Législatives 2022 : On a regardé les clips de campagne des partis pour vous

Vous avez aimé les clips de campagne de la présidentielle ? Vous adorerez ceux de la campagne officielle des législatives. Cette fois, pas d’égalité parfaite entre les forces en présence, et seuls les partis qui ont un groupe parlementaire ou présentent au moins 70 candidats et candidates ont droit à des clips. Matin, midi et soir vous pourrez les retrouver sur les antennes du service public de l’audiovisuel. Mais au cas où n’auriez pas le temps de vous y plonger, 20 Minutes a passé sa journée devant, et ça en dit long sur les stratégies des différents partis.

Ensemble : un coup d’œil à gauche

La majorité présidentielle a sorti ses plus belles images de campagnes et de villages de notre beau pays. Cette figure est un classique. Plus étonnant : Elisabeth Borne n’apparaît que quelques petites secondes, et Emmanuel Macron guère plus. Place est faite aux candidates et candidats, sortants ou pas, qui, tour à tour, disent un bout de phrase du discours de la majorité. Le résultat est un bel hommage aux meilleurs diaporamas de mariage. Sur le fond, le message ressemble d’abord à un pense-bête aux électeurs : au fait, vous avez réélu Emmanuel Macron.

Un candidat de la majorité présidentielle colle ses affiches.
Un candidat de la majorité présidentielle colle ses affiches. – Capture d’écran FTV

« Les Français ont fait le choix d’un homme d’Etat dans une période marquée pas l’instabilité », affirment les candidats. Ne pas donner une majorité absolue au président fraîchement réélu, ça serait risquer la stabilité du pays. Sur le reste, Ensemble creuse le sillon tracé par Emmanuel Macron dans l’entre-deux-tours de la présidentielle : plutôt tourné à gauche, avec un accent sur le pouvoir d’achat. « Si vous choisissez un candidat de la majorité présidentielle, une loi de lutte contre la vie chère sera votée dès l’été […] La France peut devenir une grande nation écologique […] Le plein-emploi sera à portée de main. » Enfin, Ensemble désigne aussi son principal adversaire : « Ne cédez pas aux fausses promesses et aux alliances de circonstances »… Là aussi le coup d’œil semble aller vers la gauche.

Baromètre électoral : 6/10. C’est pro, mais ça manque de peps.

Les Républicains : nos territoires ont du talent

Le grand parti de droite, première force d’opposition dans l’Assemblée sortante, cherche à sauver les meubles après la faillite présidentielle. Alors dans ses clips de campagne, LR se replie sur son fonds de commerce ses dernières années : les territoires. LR, c’est le parti des territoires, ses candidats sont enracinés dans les circonscriptions. « C’est ça qui fait notre force », justifie d’emblée le président du parti, Christian Jacob, seule personnalité à apparaître dans le clip. Comme pour la majorité sortante, la part belle est donnée aux candidats et candidates. Mais les moyens ne sont pas les mêmes : chacun apparaît face cam pour dire un bout de phrase. L’image, le cadrage et le son sont, disons, d’une qualité aléatoire.

Christian Jacob, le président de Les Républicains.
Christian Jacob, le président de Les Républicains. – Capture d’écran FTV

Sur le fond, les aspirants et aspirantes députées LR jouent à fond la carte du député porte-parole de sa circonscription avant tout, sur une musique épique. A tel point que la majeure partie du clip est presque dépolitisée. Le programme arrive à la toute fin avec « nos cinq priorités », un peu expédiées et sans surprise : pas plus de 1,50 euro à la pompe, peine minimales exemplaires, revalorisation des retraites, 4.000 jeunes médecins dans les déserts médicaux et enfin dépenser moins pour taxer moins…

Baromètre électoral : 3/10. Quand la qualité technique n’est pas là, on décroche.

Rassemblement national : Jordan Bardella plus que jamais dauphin

Contrairement à la plupart des concurrents, le Rassemblement national ne mise pas sur ses candidats locaux. Peut-être que leurs performances contrastées dans les débats locaux organisés par France 3 les en a dissuadé. Ce sont donc Marine Le Pen, la candidate à la présidentielle, et Jordan Bardella, le président par intérim du parti, qui mènent la danse dans le clip. Si la finaliste de la présidentielle est en majesté, notons tout de même que son second a lui aussi droit aux images qui mettent en valeur : Bardella face à une église, Bardella qui marche au ralenti dans la rue… Ça pose un dauphin.

