Les Bleus ne sont-ils pas trop favoris pour la Coupe du monde ?
L’équipe de France a battu la Colombie 3-1 dimanche soir, marquant ainsi la fin d’une tournée printanière réussie. Didier Deschamps a déclaré que « le sportif français, quand il est mis dans un confort, ce n’est pas là qu’il est le meilleur. »

En s’imposant 3-1 face à la Colombie avec une équipe largement renouvelée par Didier Deschamps, dimanche soir, la France a conclu de manière impressionnante une tournée printanière marquée par une démonstration de force. Une première satisfaction est que le message délivré par les Bleus a été bien reçu à l’international. La presse sportive étrangère est unanime, soulignant que cette équipe — victorieuse du Brésil quelques jours auparavant — est redoutable.
« La France a prouvé face à la Colombie qu’elle est une sérieuse prétendante au titre mondial », affirme le quotidien espagnol Marca. « Une France qui fait peur », souligne A Bola au Portugal. De son côté, le magazine brésilien Placar indique : « la France a prouvé ce dimanche pourquoi elle est l’une des grandes puissances du football mondial. »
Didier Deschamps n’apprécie pas le confort
D’autres pays ont également du mal à concevoir un adversaire capable de contrecarrer les ambitions de l’équipe de France de décrocher sa troisième étoile. Peut-être un seul : l’Espagne, un possible rival en demi-finale, qui serait la seule à pouvoir faire tomber à la fois notre équipe A et notre équipe B, selon le journaliste mexicain Juan Carlos Zuniga, qui estime que « l’équipe B de la France peut atteindre sans problème les demi-finales de la Coupe du monde ».
Reconnaissant les bonnes performances, la cohésion de son groupe et la profondeur de son banc, particulièrement en attaque (Mbappé, Dembélé, Olise, Ekitike, Doué, Cherki, une liste indécente et non exhaustive), Didier Deschamps refuse cependant d’adopter une attitude arrogante à trois mois de la Coupe du monde 2026. Cette prudence s’explique par une culture résumée par le sélectionneur : « le sportif français, quand il est mis dans un confort, ce n’est pas là qu’il est le meilleur. » Surtout, en ce qui concerne le football.
Le dernier moment de sérénité semblable remonte à l’été 2021. Karim Benzema venait de retrouver les Bleus pour former un trident présumé inarrêtable avec Kylian Mbappé et Antoine Griezmann, tandis que Paul Pogba brillait et N’Golo Kanté était omniprésent – ce dernier point demeure d’actualité. Après une victoire contre l’Allemagne, beaucoup imaginaient déjà la France en championne d’Europe. Les événements ont pourtant pris une tournure moins favorable face à la Hongrie et le Portugal, et la Suisse a achevé le travail, profitant d’une défense fragile et de cette fameuse suffisance française que redoute Didier Deschamps.
Le spectre de 2002 et le mauvais rêve de 1992
En matière de promesses non tenues, la Coupe du monde 2002 reste indétrônable. Pour cela, il faudrait au moins remporter consécutivement un Mondial et un Euro pour espérer connaître une chute aussi dramatique qu’il y a 24 ans. De plus, il faudrait ne pas marquer un seul but en trois matchs, tout en se présentant au Mondial avec le meilleur buteur de Ligue 1 (Djibril Cissé), le meilleur buteur de Premier League (Thierry Henry) et le meilleur buteur du Calcio (David Trézéguet). Cette performance, à priori vouée à devenir une référence éternelle dans la liste des échecs du football français.
Un souvenir plus ancien nous rappelle également l’Euro 1992, au cours duquel l’équipe de France s’était qualifiée après avoir remporté huit matches sur huit. Sous la direction de Michel Platini et soutenus par le duo Papin-Cantona, les Bleus étaient des prétendants sérieux à un deuxième titre continental. Cependant, un match nul contre la Suède et une défaite face au Danemark, futur vainqueur, avaient conduit à une élimination prématurée en phase de poules.
Et si nous profitions juste du moment présent ?
En conclusion, être en forme trop tôt et disposer d’une attaque efficace n’ont jamais garanti le succès aux Bleus. Briller, c’est aussi donner l’opportunité à d’autres concurrents de se préparer en toute discrétion et à de futurs adversaires de prendre des notes. Cela dit, aurait-on préféré renoncer au plaisir de battre le Brésil et d’offrir une leçon de football à la Colombie par simple prudence et superstition ? Répondre par l’affirmative reviendrait à oublier les années de déceptions passées à espérer un beau jeu pour nos Bleus, les années durant lesquelles l’équipe de France ne faisait ni frémir ni impressionner avant, pendant, ni après les compétitions.
Le dernier passage à vide n’est d’ailleurs pas si ancien ; il y a deux ans, lors de l’Euro 2024, où l’équipe a marqué deux buts contre son camp en faveur des Bleus, sans marquer le moindre but depuis le jeu avant le tir de Kolo Muani contre l’Espagne, un échec prédit par un match nul inquiétant contre le Canada (0-0) avant le début du tournoi. Laissons-nous donc le droit d’apprécier ce moment d’euphorie, de savourer l’enthousiasme débordant de Rayan Cherki, l’efficacité de Désiré Doué, la puissance de Kylian Mbappé et l’altruisme de Michael Olise, tout en gardant en tête que cette euphorie pourrait s’évanouir en juin-juillet lors des confrontations face à des équipes défensives cherchant le moindre contre opportun.

