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Les produits cosmétiques pour enfants : une mauvaise idée pour leur santé ?

Une fillette de 6 ans présente sa « skincare routine » sur TikTok, où elle applique une « mousse nettoyante » et se tartine de « crème minérale ». La Société Française de Dermatologie (SFD) a publié un communiqué visant à alerter sur les risques des produits cosmétiques destinés aux enfants.


Face à la caméra, une fillette de 6 ans présente sa routine de soins pour la peau. Avec des perles aux oreilles et portant un pyjama coloré, elle applique une mousse nettoyante issue d’un flacon enfantin sur son visage, avant de la rincer et de se mettre de la crème minérale. Sur un ton enjoué, elle montre ensuite quatre produits au packaging coloré et remercie la marque qui les lui a envoyés. Non, il ne s’agit pas d’un épisode de Black Mirror, mais d’une vidéo sur TikTok.

Ces contenus, venus des États-Unis, se multiplient sur les réseaux sociaux. Des marques de cosmétiques telles que Drunk Elephant, Byoma, et Bubble ciblent désormais un public très jeune. La marque « Rini » s’adresse aux enfants dès 3 ans. La marque flashy et enfantine « Evereden » a même établi un partenariat avec Barbie. Ces initiatives portent leurs fruits, comme en témoigne la multiplicité des « Sephora Kids » qui envahissent les magasins à la recherche de produits anti-âge et d’autres lotions. Face à ce phénomène, la Société Française de Dermatologie (SFD) a publié un communiqué pour alerter sur ces pratiques.

### Aucun intérêt dermatologique

« Même si une petite fille peut vouloir imiter sa maman, il faut rappeler que la cosmétique n’est pas un jeu », prévient Pierre Vabres, professeur de dermatologie au CHU de Dijon et membre de la SFD. « Mettre des produits dont on ne connaît pas les effets sur la peau d’un enfant qui est en train de développer son immunité n’est pas anodin. »

« Ces produits n’ont aucun intérêt dermatologique pour les enfants », insiste le professeur Vabres. « Leur peau est considérée comme la peau idéale, ni grasse, ni ridée, ni pigmentée, ni abîmée par le soleil. » De plus, « appliquer de l’anti-âge aussi jeune ne sert absolument à rien », soutient Céline Couteau, maîtresse de conférences en cosmétologie à Nantes Université. « Les seuls cosmétiques nécessaires pour un enfant sont les produits d’hygiène », rappelle la professeure de cosmétologie Laurence Coiffard. Cela se résume à un gel douche, un shampoing, un dentifrice et un produit solaire en cas d’exposition au soleil. C’est tout.

### Sensibiliser la peau aux rayons UV

Bien que l’intérêt soit nul, les risques sont nombreux, en particulier chez les jeunes enfants dont le système hormonal est en développement et la barrière cutanée encore fragile. « Certaines molécules comme le Panthénol, que l’on trouve dans la plupart des produits, sont allergènes », illustre Céline Couteau, co-créatrice du site d’information « Regard sur les cosmétiques ». Plus un enfant s’expose tôt et de manière chronique, plus il risque de se sensibiliser à certains produits, développant ainsi des allergies telles que l’eczéma, l’urticaire ou même l’asthme.

Les produits utilisés dans les routines de soins contiennent souvent des substances photosensibilisantes, comme les huiles essentielles, qui peuvent sensibiliser la peau aux rayons UV ou déclencher des allergies aux filtres UV. « Il ne faut surtout pas utiliser ces produits au quotidien et sur de longues périodes, car il est nécessaire d’avoir des filtres UV pour se protéger du soleil », insiste Céline Couteau.

### Perturbateurs endocriniens

La liste des risques ne s’arrête pas là. « Les produits anti-vieillissement contiennent des alpha-hydroxyde ou des dérivés de la vitamine A », poursuit le professeur Vabres. « Ces produits sont adaptés à une peau mature mais agissent en irritant la peau des enfants, ce qui les rend inadaptés. » L’acide glycolique, le rétinol et certaines formes d’acide hyaluronique peuvent agresser l’épiderme, pouvant provoquer des rougeurs, voire des brûlures chez un jeune public.

Autre risque, mais non des moindres : « Les perturbateurs endocriniens présents dans de nombreux cosmétiques peuvent avoir des effets néfastes sur les hormones sexuelles et la thyroïde », analyse Laurence Coiffard. Isabelle Gallay, vice-présidente du Syndicat national de dermatologie (SNDV), est plus directe : « Si un enfant est en contact régulier avec des perturbateurs endocriniens dès l’âge de 6 ans, le risque qu’il développe un cancer est plus élevé. »

### Gare aux produits dits « d’origine naturelle »

Quant aux produits dits « d’origine naturelle » ? Bien que leur appellation puisse être rassurante, ils ne sont pas pour autant inoffensifs. Par exemple, le bakuchiol, souvent présenté comme un ingrédient végétal, est vanté pour ses effets similaires au rétinol tout en comportant moins de risques. « Il s’agit en réalité d’un phyto-œstrogène, et les études montrent qu’il a un effet œstrogénique, donc perturbateur endocrinien », affirme Céline Couteau.

Malgré la réglementation européenne stricte concernant les cosmétiques, de nombreux produits, notamment ceux importés de l’étranger et vendus sur Internet, échappent à ces normes. Un petit conseil : si votre enfant insiste pour imiter maman (ou papa) de manière exceptionnelle, il est préférable de privilégier les produits contenant le moins d’ingrédients possibles. En moyenne, ceux des marques pour enfants mentionnées en début d’article comptent plus d’une trentaine d’ingrédients.