Les victimes d’implant de hernie témoignent : « Comme des coups de poignard »
Julie, 28 ans, a décrit sa douleur au quotidien depuis qu’elle s’est fait poser une prothèse en polypropylène pour soigner une hernie. Michel Delcour a mis fin à ses jours en mai 2024, à 64 ans, un peu plus d’un an après la pose d’un implant.
« Une sensation d’avoir des lames dans le ventre qui vont me trancher si je me penche. » C’est ainsi que Julie, 28 ans, décrit la douleur qui l’envahit au quotidien depuis qu’elle a reçu une prothèse en polypropylène pour soigner une hernie. Lorsqu’elle a contacté l’avocat Pierre Debuisson, elle ne s’attendait pas à être la première d’une longue liste.
Depuis quelques mois, notamment après le témoignage du comédien Arnaud Denis, également victime de complications dues à cet implant, les témoignages affluent au cabinet de l’avocat. Ce dernier a recensé environ 200 victimes et s’attend à « des milliers, peut-être même des dizaines de milliers » d’autres, compte tenu du nombre de prothèses de hernie posées chaque année en France – environ 200.000. L’ANSM a renforcé sa surveillance en août 2024 en raison d’une augmentation des signalements de patients. « C’est un scandale sanitaire qui a été totalement étouffé », dénonce Pierre Debuisson, mentionnant des victimes « plutôt jeunes, en bonne santé, parfois même sportives ».
### Julie, 28 ans et une vie à l’arrêt
Ce profil correspond parfaitement à Julie. Cette infirmière « hyperactive » et mère de deux enfants gère aujourd’hui le site du collectif national formé autour de cette affaire. Son calvaire a commencé en septembre 2022, après le diagnostic d’une éventration – un type de hernie – très douloureuse. Une première prothèse lui est posée, puis retirée en urgence à cause d’une infection, alors qu’elle était enceinte. Après une convalescence longue et difficile, Julie se fait poser en février 2024 une nouvelle prothèse, définitive cette fois-ci, en polypropylène. Le chirurgien promet à cette Ariégeoise une opération « bénigne d’une demi-heure ».
« À partir du moment où je me suis réveillée, les symptômes ne m’ont jamais quittée : nausées, vomissements, des passages aux toilettes si fréquents que je n’ose pas sortir de chez moi, et des crampes abdominales comme des lames qui vont me trancher si je me penche », raconte-t-elle. Elle ressent bientôt des « coups de poignard » et des décharges électriques dans une jambe.
### « Ça fait quatre ans que je n’ai pas porté mes enfants »
Son chirurgien balaie ses douleurs, estimant qu’elle ne souffre « d’aucun problème postopératoire ». Julie consulte alors un second médecin, qui lui apprend que sa prothèse a légèrement bougé dans le bas de son ventre, s’est pliée et collée sur ses intestins. La question du retrait de l’implant n’est pas tranchée car les risques d’une telle opération pourraient être catastrophiques.
En attendant, sa vie s’est presque arrêtée : « J’ai un fauteuil roulant pour pouvoir participer au moins un minimum à ma vie de famille, parce que je suis obligée de m’arrêter au bout de quelques minutes si je marche. Je ne travaille plus. Et ça fait quatre ans que je n’ai pas porté mes enfants… »
### Michel Delcour, une fin de vie précipitée
La souffrance des victimes de telles complications a conduit certains au suicide. C’est le cas de Michel Delcour, qui a mis fin à ses jours en mai 2024, à 64 ans, un peu plus d’un an après la pose d’un implant. Tout a commencé après son diagnostic d’une hernie inguinale en 2023. « Il a voulu se faire opérer au plus vite parce que c’était au mois d’avril et il espérait être remis pour partir à moto pendant l’été », se souvient sa femme, Fabienne.
Le sexagénaire est opéré en avril 2023. À son réveil, « il était jaune, je voyais bien qu’il crevait de douleur », raconte Fabienne. Michel Delcour est autorisé à rentrer chez lui dès le lendemain, mais peine à se déplacer et fait rapidement un malaise. « Ses testicules étaient devenus mauves, c’était horrible », se remémore-t-elle.
### « On lui disait que c’était dans sa tête »
Les consultations s’enchaînent : urologue, chirurgien digestif, radios, scanners, IRM… « Tout le monde lui disait que c’était dans sa tête et que ce serait une boucherie d’enlever la prothèse », se remémore sa veuve. La qualité de vie de son mari se dégrade rapidement. « Il ne pouvait plus marcher ni s’asseoir sur une chaise, il avait des brûlures dans les jambes, la sensation qu’on frappait un hématome quand il était assis… » Un calvaire pour ce sexagénaire sportif, habitué à faire chaque été des road trips en moto.
Malgré une deuxième opération, la situation « continue à dégénérer ». « Michel a perdu jusqu’à 17 kg, notre vie intime était finie et il ne dormait plus à cause de la douleur », relate Fabienne. Son mari sombre dans une profonde dépression jusqu’à son suicide treize mois après son opération. « Je crois qu’il était convaincu qu’il ne s’en sortirait pas et il ne voulait pas terminer à l’hôpital intubé, sous antidouleurs », conclut Fabienne. « Se sentir incompris l’a achevé. Pour moi, on l’a tué. »
### Marie-Faustine Michel, des implants désormais retirés
Cette peur de finir alitée à l’hôpital, Marie-Faustine Michel l’a également ressentie. Alors qu’elle était « tout le temps dehors à bouger, danser, marcher, courir », la Bordelaise de 40 ans a vu sa vie basculer le 15 mai 2025 après la pose de deux prothèses en forme de « filet », une de chaque côté.
Rapidement, elle ressent des douleurs dans les jambes, « une sensation de brûlure, de lames de rasoir, de décharges électriques et de courbature dans les cuisses ». Marie-Faustine ne peut pas marcher « plus de 20-30 mètres » ni même rester debout « plus de cinq ou dix minutes ». Six mois après l’opération, elle a la sensation que chaque pas lui « paralyse le bassin ». Ses douleurs se propagent au bas-ventre, au pubis, aux parties génitales et dans les fesses.
### « On m’a volé l’année de mes 40 ans »
Avec toutes les conséquences qui en découlent : « Je ne fais presque plus rien avec mes deux garçons de 10 et 12 ans. J’ai acheté une trottinette électrique avec une selle pour me déplacer… » Professionnellement, Marie-Faustine, commerciale, est en arrêt maladie. Sa vie sociale est presque inexistante. « La pose des filets m’a volé l’année de mes 40 ans », résume-t-elle. Un quotidien difficile qu’elle partage sur son compte Instagram.
Lors de ses nombreux rendez-vous médicaux, ses prothèses ne sont jamais mises en cause. « Mais moi, dès le dixième jour, je savais que c’était potentiellement lié aux prothèses », se souvient-elle. Grâce à un groupe Facebook des victimes de complications – qui compte près de 4.000 membres –, elle trouve finalement un chirurgien qui accepte de lui retirer les prothèses.
Opérée le 3 février, elle ne regrette pas sa décision. « Les filets s’étaient rétractés et me touchaient la vessie, le côlon, l’intestin grêle et le pubis. Ça m’aurait peut-être tuée à petit feu. » Ses douleurs se dissipent presque instantanément. « Dès le lendemain, je ne ressentais plus dans les jambes cette douleur permanente de courbatures, de crampes, de décharges électriques et de brûlures. » Pour le reste, seul le temps permettra à Marie-Faustine de savoir si des séquelles persistants, mais l’espoir est bien présent.

