France

Les jeunes sont « surreprésentés » parmi les délinquants en France.

Jeudi, le service statistique en charge de la sécurité intérieure (SSMSI) a livré ce qu’il appelle une « première photographie » de l’insécurité et de la délinquance en France en 2025, fondée sur 18 principaux indicateurs de la délinquance enregistrée par la police et la gendarmerie. Les 18-29 ans ne représentent que 14 % de la population française, mais cette tranche d’âge est la plus impliquée dans 15 des 18 infractions étudiées.


Jeudi, le service statistique chargé de la sécurité intérieure (SSMSI) a présenté ce qu’il qualifie de « première photographie » de l’insécurité et de la délinquance en France pour l’année 2025. Ces données reposent sur 18 indicateurs principaux de la délinquance enregistrée par la police et la gendarmerie. Ce rapport révèle, entre autres, une augmentation des violences physiques, un bond des viols et tentatives de viol, et une diminution des vols avec armes. Il met également en évidence une « surreprésentation » des jeunes âgés de 18 à 29 ans dans « l’ensemble des infractions suivies ». Peut-on y voir le signe d’une jeunesse égarée ?

Pour établir ce constat, le SSMSI a examiné le profil des personnes mises en cause pour des infractions élucidées par les forces de l’ordre en 2025, selon leur tranche d’âge. Les résultats montrent que la catégorie des 18-29 ans, indépendamment du sexe, est la plus représentée dans 15 des 18 infractions étudiées. Cela est particulièrement vrai pour les infractions liées à l’usage de stupéfiants, avec 63 % des mis en cause appartenant à cette tranche d’âge. Ils représentent 56 % pour le trafic de stupéfiants, 59 % pour les vols de véhicules, et 49 % pour les vols avec armes. Les 18-29 ans sont dépassés par les 30-44 ans uniquement dans les cas de violences physiques, de violences intrafamiliales et de violences sexuelles.

Les jeunes de 18 à 29 ans constituent seulement 14 % de la population française. Le ministère de l’Intérieur s’inquiète de leur forte implication alors qu’ils représentent une telle minorité. Toutefois, est-ce vraiment nouveau ? En examinant les statistiques de 2016 à 2023, on constate que la situation était similaire. Les jeunes adultes étaient déjà prédominants dans divers actes de délinquance, tels que les vols avec ou sans violence, les vols de véhicules, les dégradations volontaires, l’usage ou le trafic de stupéfiants, les escroqueries, les tentatives d’homicide, et les cambriolages. Seules les violences physiques sur des personnes de plus de 15 ans, les violences intrafamiliales et les violences sexuelles étaient souvent attribuées à des personnes âgées de 30 à 44 ans.

Pour Sébastian Roché, sociologue spécialisé dans la délinquance, il est important de relativiser ces résultats. « Les statistiques des profils de mis en cause reposent sur les élucidations d’infractions », mentionne-t-il. « Plus le taux d’élucidation est faible, plus les statistiques deviennent incertaines », explique-t-il encore. Il souligne également que les pratiques policières influencent les profils : « Si les consignes sont de cibler les jeunes, alors évidemment, il y aura davantage de jeunes inclus dans les chiffres ».

Selon Sébastian Roché, certains délits sont « classiquement et depuis longtemps liés à l’âge », un âge souvent « avant la mise en couple et l’entrée dans le monde du travail ». Il évoque notamment les bagarres et les coups et blessures. Ce phénomène n’est pas spécifique à la France. Au Canada, une étude publiée par le ministère de la Sécurité publique en 2024 a affirmé que « les données déclarées par la police montrent que ce sont les jeunes adultes (18-25 ans) […] qui commettent le plus d’infractions criminelles ».

Le sociologue ne perçoit donc pas cela comme « un effet de génération », mais plutôt comme un « effet lié à l’âge ». Dans cette même logique, l’étude canadienne constate que « l’immaturité psychobiologique ainsi que la nature turbulente du jeune âge adulte contribuent à la délinquance des jeunes adultes, et donc à leur surreprésentation dans le système de justice ».