« Les scénarios de “Messiah” sont les mieux écrits qu’il m’ait été donné de lire », confie Tomer Sisley

Tomer Sisley campe un agent du Shin Bet dans « Messiah ». — Hiba Judeh/Netflix

  • Messiah est un thriller géopolitico-religieux qui raconte comment un homme qui se proclame le Messie va bouleverser l’équilibre du monde.
  • Entité divine, escroc voire terroriste ? L’agent de la CIA Eva Geller (Michelle Monaghan) et Aviram Dahan, officier de renseignement israélien (Tomer Sisley) vont mener l’enquête.
  • Une brillante série américaine pas manichéenne que 20 Minutes vous recommande de mater le jour de l’An sur Netflix.
  • 20 Minutes a rencontré Tomer Sisley, qui livre ici une de ces plus belles performances.

Que se passerait-il si un homme (Mehdi Dehbi) attirait l’attention du monde entier en se proclamant le Messie ? Le thriller géopolitico-religieux Messiah, créé par Michael Petroni (The Book Thief), explore la question de la croyance et de l’influence à l’heure des réseaux sociaux. Entité divine, escroc ou terroriste ? Un passionnant mystère auquel l’agent de la CIA Eva Geller (Michelle Monaghan), un prédicateur texan (John Ortiz) et sa fille (Stefania LaVie Owen), une réfugiée palestinienne (Sayyid El Alami), la journaliste (Jane Adams) et un officier de renseignement israélien (Tomer Sisley) tenteront de répondre. Chacun à sa manière. 20 Minutes a rencontré Tomer Sisley, qui livre dans cette série américaine pas manichéenne disponible ce mercredi sur Netflix, une de ces plus belles performances.

Comment êtes-vous arrivé dans cette série « Messiah » ?

J’ai tout simplement passé le casting. Ma manageuse m’a envoyé les scènes. J’ai fait ce qu’on appelle une self-tape. On travaille de plus en plus avec ça. J’ai repassé des essais à Los Angeles devant Michael Petroni, le showrunner, et James McTeigue, le réalisateur principal, et j’ai été pris.

Qu’est-ce qui vous a plu dans cette histoire ?

Ce qui m’a séduit, c’est la qualité des scénarios. Ils sont, de très loin, les mieux écrits qu’il m’ait été donné de lire ces dernières années : fins, profonds, intelligents et intéressants. J’ai aimé le thème, la façon dont il est traité, et cette écriture qui ne dit jamais au spectateur quoi penser. Le spectateur est un acteur à part entière dans Messiah. Cela parle de la perception des événements qui varie selon notre éducation, notre vécu, nos convictions et nos croyances. Etes-vous quelqu’un qui croit ce qu’il voit ou voit ce qu’il croit ? Ces thèmes abordés sont sublimement bien traités et apportent de l’eau au moulin de chaque spectateur sans chercher à lui faire changer d’avis. Je trouve ça magnifiquement bien fait.

Qu’est-ce qui vous a donné envie de jouer Aviram Dahan ?

Avec lui, j’avais mille trucs à jouer et je me suis amusé à le faire. Je le trouve intéressant parce qu’il est rempli de tellement de couches : le père aimant d’une fille de 3 ans, l’ex d’une femme avec qui la séparation se passe mal, un agent de la sécurité intérieur israélien complètement dévoué à son métier, quelqu’un qui a un passé lourd et un peu trouble qu’il cherche à fuir, un personnage en quête de rédemption un peu malgré lui. Il y a vraiment tellement de choses dans ce personnage. A cause de son histoire, il déteste le fanatisme et le fait de porter une religion comme un étendard pour faire des choses au nom d’une religion quelle qu’elle soit, au nom de Dieu, quel qu’il soit.

Comment avez-vous préparé pour ce rôle d’agent du Shin Bet ?

Plus qu’un agent du Shin Bet (Service de sécurité intérieure israélien), je joue avant tout un être humain avec ses forces, ses faiblesses et ses blessures, physiques ou dans son cœur. Je n’avais pas besoin de références particulières pour jouer un agent du Shin Bet. Il se trouve que je suis issu d’une famille israélienne et que j’ai des gens assez proches de moi qui ont été dans ce genre de poste, donc c’est quelque chose que je connais assez bien.

