L’étonnante histoire des dernières statues du roi Louis XVI

C’était il y a 230 ans, jour pour jour. Louis XVI, dernier roi de l’Ancien régime, était guillotiné sur l’actuelle place de la Concorde. Un épisode majeur de la Révolution française qui subjugua l’Europe entière. Cinq mois plus tôt, le renversement du monarque par la prise des Tuileries avait déclenché un vaste mouvement de démantèlement des statues royales. A Paris comme en province, les représentations de Louis XVI disparurent à jamais. Enfin presque. Quatre statues hommage au célèbre époux de Marie-Antoinette, toutes sculptées après sa mort, sont parvenues à traverser les périodes républicaines en restant entières. Et seules deux, largement méconnues, sont encore exposées sur l’espace public.

La plus spectaculaire se trouve en centre-ville de Nantes, à 25 m de haut, au sommet d’une colonne en pierre dominant la place Maréchal-Foch, à deux pas de la cathédrale. Louis XVI y est représenté en empereur romain. Une idée d’un groupe d’architectes, dont Mathurin Crucy, ayant passé commande de l’œuvre dès 1788. « Sauf qu’il y a eu plein de rebondissements, raconte Marion Orillard, conservatrice-régisseuse au musée d’Histoire de Nantes. La colonne a bien été dressée en 1791 mais, avec la fuite de Louis XVI à Varennes, le projet de statue du roi est abandonné et remplacé par une allégorie de la Liberté, qui n’aboutira jamais par manque d’argent. » Puis une statue de Napoléon avec des aigles est, un temps, évoquée à l’occasion de la venue de l’empereur à Nantes en 1808.

La statue de Louis XVI en empereur romain au sommet d'une colonne, place Foch à Nantes.
La statue de Louis XVI en empereur romain au sommet d’une colonne, place Foch à Nantes. – F.Elsner/20Minutes

« Finalement, le retour de la monarchie en 1814 relance le projet initial, poursuit Marion Orillard. Ça prendra du temps mais la statue du roi, réalisée par le sculpteur franco-autrichien Dominique Molknecht, est inaugurée en 1823. » Elle demeurera curieusement en l’état, malgré quelques épisodes de tensions. « Depuis, cette place est surnommée « place Louis XVI » par les Nantais. La statue fait partie du paysage mais peu de gens connaissent son histoire, ni même savent que sa présence est une rareté en France », remarque Anne Bouillé, responsable du service conservation au musée d’Histoire. Chaque 21 janvier, quelques royalistes viennent tout de même célébrer le souvenir du « roi martyr ».

Mise à l’abri après des dégradations

A 20 kilomètres de Nantes, c’est devant l’église de la commune du Loroux-Bottereau (Loire-Atlantique) que trône une autre statue de Louis XVI debout. Inaugurée en 1822, elle aussi a été façonnée par Molknecht. « Elle avait été commandée à la Restauration pour honorer le retour de la monarchie dans une ville profondément marquée par les Guerres de Vendée [qui ont opposé royalistes et républicains entre 1793 et 1800] », raconte Laurence Plessix, guide conférencière.

Facilement accessible, la statue du roi de France a toutefois subi de nombreuses dégradations d’opposants. A tel point qu’une copie en résine a dû être réalisée à la fin des années 1990. « C’est cette copie qui se trouve sur la place. L’originale a été mise à l’abri dans un bâtiment municipal », indique Laurence Plessix, laquelle note que « les habitants passent devant le monument tous les jours sans particulièrement y prêter attention ».

A gauche, la statue de Louis XVI du Loroux-Bottereau. A droite, celle du parc de Caradeuc à Bécherel.
A gauche, la statue de Louis XVI du Loroux-Bottereau. A droite, celle du parc de Caradeuc à Bécherel. – Office de tourisme du vignoble nantais / Parc de Caradeuc

Un symbole devenu bien encombrant

Une troisième statue de Louis XVI sur un piédestal avait été sculptée par Molknecht. Elle se trouve dans le parc du château de Caradeuc, à Bécherel (Ille-et-Vilaine). Mais, contrairement à ses sœurs de Nantes et du Loroux-Bottereau, elle n’est visible qu’en période estivale. Son CV n’en demeure pas moins surprenant. « A l’origine, elle avait été commandée pour habiller la niche de l’hôtel de ville de Rennes, raconte Cécile de Kernier, propriétaire du château. Mais, lorsqu’elle fut terminée, en 1830, l’époque avait changé et la ville préféra la stocker » au musée des beaux-arts. Encombrante, la statue fut prêtée au parc de Caradeuc en 1950. Comme un symbole, il se trouve que c’est Louis XVI qui avait érigé en marquis un certain Louis-René Caradeuc, l’ancêtre familial alors en exil. « Il était donc bien difficile de refuser cette statue », sourit Cécile de Kernier.

Loin de la Bretagne, une statue de Louis XVI existe également dans la commune de Sorèze (Tarn). Elle se trouve précisément dans le jardin de l’ancienne abbaye bénédictine, devenue école royale militaire sous Louis XVI. L’école privée a fermé en 1991 et le site héberge aujourd’hui deux musées. Installée près d’une carrière d’équitation, la statue, dont on sait peu de choses, n’est accessible qu’aux dates et heures d’ouverture de visites.

Par ailleurs, une imposante statue de Louis XVI est longtemps restée dans le centre-ville de Louisville (Etats-Unis), la plus grande ville du Kentucky. Datant de 1827, elle avait initialement été réalisée pour la ville de Montpellier, laquelle n’a jamais vraiment osé l’exposer. Elle avait ensuite été offerte à Louisville en 1967, dans le cadre d’un jumelage, avant d’être finalement retirée en 2020, victime d’actes de vandalisme dans un contexte de tensions raciales.