Marine à la station essence, Jordan à l'église.
Marine à la station essence, Jordan à l’église. – Capture d’écran FTV

La mobilisation de ses électeurs est fondamentale pour tous, encore plus pour les perdants de la présidentielle, encore plus pour le RN, pour qui la déperdition entre les deux élections est habituellement extrêmement forte. Alors, le clip du RN est d’abord un appel : « Allez voter ! », c’est l’anaphore jouée par Marine Le Pen et Jordan Bardella. « Parce que si vous ne le faites pas d’autres décideront pour vous ! », exhorte la première ; « parce que les décisions qui seront prises lors de ce quinquennat en matière d’énergie, d’immigration ou d’école par exemple, engageront le pays pour des décennies », croit le second. Alors que l’accent mis sur le pouvoir d’achat avant le premier tour de la présidentielle a fait une bonne partie de son succès, Marine Le Pen n’en fait cette fois qu’un sujet parmi d’autres, et encore même pas premier. On peut même voir une sorte de retour aux fondamentaux du RN, qui insiste bien plus sur « le régalien » et l’identitaire.

Baromètre électoral : 5/10. Les électeurs du RN s’y retrouveront, c’est sûr.

La France insoumise : Mélenchon et union à fond

Les partis qui forment la Nouvelle Union populaire écologique et sociale (Nupes) ne font pas cause commune dans les clips, rien a priori ne les en empêchait. La France insoumise – ça commence à ressembler à une règle – donne d’abord la parole aux candidats et candidates, qui se présentent : « Je suis avocate, je suis inspecteur du travail, je suis cadre de la fonction publique, je suis infirmière, je travaille à la Poste »… La France insoumise veut montrer toute la diversité des profils qu’elle présente à la députation. « A l’image de notre pays », précise Jean-Luc Mélenchon. Le candidat à Matignon, qui ne quitte plus son costume gris clair depuis la toute fin de la campagne présidentielle, prend ensuite toute la place.

Le clip LFI présente les bulletins de la NUPES.
Le clip LFI présente les bulletins de la NUPES. – Capture d’écran FTV

Charge à lui de présenter « la tout autre politique » qui serait menée après une victoire de la Nupes aux élections législatives : planification écologique, retraite à 60 ans, allocation de 1.000 euros aux étudiants, le blocage des prix – « car il faut vivre ! »… Les marqueurs sont là. Le clip est bien sur un appel à la mobilisation alors que si la Nupes veut bien figurer elle devra convaincre la plupart des électeurs de Jean-Luc Mélenchon et du reste de la gauche le 10 avril de se déplacer à nouveau. Le 3e homme de la présidentielle insiste pour expliquer que c’est simple : il suffit de voter pour les bulletins avec le « V » de la NUPES. Exemple à l’appui avec un bulletin de Manuel Bompard… Mais aussi de Julien Bayou pour EELV, d’Olivier Faure pour le PS ainsi que d’une députée communiste et d’une candidate Générations. Il ne sera pas dit que LFI ne joue pas à fond l’union.

Baromètre électoral : 6/10. C’est bien foutu, mais Jean-Luc Mélenchon qui parle presque seul, c’est du déjà-vu.

Parti socialiste et EELV : service minimum

Les clips socialistes et écologistes sont la chasse gardée des chefs de partis : Olivier Faure, le premier secrétaire du PS, et Julien Bayou, le secrétaire national d’Europe-Ecologie – Les Verts. On savait le PS économe de ses deniers mais le clip laisse pantois : on entend simplement Olivier Faure, et encore, c’est un discours, pas un message enregistré spécialement, sur des images de manifestations et de candidats et candidates en campagne. C’est à peine mieux côté écolo : Julien Bayou est quand même face caméra.

Julien Bayou, le secrétaire national de EELV.
Julien Bayou, le secrétaire national de EELV. – Capture d’écran FTV

Les écolos affichent clairement la couleur de la Nupes : « Appelez-la  »nupe »,  »nupès »,  »nups », comme vous le souhaitez », ironise même Julien Bayou, candidat à Paris. Il insiste sur « un programme ambitieux qui peut changer concrètement la vie ». Le PS affiche, lui, plutôt ses propres couleurs, la Nupes n’est étonnamment pas citée et son logo apparaît à la toute fin seulement. Le parti de la rose au poing affiche néanmoins les principales mesures de l’alliance avec LFI, dont la retraite à 60 ans et le SMIC à 1.500 euros. Une cure de jouvence pour le PS.

Baromètre électoral : 2/10. Le manque d’investissement est impressionnant.