Lille : L’identitaire Damien Rieu jugé pour un tract accusant Xavier Bertrand de collusion avec les islamistes

Ce n’est pas dans un contexte apaisé que s’est tenu, ce mardi, à Lille, le procès de Damien Rieu, ancien militant identitaire, ancien proche du RN et actuel membre du parti d’Eric Zemmour, Reconquête !. Alors que l’affaire de l’imam Iquioussen est encore fraîche, alors que s’ouvre le procès de l’attentat de Nice, Damien Rieu devra répondre de diffamation envier le président des Hauts-de-France, Xavier Bertrand. Ce dernier l’avait en effet poursuivi en justice après la diffusion, au cours des dernières élections régionales, d’un tract intitulé « Les 6 pêchés islamiques de Xavier Bertrand ».

Lors des élections régionales de juin 2021, qui ont permis à Xavier Bertrand d’être réélu, Damien Rieu, cofondateur de Génération identitaire, un mouvement d’extrême droite dissous en mars 2021, faisait campagne sur les réseaux pour le candidat du RN, Sébastien Chenu. Très actif sur Twitter, où il avait déjà surnommé son adversaire « l’imam Xavier Bertrand », Damien Rieu avait relayé un tract du RN accusant l’ancien ministre de financer, soutenir ou promouvoir l’islam, voire l’islamisme. Des accusations que l’identitaire, habitué des procès en diffamation, a réitérées dans une vidéo, publiée dimanche sur Twitter.

Xavier Bertrand ne conteste pas « la base factuelle suffisante »

A l’audience, seul le prévenu était présent. Mais il n’a pas eu la tribune politique qu’il aurait pu espérer. En effet, dans sa plainte de 22 pages, Xavier Bertrand ne conteste pas « la base factuelle suffisante », à savoir les 6 faits dénoncés par le tract, souligne maître Pierre-Vincent Lambert, avocat de Damien Rieu. Toujours selon la défense, le président de région les reconnaît même, « au moins pour la subvention du lycée Averroès et la radio islamique, puisqu’il a voulu supprimer ces subventions ». Sur le fondement de ces « 6 pêchés », même l’avocat du plaignant estime que ce n’est pas à lui « de dire si c’est vrai ou faux ».

Pour Xavier Bertrand, ce sont donc les sous-entendus du tract, à savoir le favoritisme et le clientélisme envers l’électorat musulman, qui constituent la diffamation. « Ce tweet visait à dénoncer le double discours de Xavier Bertrand. Celui des plateaux télé où il met en garde contre l’islamisme, et ses actes, quand il finance de telles associations », argumente Damien Rieu. Eric Morin, avocat du président de région, y voit plutôt une attaque personnelle, « parce que Xavier Bertrand a toujours fait montre d’une opposition rude et ancienne au Front national ».

Possible prescription

De toute façon, il y a fort peu de chances que le procès débouche sur autre chose qu’un non-lieu. Tant l’accusation que la défense et le parquet s’accordent sur un problème de prescription, la procédure ayant pris cinq mois lorsqu’elle aurait dû n’en demander que trois. Un délai que Me Morin tente notamment de mettre sur le dos de Damien Rieu, lequel refuse de donner son adresse pour des « questions de sécurité ». « Je ne veux pas finir comme Salman Rushdie », a-t-il lancé au tribunal. Délibéré le 11 octobre.