Les vagues de chaleur accélèrent la fin de vie des glaciers des Pyrénées

Les deux vagues de chaleur successives que vient d’enregistrer la France n’épargnent pas le massif des Pyrénées. Et encore moins ses symboliques glaciers dont la fonte s’est accélérée au cours des deux dernières décennies. « Il reste à peu près 25 glaciers sur la chaîne pyrénéenne aujourd’hui contre une centaine au milieu du XIXe siècle. Depuis 2000, on a perdu la moitié, il y en avait alors 45 », rappelle Pierre Réné, fondateur de l’association « Moraine », un observatoire des glaciers du versant français de la chaîne.

Pour ce glaciologue qui arpente tout au long de l’année les sommets du massif, les températures élevées de ces dernières semaines ne vont pas arranger ce que le réchauffement climatique laisse entrevoir depuis plusieurs années : d’ici à 2050 il n’y aura plus de glaciers dans les Pyrénées.

Peu de neiges accumulées, fonte précoce

Une prévision qui pourrait bien intervenir plus tôt lorsqu’on regarde l’état actuel de ces masses de glace dont les superficies se réduisent à vue d’œil. En mai dernier, lorsque son association a dressé les bilans des mesures d’accumulation des neiges hivernales, ce n’était déjà pas brillant. « Les mesures réalisées sur le glacier d’Ossoue au Vignemale mettent en évidence qu’au cours des vingt dernières années, c’est la valeur la plus faible enregistrée après 2006. Sur le glacier de la Maladeta, les collègues espagnols ont aussi mesuré la valeur la plus faible d’accumulation de neige depuis trente ans », relève ce spécialiste de la montagne.

Or la vie d’un glacier passe par le cumul de neige de l’hiver, qui le fait grossir, suivie d’une fonte l’été. L’un compensant l’autre plus ou moins. « Or là on partait déjà avec un handicap puisqu’on a eu des cumuls de neige faibles à très faibles. Si derrière on a un été chaud, une régression très importante est attendue. Ça s’est déjà vu, mais ça se répète un peu trop souvent », déplore Pierre René.

Si habituellement, en altitude, la fraîcheur se maintient l’été, ce qui réduit la fonte, cette année ce n’est pas le cas. « Depuis le 27 mai, en altitude, il n’y a pas eu de gelées dans les Pyrénées. Normalement, au-dessus de 2.500 m d’altitude, en plein été, il peut geler n’importe quand. Là nous sommes sur une série qui n’est pas exceptionnelle puisque en 2018 nous n’avions pas eu de gelées de fin mai-début juin jusqu’au 1er octobre. Mais on sort d’un printemps qui a été très chaud comparé à 2018. Et cette année-là il y avait eu beaucoup de neige, ce qui n’a pas été le cas cet hiver. Il fait très chaud en altitude, on a égalé les records durant plusieurs jours au-dessus de 1.500 m où on avait 30°C, jusqu’à 33 ou 34°C, des valeurs considérables », complète Christophe Dedieu, le président de Météo Pyrénées. Son association de bénévoles informe des conditions météorologiques dans les Pyrénées.

Et donne à voir sur nombre de clichés partagés sur ses réseaux sociaux l’impact de ces dernières vagues de chaleur. Comme sur le site remarquable de la brèche de Roland, à la frontière franco-espagnole. Le glacier qui existait encore il y a une dizaine d’années a complètement disparu. Mais il subsistait toujours un peu de neige, là il doit rester un ou deux névés seulement.

Disparition anticipée des glaciers fragiles

« Si on continue à enchaîner les déficits et des étés chauds comme celui-là, des glaciers déjà en mauvais états et qui sont bas pourraient disparaître dès 2025. Celui du Seil de la Baque, dans le Luchonnais, ou le glacier de Maupas pourraient ainsi disparaître sous peu », enchaîne Christophe Dedieu, un brin dépité.

Pour contrecarrer cette fonte continue des glaciers, il faudrait de nombreux hivers rigoureux, avec de grosses chutes de neige qui pourraient compenser les fortes chaleurs. Comme en 2013, où il y a eu énormément de neige dans les Pyrénées. Mais ce fut un hiver exceptionnel, avec un cumul de neige comme on en voit tous les 100 ans.

Et rien ne laisse entrevoir un revirement au cours des prochaines années. « Il y a une inertie du système climatique. Ce réchauffement est rapide, il l’est aussi pour les glaciers qui n’ont pas le temps de s’équilibrer et de s’adapter aux conditions actuelles. Même si on stoppait d’un coup le réchauffement, les glaciers des Pyrénées continueraient à fondre pour venir chercher un état d’équilibre qui correspondrait à ce climat actuel. Avec ou sans réchauffement, ils sont menacés », conclut Pierre René.