Ligue des champions: Méthode Coué, gros pressing et 12e homme… Alors, comment on fait des remontadas?

Les Reds ont renversé Barcelone — Chine Nouvelle / SIPA

Comme Christophe Dugarry sur RMC Sport à la mi-temps de la demie retour de Ligue des champions, mardi soir, beaucoup pensaient qu’une remontée de Liverpool relevait de l’impossible. Nous les premiers. Jurgen Klopp et sa meute enragée l’ont pourtant fait. Un an après la gifle de Rome, le FC Barcelone s’est fait sortir de la C1 fort d’une avance de trois buts au coup d’envoi. L’ironie est totale. Deux fois que les Blaugranas se font prendre au piège de la mode qu’ils ont lancée en 2017 en humiliant le Paris Saint-Germain au Camp Nou. Avoir défié les lois mathématiques (0 % de chances de se qualifier après le 4-0 au Parc, qu’ils disaient), c’est avoir rendu possible un truc qui n’existait pas et banalisé des exploits qu’on voyait une fois tous les millénaires.

Prenez la qualification de la Roma contre Barcelone, l’année dernière. La dernière fois qu’une équipe remontait un 4-1, c’était en 2004 (La Corogne contre Milan). La comète de Haley, le truc. Sauf que maintenant, le machin passe devant nos fenêtres une fois par an – en considérant que PSG-United et Juve-Atlético ne sont pas du même niveau. Une fois c’est un miracle, trois fois ça commence vachement à ressembler à une tendance. Du coup, on a cherché à expliquer le phénomène en s’armant de deux docteurs ès tactique : Christophe Kuchly (Cahiers du Foot) et Florent Toniutti. Pour schématiser, la remontada prend racine hors des quatre lignes pour se concrétiser sur le pré.

Avant le match : méthode Coué et messages optimistes

« Je pense qu’il ne s’agit pas de tactique, ni de philosophie, mais de cœur et d’âme et d’une fantastique empathie qu’il a créée avec ce groupe de joueurs. […] Ne pas abandonner, avoir un esprit de combat, chaque joueur donne tout. » Les mots de José Mourinho sur beIN Sports traduisent ce qu’a été le travail de Klopp sur les six jours séparant la débandade de l’exploit : mettre dans le crâne de ses joueurs que c’était possible et de tout faire pour que ça arrive. Sans méthode Coué, le Barça n’aurait pas battu Paris 6-1, la Juve n’aurait pas battu l’Atlético et Liverpool serait (déjà) en train de se lamenter sur sa saison vierge de titres. Toniutti : « Ronaldo qui annonce le 3-0 au retour après la défaite 2-0 contre l’Atlético, Klopp et son « on va essayer, et si nous y arrivons, c’est super. Sinon, on va échouer de la plus belle des manières », Enrique qui martelait pendant un mois qu’ils avaient déjà battu des équipes 4 ou 5-0 et qu’ils pouvaient le faire contre Paris. Il y avait toujours un message positif. Même Solskjaer dans une moindre mesure avait un discours positif. »

Avant et pendant le match : l’importance du douzième homme

On a beaucoup chambré Anfield pendant la phase de groupes parce que le CUP faisait plus de bruits que les supporters locaux. Mais mardi, les Scousers ont fait du bruit. Beaucoup. D’abord en dix minutes de You’ll Never Walk alone dont la moitié a cappella. Puis en imprimant un vacarme à vous faire chialer le pauvre Timo Werner. « Anfield se transforme en un des stades les plus chauds d’Europe quand ça commence à s’enflammer et si le public est chaud, ça vient alimenter la folie globale », analyse Kuchly.

Pendant le match : de l’importance du but prématuré (et de la chance)

Et pour installer une ambiance sud-américaine, quoi de mieux que d’ouvrir le score tôt, très tôt. Suarez avait trompé Kevin Trapp à la 3e minute, Edin Dzeko ouvert le score à la 6e et Divock Origi lancé la machine à la 7e minute hier. Le ressort est aussi mental que mathématique. Kuchly parle « d’élément déclencheur », Toniutti la joue captain obvious : « l’importance du premier but est capitale parce que mathématiquement il y a un but en moins à mettre. A la mi-temps, t’en as plus que deux à mettre parce qu’en plus tu n’en as pas encaissé. » Liverpool peut à ce titre remercier la passe incompréhensible d’Alba face au but pour Messi autant que le Barça avec la non-passe de Di Maria pour Cavani en 2017. Car les occasions vendangées du futur perdant sont un classique de la remontada. Conséquence, « Klopp a pu récupérer ses joueurs en vie et en remettre une couche dans son discours de mi-temps pour les rebooster », imagine Toniutti. La suite, on la connaît. Une masterclass des Reds et un 3-0 sans appel en seconde mi-temps.

La tactique : pressing haut, toujours plus haut

Bloc haut ou bloc bas, c’est la même histoire que verre à moitié plein ou vide. Les enthousiastes diront que les Reds ont imprimé leur pressing, les aigris que Barcelone a déjoué. Et les deux n’auront pas tort. Et là, plutôt que d’enrober leurs paroles, on citera nos deux analystes inspirés pêle-mêle.

Toniutti : « L’idée c’est de hausser son niveau d’intensité pour maintenir l’adversaire dans sa zone et on le pousse à l’erreur. Ensuite la clé c’est la capacité du premier rideau pour pousser l’adversaire à la faute ou jouer long et ensuite au milieu avoir cette capacité à gagner les deuxièmes ballons. Sans premier rideau pour gêner la relance, c’est pas possible. Mais derrière la ligne de défense doit remonter. L’avantage de Liverpool c’est qu’ils sont capables de le faire en claquant des doigts, c’est leur plan de jeu que de mettre une grosse intensité dans leurs matchs. Je pense que si on avait inversé les rôles et les stades, le Barça n’aurait pas pu remonter ce handicap parce que c’est le Barça de Valverde et qu’ils ont l’habitude de jouer plus bas, gérer un peu plus. »

Kuchly : « Liverpool est seulement allé plus loin dans ses idées. Il fallait presser et acculer l’adversaire, mais un peu plus que d’habitude vu les circonstances. Le truc c’était ‘’ on va les confronter à un problème auquel ils n’ont pas l’habitude d’être confrontés’’.. Le Barça plus que les autres est vulnérable face au pressing autour de sa surface. City, pareil, quand tu les mets sous pression c’est plus difficile pour eux. Ce sont des équipes qui ont l’habitude de jouer très haut [avec peu de situations défensives concédées].

Une question demeure sans réponse. Pourquoi maintenant ? Pourquoi, n’a-t-on pas eu mieux que des renversements de deux buts pendant 15 ans et pourquoi soudain cette cascade de miracles christiques ? Les défenseurs sont-ils devenus mauvais ? Les joueurs trop friables mentalement ? Kuchly en plein doute, à la conclusion : « même Godin et Gimenez, ceux qu’on imaginait imprenables, ont aussi été mis à mal par la multiplication des ballons dans leur surface. Et Van Dijk, qui semble être le plus fiable du monde aujourd’hui, à l’aller il coûte au moins un but. Peut-être que je dis une bêtise mais est-ce que si tu mets Nesta à la place de Lenglet, ça aurait changé quelque chose au problème d’ensemble du Barça ? Est-ce que c’est pas quasiment impossible d’être DC aujourd’hui ? Il y a plein d’incertitudes. » A croire que bientôt l’exploit ne sera pas de renverser la vapeur mais de garder un score en garant le bus façon Chelsea de Di Matteo.

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