Les Républicains : La « bataille des cartes » à nouveau décisive dans la course à la présidence ?

C’est le retour de la « machine à cartes ». Dans un mois, les adhérents Les Républicains désigneront leur nouveau patron parmi les trois candidats en lice : le député des Alpes-Maritimes Eric Ciotti, le président des sénateurs Bruno Retailleau et le député du Lot Aurélien Pradié. Et les militants avaient jusqu’à ce jeudi pour se mettre à jour de cotisation, condition nécessaire pour voter au Congrès début décembre.

Les trois aspirants ont multiplié ces derniers mois les déplacements dans les fédérations, afin de toucher un maximum de supporters. Mais en parallèle, une autre bataille est donc livrée au sein des QG. L’objectif, « faire de la carte ». Comprendre : pousser au maximum ses soutiens à (ré) adhérer au parti. Une stratégie qui permet de s’assurer un matelas de voix favorables, pas négligeable à l’orée du premier tour.

Des fichiers de militants prisés

« Depuis la fin de l’été, on tente de faire renouveler d’anciens adhérents. On prend nos listings, circo par circo, et on appelle, on appelle… », assure Eric Pauget, député des Alpes-Maritimes. « On redouble d’efforts sur les territoires où est le gros de nos troupes. Dans le sud bien sûr, mais aussi en Rhône-Alpes, chez Laurent Wauquiez, ou dans le Grand Est », ajoute ce soutien d’Eric Ciotti.

Aux grands défis, les grands moyens. Dans le camp Retailleau, une équipe de 300 personnes était consacrée à cette tâche, avec déjà plus de 30.000 appels revendiqués aux militants. « On a beaucoup misé sur le phoning, en commençant très tôt, notamment dans les départements qui nous sont favorables », reconnaît un proche du sénateur de Vendée. Les fichiers de militants, qui comportent leurs coordonnées, sont ainsi devenus une denrée particulièrement recherchée… et parfois jalousée. « On a fait l’expérience : quand un militant adhère, il reçoit dans les trois jours un mail d’Aurélien [Pradié], qui est resté secrétaire général du mouvement », siffle ce soutien de Retailleau. L’équipe du sénateur a notamment utilisé les fichiers de Force Républicaine, l’ancien micro-parti de François Fillon.

Des « manœuvres » lors de la primaire LR

La stratégie de la carte n’a rien d’illégale, mais elle est parfois utilisée de manière abusive. « Pour gonfler les chiffres, vous faites encarter votre femme, vos parents, vos grands-parents, tout votre entourage… », ironise un responsable de fédération. « Il y a deux moyens de faire des cartes. Utiliser les vieux fichiers pour contacter les adhérents qui ont pris leur distance et tenter de les convaincre de revenir. Ça c’est le plus facile, et c’est assez sain », dit Julien Aubert, ancien député du Vaucluse. « Et puis, dans des fédés qui ont plus d’argent [l’adhésion simple coûte 30 euros par personne], certains peuvent utiliser des associations ou des communautés pour recruter des militants… »

En février dernier, Libération révélait les « manœuvres frauduleuses » de plusieurs candidats lors de la primaire de la droite fin 2021, alors que Les Républicains étaient passés d’environ 80.000 adhérents fin septembre à près de 149.000 au mois de novembre. L’enquête du journal avait relevé la présence dans les fichiers du parti d’ « adhérents fictifs, décédés ou ayant suivi des consignes, et même un chien », le fameux Douglas. De quoi mettre « en question la sincérité du scrutin », selon le quotidien. « Les deux finalistes de la primaire n’étaient pas ceux qui avaient fait la meilleure campagne, mais ceux qui avaient fait le plus de cartes », ajoute le responsable de fédération.

Pour le scrutin à venir, début décembre, le parti devrait compter près de 80.000 militants, contre seulement 48.000 en juin dernier. De quoi de nouveau susciter l’inquiétude ?

« On restera vigilants »

Pas vraiment, à en croire Julien Dive. « Le phoning, c’est de bonne guerre, tous les candidats le font. Mais faire voter des sans-papiers ou des associations, comme certains à la primaire, je pense que c’est derrière nous. Ça a tellement laissé une image négative, une suspicion, que personne n’osera franchir cette ligne », tempère le député de l’Aisne, proche de Xavier Bertrand. « On croit en la bonne foi de tout le monde. Faire des cartes pour des amis, de la famille, voire des chiens ou des communautés qui ne parlent pas français est une stratégie mortifère. Au final, ce sont les vrais militants qui sont pénalisés », abonde Pierre-Henri Dumont, député du Pas-de-Calais et soutien d’Aurélien Pradié.

Reste que Bruno Retailleau avait eu plus de doutes à la mi-septembre. Le candidat avait alors écrit à la présidente de LR, Annie Genevard, et à la Haute autorité pour demander des « garanties solides » sur la loyauté du scrutin, craignant de « fausses adhésions ». « On a ce doute et on restera vigilant, confirme un de ses proches. Est-ce qu’on pourra par exemple éplucher la liste finale des votants pour vérifier que 15 personnes n’ont pas la même adresse ? » Contactée par 20 Minutes, la présidente LR par intérim défend les moyens de contrôle mis en place. « Toutes les assurances en matière de sécurité ont été apportées aux candidats », dit-elle, citant notamment la limitation à quatre inscriptions maximum par carte bancaire ou des contrôles d’identité. « Nous travaillons déjà d’arrache-pied pour nous assurer que les 80.000 adhérents sont en règle et éviter les tentatives farfelues », ajoute Annie Genevard.

Un député LR, lui, relativise. « Le parti aura un mois pour vérifier si les nouvelles adhésions sont dans les clous ». Et ajoute, un poil désabusé : « Il n’y a pas le climat de tension de l’année dernière, où chaque camp voulait faire des cartes à tout prix. On sent bien aussi que ce scrutin ne transcende pas les foules… »