Législatives 2022 : La remobilisation des abstentionnistes entre les deux tours ? « C’est rare, mais ce n’est pas totalement impossible », affirme un sondeur

Les élections législatives en France, avec le mode de scrutin majoritaire à deux tours, c’est souvent binaire. Mais depuis 2017, c’est plus compliqué et en 2022, avec trois grandes familles autour ou au-dessus de 20 % au premier tour, les cartes sont désormais brouillées. Dans cet entre-deux-tours tendu, que sait-on des intentions des électeurs et électrices mais aussi des abstentionnistes en vue du second tour ? 20 Minutes a posé la question à Mathieu Gallard, directeur d’études chez Ipsos.

Comme souvent lors des premiers tours peu mobilisateurs, les partis annoncent vouloir convaincre les abstentionnistes dans l’entre-deux-tours. Mais c’est rare ce type de remobilisations ?

C’est rare, mais ce n’est pas totalement impossible. Généralement, il y a plutôt une hausse de l’abstention entre les deux tours d’une élection législative. Tout simplement parce qu’une partie des électeurs des candidats éliminés ne sont pas satisfaits de l’offre du second tour et se réfugient dans l’abstention. Mais, au cours des dernières décennies, il y a eu deux cas dans lesquels, au contraire, il y a eu une hausse de la participation entre les deux tours : c’est 1997 et 1988.

C’est très intéressant car ce sont les deux seules élections pour lesquelles il y avait une certaine incertitude sur le résultat final. On peut peut-être se situer dans ce genre de configuration en 2022 et avoir le même phénomène. Après, il n’est pas certain que cet éventuel gain de participation participe à un camp en particulier. Et puis, contrairement à ces deux précédents cas, j’ai quand même le sentiment que la tonalité médiatique c’est plutôt d’Ensemble ! semble assuré d’avoir une majorité. La question est de savoir si ce sera une majorité absolue ou relative. Ce n’est la même chose que de ne pas du tout savoir quel camp va gagner.

Même si la Nupes et Ensemble ! ont terminé à peu près à égalité dimanche, c’est bien Ensemble qui est nettement devant en sièges dans les projections car on s’attend à ce que l’électorat LR se reporte sur les candidats macronistes. Dans quelles proportions ?

C’est assez difficile à dire. Aujourd’hui, on en a un peu plus d’un sur deux qui voterait pour les candidats macronistes mais avec beaucoup de déperdition, notamment vers l’abstention. Evidemment, la campagne de l’entre-deux tours peut faire que ça change. C’est la grande question : est ce que cet électorat va se dire que, finalement, il y a quand même un risque d’une majorité du Nupes et dans ce cas-là, voter pour les candidats Ensemble !. Ou est-ce qu’ils vont se dire que le risque est relativement éloigné et donc il y aura une relative démobilisation ? L’autre point, c’est quand même que cet électorat, désormais, il est très concentré dans ses bastions. Et que ces bastions, eh bien ce sont des endroits où il y a des LR au second tour. Ce ne sont donc pas des réserves si importantes qu’il y paraît sur le papier. LR et ses alliés font, certes, un peu plus de 13 % mais dans la plupart des circonscriptions où ils sont éliminés du second tour, ils font beaucoup moins ça.

Les électeurs d’extrême droite et notamment du RN n’ont jamais été aussi nombreux à des législatives. A-t-on une idée de leur comportement lors du second tour, quand ils n’ont pas de candidat ?

Ce devrait être un comportement très majoritairement abstentionniste et ensuite, à ce stade, ça peut changer d’ici dimanche, une répartition à peu près égale entre la Nupes et Ensemble ! quand c’est cette configuration au second tour. Sachant que ça peut dépendre du type de territoire. C’est-à-dire que dans les quelques circonscriptions du sud de la France où le RN n’est pas au second tour, le report sera sans doute nettement plus vers les candidats Ensemble ! parce que c’est un électorat qui est plus idéologiquement d’extrême droite. Alors que dans les circonscriptions plutôt du Nord, Nord-Est ils iront plutôt vers la Nupes parce que c’est un électorat plus antisystème.

On parle beaucoup des circonscriptions où RN et Nupes se font face, que sait-on dans ce cas-là des reports macronistes ?

On est encore en train de travailler là-dessus, il n’y a pas de chiffres très précis mais ce qu’il faut retenir, c’est que les électeurs macronistes auraient plutôt tendance à massivement s’abstenir. Et le petit tiers qui vote choisit un peu plus la Nupes que le RN. Ce n’est pas si surprenant quand on sait que la part des anciens électeurs de François Fillon parmi les électeurs macronistes a encore augmenté.