Les grands bandits de l’Histoire: John Dillinger, ennemi public numéro 1 de l’Amérique et vedette internationale

John Dillinger en février 1934. — Uncredited/AP/SIPA

  • 20 Minutes, en partenariat avec Retronews, revient sur les figures emblématiques du grand banditisme de France et des Etats-Unis.
  • Aujourd’hui, les méfaits de John Dillinger, braqueur et séducteur qui inspira Hollywood.
  • La presse française s’est passionnée pour les faits d’armes du bandit, feuilletonnant ses braquages et multiples évasions jusqu’à sa mort rocambolesque en 1934.

Cet été, en partenariat avec Retronews, le site de presse de la Bibliothèque nationale de France, 20 Minutes fait revivre les figures du grand banditisme en France et aux Etats-Unis. Aujourd’hui John Dillinger, braqueur de banques et séducteur qui a inspiré Hollywood.

Le 22 juillet 1934, un homme est abattu par des policiers à Chicago, alors qu’il sort du cinéma. Sa mort se retrouve en une des journaux français. Et pour cause : il s’agit de John Dillinger, l’insaisissable braqueur de banques notoire et bête noire des autorités, qui n’ont eu que peu de répit depuis qu’elles ont mis le célèbre Al Capone derrière les barreaux, en 1932. Ironie du sort : le bandit venait de voir Manhattan melodrama, un film de gangsters avec Clark Gable, sorti en France sous le titre L’Ennemi public numéro 1. « Désirait-il confronter les épisodes de sa vie avec la fiction de l’écran ? Cette curiosité lui fut fatale », écrit Paris-Soir (cliquez sur la date pour agrandir).

Evasions rocambolesques

Comme souvent, mythe et réalité s’entremêlent dans le récit du destin de John Dillinger. Agé de 31 ans le jour où la police l’élimine, il ne fait la une des journaux que depuis une année. Né à Indianapolis et élevé par un père très strict, il perd sa mère lorsqu’il a trois ans. Adolescent turbulent, il grandit à la ferme où sa famille a déménagé pour lui offrir un environnement rural plus paisible. En vain : après un vol de voiture, il s’engage dans la marine, avant de déserter quelques mois plus tard quand son navire accoste à Boston.

De retour à Indianapolis, il se lie avec un malfrat local. Dès leur premier coup (l’attaque à main armée d’une épicerie), John Dillinger se fait arrêter et condamner. Il passe plus de huit ans en prison. Mais c’est la seule fois où il ne s’évadera pas. Après sa libération, en mai 1933, il braque une banque dans l’Ohio, la première d’une longue série qui le rendra célèbre outre-Atlantique.

Dès l’automne 1933, les journaux français se passionnent pour les exploits du bandit. Ils relatent ses multiples braquages de banques (on en dénombre pas moins d’une douzaine, avec un butin record de 74.000 dollars dérobés à la Central National Bank & Trust Company dans l’Indiana), ses courses-poursuites sanglantes avec la police et ses évasions. La plus rocambolesque est relatée dans L’Excelsior, le 26 mai 1934 :

Un gardien a calé un des pieds du lit de Dillinger avec un bout de planche assez épais. Le bandit sourit. Avec une lame de rasoir mécanique, il taille et donne à ce mauvais bout de bois l’apparence d’un Colt redoutable. Il sculpte avec soin le barillet et le canon, puis il noircit le tout au cirage. Dans la pénombre de la cellule, l’illusion est complète.

C’est avec cette arme factice que John Dillinger parvient à désarmer son gardien, puis à s’enfuir de la prison de Crown Point, dans l’Indiana.

Héros populaire ou braqueur sanglant ?

Les journaux français se font aussi un plaisir de dépeindre son physique avantageux, en le comparant à deux acteurs américains en vogue dans les années 1930. « Avec sa fine moustache à la Menjou, ses traits accentués comme ceux d’un Paul Muni, [il] est très musclé et très ‘sex-appeal’ », peut-on lire dans L’Excelsior du 23 mai 1934. Mais le journaliste insiste tout autant sur le caractère sanguinaire des braquages de John Dillinger et de son gang, décrivant un bandit qui « tue, vole, boit, joue » et terrorise le Midwest américain. A leur actif, 10 morts et 7 blessés, selon le FBI, qui met sa tête à prix.

L'avis de recherche de John Dillinger, braqueur de banque en bande organisée. L’avis de recherche de John Dillinger, braqueur de banque en bande organisée. – Captain Roger Fenton /Flickr

En revanche, ce que la presse française oublie de mentionner, c’est la fascination que le braqueur de banques a pu exercer sur une partie de la population dans le contexte de la Grande dépression, crise économique qui frappe les Etats-Unis de plein fouet après le krach de 1929. « Voler les banques, à une époque où nombre d’Américains pensent qu’elles leur ont volé des sous, est perçu par beaucoup comme acceptable, voire admirable », souligne Elliott Gorn, auteur d’une biographie de John Dillinger*.

L’historien rappelle qu’« en 1933, 25 % de la population active est au chômage. La défiance est très forte envers les institutions, les banques et les forces de l’ordre. Ce contexte participe à faire de Dillinger un héros populaire ». Certains médias américains le comparent même à Robin des bois, alors que le bandit n’a jamais reversé ses butins aux pauvres.

« Femme en rouge » et trahison sanglante

Sa mort est relatée avec force détails dans la presse, qui s’intéresse au rôle d’une mystérieuse «femme en rouge». Cette dernière (en réalité vêtue d’une jupe orange) n’est autre qu’Anna Sage, une immigrée roumaine et amie de la girlfriend du moment de John Dillinger. Invitée par le couple à une séance de cinéma de L’Ennemi public numéro 1, elle avertit le FBI, qui se poste en embuscade à la sortie de la salle. En échange de cette trahison, elle espérait obtenir 15.000 dollars et éviter d’être expulsée des Etats-Unis.

Anna Sage la « traîtresse » sera finalement renvoyée en Roumanie, où un reporter français ira la rencontrer plus d’un an après les faits, signe que le bandit continue alors de fasciner outre-Atlantique.

Au creux de l’été 2019, son nom a réapparu dans les journaux, car ses descendants ont obtenu que le corps de John Dillinger soit exhumé, en septembre 2019. Ils souhaitent ainsi faire taire les rumeurs selon lesquelles le criminel ne serait pas enterré dans sa tombe, à Indianapolis. Cette exhumation pourrait mettre un terme aux théories selon lesquelles le bandit n’aurait pas été abattu par le FBI il y a 85 ans. Certains affirment par exemple que son entourage aurait berné la police avec un sosie.

* Elliot J. Gorn, Dillinger’s Wild Ride : The Year That Made America’s Public Enemy Number One, Oxford University Press, 2009.

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