Les Alpes-Maritimes, un « rêve solaire » pour les panneaux photovoltaïques ?

« Je ne comprends pas pourquoi tous mes voisins n’en ont pas », s’exclame David, habitant de Biot dans les Alpes-Maritimes. Il parle des panneaux photovoltaïques. Lui, il les a installés en 2019 pour « des raisons écologiques » et est « ravi » du résultat. « J’habite dans le Sud, autrement dit un rêve solaire, et j’ai une bonne exposition, énumère-t-il. L’esthétisme pourrait être la seule raison qui pourrait empêcher les propriétaires, mais ça me semble aberrant. » Car des avantages, il en a. Surtout depuis la crise énergétique.

« Le retour sur investissement est rapide, poursuit-il. C’est vrai qu’il faut un petit peu d’argent pour l’installation mais c’est raisonnable. Si on peut s’acheter une nouvelle voiture, autant miser sur les panneaux solaires. »

Pour une installation capable de produire une puissance maximale de 3 kWc, il faut compter entre « 7.500 et 9.000 euros ». D’après Marc Simian, patron d’Azur système solaire, le plus ancien installateur de la région, « c’est rentabilisé en moins de dix ans ». Il développe : « Le prix payé en autoconsommation, c’est la moitié de ce que la personne paie à EDF ». Alors que depuis quelques années, la demande n’était pas forcément au rendez-vous (on compte environ 5.000 installations dans le département contre plus de 7.500 dans le Nord), depuis « la crise en Ukraine, ça explose ». « Les gens veulent devenir autonomes et maîtres de leur consommation », résume l’ingénieur. Chaque mois, sa demande est en croissance.

Un manque d’exemplarité bientôt pallié ?

Le département des Alpes-Maritimes est donc l’un des plus ensoleillés de France avec plus de 2.700 heures par an « mais l’un des moins bien équipés », reprend Marc Simian. Selon lui, ce faible engouement viendrait d’un manque « d’exemplarité » de la part des pouvoirs publics. Une tendance qui est en train d’évoluer. Le maire de Cannes en a fait une promesse de mandat. A Mougins, on installe des panneaux sur les écoles, et à Nice, la Chambre de commerce et d’industrie (CCI) vient d’en faire poser 54 sur son bâtiment qui est classé.

La métropole Nice Côte d’Azur a, de son côté, annoncé lors de la présentation de son plan « de sobriété énergétique » lancer un « appel global pour les projets privés ». Elle met à « disposition les bâtiments publics de toutes les communes » pour créer « un écosystème solaire ». Ainsi, « avec 17 % des toitures équipées, on pourrait produire 4.000 GWH par an », a assuré Christian Estrosi. Un outil cartographique en open data a également été mis en ligne sur le site de la métropole pour visualiser le « potentiel solaire des maisons et copropriétés » et ainsi, pousser les habitants à passer au solaire.

Une prise de conscience « tardive »

Pour David, « c’est dommage qu’il n’y ait pas eu de vraie volonté politique avant ». Richard Chemla, vice-président de la métropole et adjoint à l’écologie à la mairie de Nice, l’explique par une différence de culture par rapport au Nord. « Ce n’était pas notre façon de penser pendant des années, dit-il. On pensait que ça coûtait cher à investir et la majorité de la population était des seniors, donc n’y trouvait pas d’intérêt. Aujourd’hui, on est en train de soulever les contraintes architecturales et d’urbanisme qui empêchaient d’installer un panneau sur le toit si on habitait à côté d’un bâtiment classé. Mais il est temps de montrer qu’il est possible d’installer, surtout quand on bénéficie de 300 jours de beaux temps par an. On doit montrer l’exemple. »

Effectivement, « la priorité est donnée sur les zones résidentielles, industrielles et commerciales » pour implanter des panneaux photovoltaïques, précise la métropole. Mais des projets peuvent être validés lorsqu’ils « sont de qualité, avec des efforts d’intégration et travaillés en amont avec l’architecte des bâtiments de France ». L’Etat a également simplifié les procédures durant l’été 2022.

Avec la levée des freins administratifs, la hausse du prix de l’énergie et une prise de conscience écologique, la ville de Nice constate alors « une hausse très importante des demandes pour des installations » depuis un mois. Et pour accompagner « ses administrés » dans cette transition énergétique, le président de la métropole a annoncé « réorienter » les aides à l’achat d’un véhicule électrique vers « d’autres sources d’énergie décarbonées comme le solaire ». Le montant de ces nouvelles aides sera « adopté lors d’un prochain conseil métropolitain », a précisé la métropole.