fonction du type de conduite d’élevage (variation d’aliments, de lumière etc.) et comment ça se passe en termes de ponte », décrit Fabien Sauleman.

Poulehouse croit au potentiel de son modèle et a l’ambition de se développer de façon accélérée sur la France dans les 12 à 18 prochains mois, et de s’internationaliser à partir de 2021. « On espère pouvoir sauver 400.000 poules dans les années qui viennent », lance Fabien Sauleman.

Il fait le parallèle entre le segment du sans-abattage et celui du plein air, qui semblait un peu incongru dans les années quatre-vingt mais qui s’impose aujourd’hui. Ce ne sont que les débuts de cette nouvelle filière, mais Poulehouse en est sûr, les consommateurs dont les esprits ont été marqués par les vidéos de L214 sont prêts pour cette transition.

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