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Les hommes ne sont pas insensibles aux fleurs, cadeau non genré.

72 % des Français considèrent les fleurs comme un moyen précieux d’exprimer ce qu’ils n’arrivent pas à dire, selon une étude OpinionWay exclusive pour la Fondation Hollandaise des Fleurs et des Plantes. À l’occasion de la Saint-Valentin, par exemple, 87 % des destinataires de fleurs sont des femmes et 13 % des hommes.


On offre des fleurs pour exprimer des sentiments tels que « je t’aime », « je pense à toi », « pardon », « merci » ou encore « je suis là ». Les fleurs représentent donc un moyen d’exprimer des émotions parfois difficiles à verbaliser. Selon une étude exclusive d’OpinionWay pour la Fondation Hollandaise des Fleurs et des Plantes, 72 % des Français estiment que les fleurs sont un outil précieux pour communiquer ce qu’ils ne parviennent pas à dire.

Cependant, le langage des fleurs n’est pas distribué de manière équitable. Pour beaucoup, elles restent un cadeau destiné aux femmes. Néanmoins, les données et les tendances montrent un changement potentiel : 65 % des 18-24 ans souhaitent recevoir des fleurs à la Saint-Valentin, et un homme sur quatre aimerait également en recevoir. Cela soulève une question pertinente : si les fleurs sont un moyen d’expression, pourquoi leur utilisation est-elle encore si marquée par le genre, et cela peut-il évoluer ?

L’histoire des fleurs en tant que message relationnel est récente et construite, donc jamais neutre. Avant d’aborder la question du genre, il est utile de se pencher sur l’histoire. Les fleurs n’ont pas toujours été offertes comme présents. « Admirer des fleurs, contrairement à ce qu’on pourrait penser, n’a rien d’évident », souligne l’historienne Valérie Chansigaud. « Dans l’art préhistorique, les fleurs sont quasi absentes, reflétant leur statut non encore symbolique. »

Dans l’Antiquité, les fleurs n’étaient pas offertes en cadeau mais utilisées dans certains rituels. « On consommait des fleurs pour obtenir des parfums », précise l’historienne, et lors de cérémonies, on répandait des pétales de roses. Cela a donné lieu à une culture spécifique de la rose, non pas pour la beauté, mais pour des rituels particuliers.

L’habitude d’offrir des bouquets est relativement récente, émergeant au XIXe siècle dans la société bourgeoise. À ce moment-là, les jardins ornementaux sont devenus un prolongement de la maison, agissant comme un signe social. « La flore ornementale est vraiment une façon de marquer son rang », explique Valérie Chansigaud. Ainsi, le bouquet doit être « extraordinaire ». D’ailleurs, elle ajoute : « On n’offre jamais, par exemple, un bouquet de pissenlits ». En général, ce sont des fleurs soigneusement sélectionnées et travaillées.

La perception des fleurs comme un cadeau féminin n’est pas accidentelle. Au XIXe siècle, une association claire entre fleurs et jeunes femmes s’est développée. La fleur, tout en beauté, a cette image de beauté éphémère, liée à la condition féminine.

Cette construction culturelle est encore visible dans les données contemporaines. Louis Savatier, cofondateur de Sessile, une plateforme connectant clients et fleuristes indépendants en France et en Belgique, déclare : « Pour les destinataires, les fleurs sont majoritairement un cadeau pour les femmes ». Par exemple, lors de la Saint-Valentin, 87 % des destinataires sont des femmes et 13 % des hommes. Isaac Muller, un jeune homme de 22 ans, constate : « Beaucoup d’hommes n’ont jamais reçu de fleurs, ou alors seulement à la mort d’un proche ». Les chiffres corroborent cela : pour les obsèques, 65 % des fleurs étaient destinées aux femmes et 35 % aux hommes, par rapport à un répartition générale de 90 % et 10 %. Laetitia Chaussée, fleuriste à la boutique Fanfan à Paris, ajoute que « 80 % des hommes reçoivent leur première fleur le jour de leur enterrement. Je trouve ça terrible. »

Des évolutions commencent néanmoins à se dessiner. « À la fête des Pères, de plus en plus de personnes offrent des bouquets à leur papa », explique Laetitia Chaussée. « Ma clientèle est plus jeune, plus encline à offrir des fleurs aux filles comme aux garçons. Et les hommes qui reçoivent des fleurs pour la première fois sont souvent très touchés », observe-t-elle.

Pour Laetitia Chaussée, l’attitude des enfants dans sa boutique montre que l’appréciation pour les fleurs n’est pas dictée par le genre : « Filles ou garçons, les enfants sont toujours très curieux et sensibles à la beauté des fleurs ». Louis Savatier note également une tendance croissante où des hommes achètent des fleurs pour leur propre plaisir, et pas seulement pour offrir.

En fin de compte, sur le terrain, il n’existe pas de « fleurs pour hommes » ou de « fleurs pour femmes ». « Quand une fleur est belle, elle est belle, et elle peut plaire indistinctement à un homme et à une femme », conclut Louis Savatier.