Les Aveyronnais vont devoir « partager » les fameux couteaux Laguiole

L’avis est tranché. Dans un décret paru ce vendredi au Journal officiel, l’Institut national de la propriété intellectuelle (Inpi) homologue une Indication géographique (IG) pour les mondialement connus couteaux Laguiole. Ils bénéficient désormais de la même protection et traçabilité que la porcelaine de Limoges par exemple, ou la tapisserie d’Aubusson.

A priori, la nouvelle devrait faire sauter de joie la quinzaine de couteliers de la célèbre commune aveyronnaise, berceau historique des fameuses lames, cibles de nombreuses contrefaçons à travers le monde. Il n’en est rien. Car la toute nouvelle IG concerne 94 communes de six départements et donc, aussi, la quarantaine de couteliers du bassin de Thiers, à plus de 200 kilomètres de là, dans le Puy-de-Dôme. C’est d’ailleurs ces derniers, sous l’étendard de l’association Couteau Laguiole Aubrac Auvergne (CLAA) qui ont demandé à l’Inpi cette IG « Couteau Laguiole », tandis que la demande d’IG « Couteau DE Laguiole » des Aveyronnais avait été retoquée en avril 2022.

Cette rivalité entre les deux bassins de production est ancienne. Les Auvergnats défendent quelque « 400 emplois » du bassin thiernois et veulent rétablir « la vérité historique ». Ils estiment que sans leur savoir-faire, l’artisanat des Laguiole n’aurait pas pu resurgir dans l’Aveyron dans les années quatre-vingt, alors qu’il y avait disparu, faute de main-d’œuvre, au détour de la Première Guerre mondiale. Une lecture de l’histoire que l’Inpi valide dans sa décision. D’ailleurs, Aubry Verdier, le président de la CLAA salue « une décision sage, conforme à la vérité historique et géographique ». Il insiste sur le caractère « rassembleur » de l’homologation. « Elle va nous permettre de mieux nous défendre contre le reste du monde », assure-t-il.

« C’est catastrophique ! »

Mais les Nord-Aveyronnais ne l’entendent pas de cette oreille. « On est totalement atterrés, c’est catastrophique ! », réagit Honoré Durand, le président du syndicat des fabricants aveyronnais de couteau de Laguiole. « En fait, cette décision dévalorise totalement notre produit, notre terroir, notre savoir-faire, estime le coutelier. Ce label d’Etat est censé rassurer le consommateur sur l’origine du produit et là, maintenant, on ne saura même plus si le couteau Laguiole est fabriqué dans l’Allier ou l’Aveyron tellement le périmètre est étendu. Sans compter un cahier des charges assez nébuleux. Les gens viennent à Laguiole pour acheter un couteau de Laguiole, pas pour acheter un couteau de Thiers ».

Les Aveyronnais veulent désormais chercher s’il y a une parade juridique à la décision de l’Inpi. Une chose est sûre, il ne peut pas y avoir en France deux IG pour le même produit. La CLAA aimerait rallier tous les Laguiolais à la nouvelle IG. Mais, cela semble, à chaud, utopique. « A titre personnel, pour mon entreprise, je ne la demanderai pas », affirme, pour l’heure, Honoré Durand. Avec un possible paradoxe à la clé : des couteliers de Laguiole sans IG Laguiole, et donc avec un handicap concurrentiel évident.