Ligue 1 : Aux origines du chant « On les a chicotés », désormais marque de fabrique du RC Lens

Les Lensois vont-ils « chicoter » l’AJ Auxerre ce samedi (17h) pour le compte de la 19e journée de Ligue 1, et offrir une nouvelle fois à leurs supporteurs l’occasion d’entonner le désormais célèbre chant « Olélé olala, mais qu’est ce qui s’est passé ? On les a chicotés » ? Un refrain chanté par Franck Haise il y a deux semaines après la victoire contre le PSG (3-1), l’occasion aussi de fêter sa 100e à la tête du RC Lens. A 20 Minutes, on a voulu comprendre d’où pouvait bien venir cet hymne, alors on a mis notre cellule enquête sur le dossier. Et pour tout vous dire, on ne pensait pas que ça nous mènerait jusqu’en République démocratique du Congo.

A Lens, il sert de chant de rassemblement de l’époque Ligue 2, et de l’arrivée des Corses Jean-Louis Leca et Yannick Cahuzac respectivement en 2018, et 2019. « Un soir de victoire en Ligue 2, on chantait plusieurs trucs. On mettait les jeunes en avant mais ils étaient un peu timides. Alors Cahu [Yannick Cahuzac] a commencé à le chanter en disant  » tous après moi ! « . Et c’est rentré. Ensuite Yannick, qui était capitaine, le lançait après chaque victoire », confie Jean Louis Leca, le gardien désormais remplaçant du RC Lens.

« On les a chicotés », que Jean-Louis Leca traduit par « on les a battus » s’est progressivement installé dans le vestiaire lensois, avant d’être repris par le public du stade Bollaert et de devenir l’un des emblèmes du club.

Origine congolaise

Ce chant s’est aussi immédiatement rappelé aux bons souvenirs de notre confrère lyonnais, Jérémy, qui l’avait entendu lors de l’épopée de Lyon La Duchère en Coupe de France, en 2019. A l’époque, Cédric Tuta est le chef d’orchestre du vestiaire : « A la Duchère, j’étais l’initiateur des chants. Et j’aimais faire des créations, amener ma petite touche personnelle. Lorsqu’on a gagné 3-0 contre Nîmes en Coupe de France j’ai lancé ce chant : « Olélé Olala, mais qu’est ce qui s’est passé ? On les a chicotés ». C’était une inspiration personnelle, je ne l’avais entendu nulle part, même si je n’ai pas non plus la prétention d’en être à l’origine. Par contre, je sais que la vidéo a pas mal buzzé après notre victoire, et j’ai commencé à entendre ce chant dans différentes équipes, notamment en Ligue 2 », nous confie l’ambianceur.

En se plongeant dans les méandres des internets, on retrouve effectivement le désormais fameux « on les a chicotés » repris par le vestiaire de l’AS Nancy Lorraine en 2019. Mais surprise, le chant apparaît aussi sur une vidéo du vestiaire sochalien, datée de 2017. On y voit le désormais international français, Ibrahima Konaté, 16 ans à l’époque, lancer ce cri, repris par tout le vestiaire. Renseignements pris, Cédric Tuta ne connaît pas Ibrahima Konaté, ni aucun autre joueur de l’effectif sochalien à cette époque. « Mais c’est sur le même rythme que nous, et ils disent les mêmes paroles ? », s’interroge-t-il. Tout à fait.

L’ancien attaquant de Lyon La Duchère nous mène sur une autre piste, un peu plus lointaine que celle de la Franche-Comté :

« Le terme  » chicote  » est spécial pour moi, qui suis d’origine de la République démocratique du Congo. Nous sommes réputés pour être les musiciens de l’Afrique, et on retrouve « chicote » dans la chanson de Felix Wazekwa, Leopards Fimbu na Fimbu, qu’il a fait pour la victoire du Congo lors du championnat d’Afrique des nations 2016. Fimbu signifie la chicote, qui est le fouet, et depuis des joueurs font aussi le geste du fouet comme célébration après un but. Quand on gagnait, c’est comme si on fouettait l’adversaire et si on perdait, ça se retournait contre nous », relate Cédric Tuta.

« Il encourage chaque équipe à bien jouer »

Depuis cette victoire au CHAN, les joueurs de la sélection nationale de la RDC ont pris l’habitude de célébrer leurs buts et leurs victoires sur la danse du Fimbu na Fimbu, créée par Felix Mazekwa. Dans une interview donnée à Jeune Afrique en 2017, il explique que cette danse dépasse à l’origine le cadre du foot : « Ceux qui commettent des infractions méritent bien une chicotte ». Avant d’être finalement récupérée par les joueurs congolais, qui « ont vite compris que les pas de danse faisaient penser à une correction que l’on infligerait à quelqu’un qui a commis une entorse. On chicotte désormais une défense qui encaisse des buts au cours d’un match ».

Tout en refusant le côté belliqueux de la chose : « Fimbu est ludique. Il n’a rien à voir avec les gestes qui blessent les adversaires et créent des tensions dans un match. Il encourage chaque équipe à bien jouer pour remporter le match afin d’être celle qui va  » chicotter  » l’autre », plaide le chanteur.

Une marque et une ligne de vêtements

A partir de cette date, la danse et le chant ont progressivement infusé le monde du football, notamment en France, aidé par des chanteurs d’origine congolaise comme Gradur. D’où son apparition dans les vestiaires français, comme à Sochaux en 2017. Ibrahima Konaté n’est certes pas d’origine congolaise, mais malienne. Nation justement battue en finale de du CHAN 2016 par le Congo, tiens, tiens !

Le terme a désormais dépassé le cadre de la rivalité sportive au point de devenir une marque et même une ligne de vêtements pour les supporters lensois, créées en partenariat entre Yannick Cahuzac et Jean-Louis Leca, avec des amis de la société M Concept, une société de textile basée à Arras. « Ils voulaient créer un truc par rapport à nous, au renouveau du RC Lens. Comme le chant était déjà bien repris et qu’il était chanté au stade, on a créé la marque  » Chicoté  » et on l’a déposé », relate le gardien de but. Depuis, lui et Yannick Cahuzac en sont un peu les représentants, et une partie des bénéfices est reversée à Foot en cœur, une association du Pas-de-Calais qui œuvre pour amener des enfants en difficultés vers le foot, et à « J’aime ma mer », une association pour la protection de la Méditerranée. Ou comment un terme français d’Afrique est devenu l’un des emblèmes Chtis.