Les pays nordiques aussi affichent des taux de viols élevés

(Photo d’illustration) Les cas de plus en plus nombreux de violences sexuelles sur les campus américains font débat outre-Atlantique. — GABRIELLE LURIE / AFP

Si les pays nordiques ont l’habitude d’être désignés comme les bons élèves de l’Europe, surtout concernant les libertés ou l’égalité, en matière de viols et d’agressions sexuelles, il y a encore du chemin à parcourir. C’est ce que révèle, ce mercredi, une étude publiée par Amnesty International à propos de quatre pays : le  Danemark, la Finlande, la Norvège et la Suède.

Selon l’ONG, dans ces quatre pays, les législations déficientes et la persistance des mythes et des stéréotypes ont entraîné une impunité quasi-totale pour les auteurs de crimes sexuels. 20 Minutes a interrogé Katia Roux, en charge du programme Liberté à Amnesty International France.

Quels sont les résultats de votre enquête ?

Quatre pays nordiques, le Danemark, la Finlande, la Norvège et la Suède, affichent des taux de viols élevés, et ce, notamment en raison de systèmes judiciaires défaillants qui entraînent une impunité généralisée pour les auteurs et portent préjudice aux victimes. Si la situation n’est pas la même dans les quatre pays, il y a deux similarités très marquées. Premièrement, une législation défaillante ou déficiente et, deuxièmement la persistance de mythes ou de stéréotypes liés au genre. Ce sont ces deux éléments qui favorisent l’impunité des auteurs de viols.

Entre le nombre de viols constatés et le nombre de signalements – ou encore plus le nombre de poursuites – l’écart est considérable. Par exemple, au Danemark, en 2017, il y a eu 24.000 viols ou tentatives de viol. Seules 890 victimes ont porté plainte, 535 d’entre elles ont entraîné des poursuites judiciaires et seules 94 personnes ont été déclarées coupable. C’est très parlant. En Finlande, en 2017, 50.000 femmes ont été victimes de violences sexuelles. Sur ces 50.000, seules 209 ont vu leurs agresseurs condamnés.

Pourquoi les victimes sont-elles réticentes à déposer plainte ou à engager des poursuites judiciaires ?

Dans la plupart des cas, le problème est lié à la définition juridique du viol. Dans ces pays le viol est défini comme un acte sexuel obtenu par la violence physique, la menace ou la contrainte. La définition ne correspond pas à tous les cas de viol et par conséquent, certains cas ne peuvent pas être sanctionnés comme tels. Il y a un problème lié aux mythes et aux idées reçues qui participent à l’impunité des auteurs ou qui dissuadent les femmes de porter plainte. Par exemple, il faut déconstruire le mythe du viol d’une jeune femme par un inconnu, la nuit, dans une ruelle sombre ou l’idée selon laquelle un viol commis par une personne que l’on connaît n’est pas vraiment un viol.

La deuxième chose, c’est que, bien souvent, les victimes de viol ne sont pas en capacité de résister physiquement, et donc ne rentre pas dans la définition juridique d’un viol. Ce n’est pas parce qu’une femme ne montre pas de résistance physique qu’elle n’a pas été violée. D’ailleurs, selon les spécialistes, l’état de paralysie ou de sidération lors d’un viol est même assez commun, c’est une réaction physique et physiologique récurrente. A partir du moment où il n’y a pas de consentement, c’est un viol.

Enfin, l’autre point commun entre ces pays, c’est que les victimes ont souvent des difficultés à porter plainte. D’abord car les procédures sont longues et les poursuites peu nombreuses, mais également à cause de l’idée selon laquelle les femmes sont nombreuses à proférer de fausses accusations. En réalité, il y a très peu de fausses accusations de viols, et à l’inverse, énormément de viols qui ne sont pas signalés. Et quand les femmes osent porter plainte, elles ne sont pas toujours crues. C’est décourageant pour elles.

Qu’attendez-vous de ces quatre pays après la publication de votre enquête ?

La première étape, qui pourra marquer un véritable changement, c’est l’évolution de la définition du viol qui doit être changée pour introduire la notion de consentement. C’est véritablement la première chose à faire. Si on reste sur la définition telle qu’elle est maintenant, c’est-à-dire, fondée sur la violence physique, la menace ou la contrainte, on ne réglera jamais le problème. Seule la Suède a adopté, en juillet 2018, une loi relative aux crimes sexuels fondée sur le consentement. Au Danemark, le gouvernement s’est prononcé en faveur d’une même législation et en Finlande, l’opposition a présenté une proposition qui irait dans ce sens. Si c’est déjà une bonne chose, ce n’est clairement pas suffisant.

Une fois que ce sera le cas, on pourra aller plus loin : déconstruire les mythes et les préjugés liés au viol, former le personnel au contact des victimes pour mieux les accompagner, sensibiliser les populations aux violences sexuelles. Chez nous, en France, on a eu l’opportunité de changer la définition juridique du viol lors de l’examen de la loi Schiappa, en 2018, mais ça n’a pas été fait. Il y a encore une bataille législative à mener de ce côté-là.

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