Même s’il est parfois violent, on éprouve de l’empathie pour lui…

Je ne suis pas dans le jugement de ce personnage parce qu’on nous le présente assez rapidement dans des situations dans lesquelles on peut avoir de la compassion pour lui. C’est un papa, qui voit peu sa fille et qui l’aime plus que tout. C’est difficile de détester quelqu’un en qui on se reconnaît. Quand on devient parent, comme une grande partie de l’humanité, c’est difficile de ne pas être en empathie avec quelqu’un qui aime son enfant. On comprend très vite aussi que qu’il est souffrance et pas juste violent. Il prend ses décisions à cause de ce qu’il a vécu et de ces blessures-là, un peu malgré lui. J’ai toujours de la compassion pour les personnages un peu bancals.

Il est un peu le pendant masculin d’Eva, l’agent de la CIA joué par Michelle Monaghan ?

C’est son alter ego. C’est pourquoi il y a un rapprochement entre les deux. Personne ne le comprend aussi bien qu’Eva et inversement. Aviram a un léger coup d’avance sur elle, parce qu’il se reconnaît en elle comme il était avant. Elle voit les choses en noir et blanc, il voit les nuances de gris.

Vous jouez dans plusieurs langues, cela influe votre jeu ?

Je maîtrise assez bien l’anglais et l’hébreu. Mon petit challenge a été de jouer en arabe que je ne parle absolument pas. J’ai deux longues scènes en arabe et ça m’a demandé pas mal de travail. Je me devais d’avoir le bon accent. On doit qu’Aviram peut se fondre dans la masse avec son accent palestinien. J’ai appris ce que chaque mot signifiait pour le dire, et pas me contenter de le réciter. A part ça, il n’y a aucune différence quand on joue dans une langue ou une autre. L’idée est de croire en la situation. Le texte sert à véhiculer le travail à l’intérieur, mon travail d’acteur qui consiste à se demander qu’est-ce que je dis ? Pourquoi ? Quel est mon objectif ? etc.

« Messiah » est votre première série américaine, c’est comment par rapport à une production française ?

Il y a essentiellement une différence de moyens. Là où sur une série comme Balthazar, on a une équipe de 30 à 35 personnes, sur Messiah, on était de 160 à 170 personnes, avec certaines journées à 800 personnes ! Il y a plus de techniciens électros, donc si on change de décor au cours d’une journée, le prochain décor est déjà pré-éclairé, donc on perd moins de temps et on a plus de temps pour travailler. Avoir plus de moyens permet de dépasser, là où en France, on fait des journées de 8 heures et on évite de dépasser parce que cela coûte de l’argent, sur Messiah, on faisait des journées, de 10, 11 voire 16 heures. Ça ne peut pas exister dans une économie de production française.

Et comment ça s’est passé avec les acteurs américains ?

J’aime jouer de façon organique et les gens pensent qu’il y a plus d’acteurs qui travaillent de cette manière aux Etats-Unis qu’en France. Je ne suis pas sûr que cela soit vrai. Sur ce projet, j’ai eu la chance d’avoir des acteurs fantastiques qui travaillaient tous de manière différente. John Ortiz ne travaille pas comme Michelle Monaghan qui ne travaille pas comme Beau Bridges. C’était un beau kif d’être confronté à tous ses talents !

Avec une série diffusée sur Netflix vous risquez d’être reconnu partout dans le monde, vous y pensez ?

Vous êtes en train de m’angoisser… Je n’ai pas du tout pensé à ça et je ne me suis pas préparé à ça. J’imagine que tout dépend du succès de la série. Certaines personnes ont tourné des séries pour Netflix et peuvent se balader dehors sans aucun problème, non ? Mais si cela peut m’apporter des rôles aussi intéressants que celui d’Aviram, je signe tout de suite !

Etes-vous partant pour une saison 2 ?

Tout est possible, pour l’instant rien n’est décidé. Si Michael Petroni me propose quoique ce soit, je pense que je lui dirai « oui », avant même de lire le scénario tellement je suis fan de son travail, de notre collaboration et du rôle qu’il m’a offert.

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