Lille : Qui a dit que les fresques de Noël étaient ringardes ?

A un mois tout pile de Noël, Lille est déjà largement parée de ses oripeaux festifs. La grande roue est installée sur la place du général de Gaulle, la chenille trône devant l’Opéra et le village de Noël accueille les visiteurs depuis le week-end dernier. Dans les boutiques, c’est aussi le branle-bas de combat. Et s’il faut reconnaître aux commerçants une vraie volonté de mettre le paquet en matière de décoration, on reste souvent perplexe face au manque d’originalité, voire au mauvais goût. Et pourtant, une fresque de Noël peut-être jolie et moderne. Et ça, c’est le boulot d’Ingrid Delebarre, une jeune graphiste lilloise.

Elle est assez discrète, Ingrid, avec son petit bonnet et un matériel réduit a quelques Posca blancs qui tiennent dans un petit sac qu’elle porte en bandoulière. Il y a d’ailleurs fort à parier que même les habitués de la gare Lille-Flandres ne l’auront pas vue travailler. Et gageons aussi que, pressés d’attraper leur train ou d’aller travailler, les voyageurs n’auront pas fait attention aux fresques de Noël qui ornent désormais les vitrines de la boulangerie Kaiser et de la sandwicherie Subway. Parce que le talent de la jeune femme n’est pas d’attirer l’œil, mais plutôt de capturer le regard : « Je ne refuse aucun modèle, aucune demande. Si le client souhaite un Père Noël, je vais lui faire un Père Noël, mais à ma sauce, épuré, moderne », explique la graphiste de 31 ans.

Un travail dont la valeur peine a être reconnue

On ne verra donc pas sa signature sous un gros pâté vert, rouge et blanc où se côtoient des rennes aux têtes de Bambi ratés et des lutins gras comme des nains de jardin. Non, le trait d’Ingrid est fin, souvent monochrome et toujours stylé, même s’il lui arrive de peindre des trucs un peu chelous : « J’aime bien ajouter des motifs en rapport avec l’activité de l’enseigne », poursuit-elle en nous montrant, sur la vitrine du Subway, deux sandwichs attelés à la place des rennes au traîneau du Père Noël.

Pourtant, malgré des tarifs très abordables, compris entre 150 et 450 euros, Ingrid ne croule pas sous les demandes. Elle doit notamment faire face à la concurrence des stickers achetés sur Wish ou au manque de budget des commerçants. « Beaucoup bloquent sur le prix, reconnaît la jeune femme. Ils comprennent difficilement qu’ils payent un savoir-faire, des heures de travail, et pas uniquement un peu d’encre de Posca. »

Malgré tout, Ingrid trouve en cette activité saisonnière un complément financier bienvenu. Parce que le cœur de son métier de graphiste tourne plutôt autour de la création d’identités visuelles. « C’est un secteur ou les débouchés sont souvent saturés et dans lequel la concurrence est rude », glisse-t-elle. Lucide sur le fait qu’il lui faudra du temps pour « faire son nid », Ingrid garde les pieds sur terre : « Quand on débute, il faut accepter de galérer. Mais je compte bien m’accrocher quitte a reprendre des jobs alimentaires à côté. »