Législatives en Israël : Benjamin Netanyahou, le « roi Bibi » qui veut retrouver sa couronne

« Benjamin Netanyaou ne raccrochera jamais sa veste de lui-même. Il fera tout ce qui est possible pour former une coalition, même les choses les plus folles. Il pense avoir reçu une mission de Dieu pour sauver le pays ». Ces mots, ce sont ceux d’Aviv Bushinsky, ancien porte-parole et fin connaisseur du Likoud, parti de l’ex-premier ministre israélien.

Pas faux, le Premier ministre le plus pérenne de l’histoire d’Israël considère que sauver son pays, dont il veut à nouveau prendre les rênes ce 1er novembre à l’issue de législatives, est la mission de sa vie. Adoré ou abhorré, Benjamin Netanyahou fait l’unanimité sur un point : son énergie infatigable au service d’une volonté intacte de gouverner. L’homme de 73 ans qui fait campagne pour ses cinquièmes législatives en moins de quatre ans, a innové cette année, parcourant le pays à travers la « Bibimobile », camion entièrement vitré et ultrasécurisé librement inspiré du véhicule du pape.

« Bibi » et son vivier inébranlable de supporteurs

Pour la première fois depuis 2009, Netanyahou ne concourt pas en tant que Premier ministre sortant, ayant été détrôné en juin 2021 par une coalition hétéroclite. Malgré son inculpation pour corruption dans une série d’affaires (allégations qu’il nie, celui que tout le monde surnomme « Bibi » peut compter sur un vivier inébranlable de supporteurs.

Mais si le Likoud fait moins bien que prévu par les sondages (environ 33 sièges, soit la première force au Parlement), alors sa base électorale pourrait finalement se fissurer, estime encore Bushinsky. Et d’ajouter : « Il ne fait pas de doute que quelques responsables du Likoud lui demanderont de se retirer. Il y aura des défections au sein du parti. »

Voix rauque et cheveux argentés inamovibles, Benjamin Netanyahou, père de trois enfants, est profondément marqué par l’héritage de la droite israélienne. Né à Tel-Aviv le 21 octobre 1949, il tient ce bagage idéologique musclé de son père Benzion, ex-assistant de Zeev Jabotinsky, leader de la tendance sioniste dite « révisionniste », favorable au « Grand Israël ».

Une vision d’Israël comme « Etat juif »

A l’opposé du processus de paix israélo-palestinien des années 1990, qu’il a contribué à enterrer, Netanyahou prône une vision d’Israël comme « Etat juif » avec des frontières s’étendant jusqu’à la Jordanie, d’où ses déclarations en faveur de l’annexion de pans de la Cisjordanie occupée et de mesures favorisant un boom des colonies.

Pendant la dernière décennie, où il était au pouvoir, les colonies en Cisjordanie ont dépassé les 475.000 habitants – une hausse de 50 %-, vivant en parallèle de 2,9 millions de Palestiniens, une présence accrue qui menace la création d’un Etat palestinien viable selon l’ONU.

Au tournant des années 1970, le jeune Netanyahou effectue son service militaire dans un commando d’élite. Mais c’est surtout son frère aîné, Yoni, qui se fait remarquer dans les rangs de l’armée. En 1976, Yoni, commandant de l’unité chargée de libérer les otages d’un vol Tel-Aviv/Paris en Ouganda, est tué pendant l’assaut israélien. « J’ai cru que ma vie était terminée », écrit dans son autobiographie publiée ce mois-ci Benjamin Netanyahou, qui fera de la « lutte contre le terrorisme », qu’il associe souvent aux Palestiniens ou aux Iraniens, l’un des fils conducteurs de sa carrière.

Ses admirateurs voient d’ailleurs en lui l’incarnation du nouveau « Roi d’Israël » pour sa défense arc-boutée du pays face à l’Iran et à son programme nucléaire, perçu comme le nouvel « Amalek », l’ennemi mortel des Hébreux dans la Bible.

Soldat, diplomate, Premier ministre

S’il maintient des propos durs à l’endroit du leadership palestinien, il a conclu des accords de normalisation en 2020 avec des pays arabes (Emirats, Bahreïn, Soudan, Maroc) sous l’égide de Washington. Orateur né, il est aussi diplomate de carrière, en poste aux Etats-Unis, pays où il a étudié, puis ambassadeur à l’ONU dans les années 1980.

En 1996, à 46 ans, il triomphe du doyen Shimon Peres et devient le plus jeune Premier ministre de l’histoire d’Israël. Il restera trois ans au pouvoir. Il fait une pause politique puis finit par revenir à cette passion en prenant la tête du Likoud, jusqu’à redevenir Premier ministre en 2009 jusqu’en 2021.

« Soldat, j’ai combattu pour défendre Israël sur les champs de bataille. Diplomate, j’ai repoussé des attaques contre sa légitimité dans des forums internationaux. Ministre des Finances et Premier ministre, j’ai cherché à renforcer son pouvoir économique et politique parmi les nations », écrit encore Netanyahou dans sa biographie. Et de conclure qu’il a « aidé à sécuriser l’avenir de [son] vieux peuple ».