Les jeunes sans permis de conduire sont-ils des dangers publics ?
En 2024, trente-sept morts pour 445 accidents corporels impliquant des voiturettes ont été recensés. Entre 2022 et 2024, la MMA a indiqué que 8 décès d’adolescents de 14 à 17 ans ont été enregistrés pour environ 285.000 véhicules sans permis en circulation.

Les voitures sans permis, également connues sous le nom de voiturettes, « sampé » ou « Ami », sont désormais couramment conduites par de très jeunes personnes. Au cours de la dernière décennie, ces véhicules ont connu une augmentation significative des ventes et, par conséquent, une hausse inévitable des accidents, étant donné qu’ils peuvent être conduits en France à partir de 14 ans avec le brevet de sécurité routière (BSR), une formation d’une durée de huit heures.
En 2024, 445 accidents corporels impliquant des voiturettes ont été recensés, entraînant 37 décès, ce qui représente une létalité de 7,64 %, contre près de 2 % pour les voitures classiques. Cela soulève des préoccupations concernant les jeunes conducteurs, souvent impulsifs, qui, selon divers rapports, causent des drames ou des accidents graves avec ces véhicules.
« Être sur la route signifie que l’on peut être confronté à un accident », explique Pierre Chasseray, directeur général de 40 millions d’automobilistes, dans un entretien avec 20 Minutes. « La question centrale est de savoir si un jeune de 14 ou 15 ans a la capacité de gérer les conséquences psychologiques d’avoir causé un accident, d’avoir gravement blessé quelqu’un ou potentiellement tué », ajoute-t-il, soulignant qu’il n’observe « pas de suraccidentalité chez les très jeunes en voiturette par rapport à d’autres types de véhicules ».
Une double déficience
Les statistiques concernant les jeunes conducteurs de voiturettes restent relativement faibles : entre 2022 et 2024, seulement 8 adolescents âgés de 14 à 17 ans sont décédés dans des accidents, selon la MMA à BFMTV, pour environ 285.000 véhicule sans permis circulant.
Selon le psychologue spécialisé dans les comportements routiers Jean-Pascal Assailly, « les jeunes conducteurs présentent une double déficience : l’une vis-à-vis du risque, l’autre vis-à-vis des règles. Neurobiologiquement, le cerveau n’est pas complètement mature à 15-16 ans, mais plutôt vers 22-23 ans. Ces âges sont souvent ceux où les jeunes cherchent à tester les limites des règles, et en matière de conduite, la limite se traduit par l’accident ».
En outre, l’inexpérience et un manque de formation routière « entravent les capacités d’anticipation et conduisent à de mauvaises appréciations des situations – c’est pourquoi tant d’accidents surviennent au cours des premières années de conduite, quel que soit l’âge d’obtention du permis », précise l’auteur de Homo automobilis. Contrairement à un scooter, une voiturette peut causer de graves dommages à autrui.
Zone grise et responsabilité parentale
« Savoir qu’un jeune de 14 ans peut être lancé dans la circulation à 45 km/h, comme moi, rend le BSR insuffisant comme seule formation », déclare Pierre Chasseray. Il souligne que ces questions relèvent d’une zone grise de « responsabilité parentale », qui est également une question juridique jusqu’à 18 ans.
Bien que leur résistance aux crash-tests ne soit pas des plus rassurantes, il est fréquent que les parents préfèrent les voiturettes aux scooters, considérées comme plus sûres. « En rapport avec les kilomètres parcourus, le risque d’être tué est 17 fois plus élevé pour un cyclomotoriste que pour un automobiliste », précise le site de la Sécurité routière, alors qu’un tiers des personnes décédées en deux-roues ont entre 14 et 17 ans.
« Cependant, les usages sont différents », note Pierre Chasseray. « Avoir le permis plus tôt, d’accord, mais pour quelle raison ? » Si c’est pour rejoindre des amis le samedi soir ou se rendre à un apprentissage en raison de l’absence de transports publics fiables, « cela n’est pas la même chose et souligne encore la responsabilité des parents », conclut-il.

