Législatives 2022 : La bataille s’ouvre pour les postes en or de l’Assemblée nationale (rémunération, bureaux, prestige…)

A peine les législatives terminées, une autre bataille commence. Les 577 députés élus dimanche dernier ont pris cette semaine leurs marques au sein de l’Assemblée nationale. A droite et à gauche, les parlementaires ont rejoint le palais Bourbon ces dernières heures pour la traditionnelle photo de groupe. Mais derrière les sourires, de nombreuses tractations sont déjà en cours. Présidences de commission, taille de bureaux, groupes d’amitié… « Il faut parfois aller arracher les postes avec les dents », s’amuse un député de la majorité. On fait le point sur les postes en or très disputés au sein de l’hémicycle.

Le plus honorifique : la présidence de l’Assemblée nationale

« Il y a des bagarres pour tout. Mais la première qu’on a eue à l’époque, c’est pour la présidence de l’Assemblée nationale, la mère de toutes les batailles », se souvient Alexis Bachelay, ancien député socialiste entré dans l’hémicycle après la victoire de François Hollande en 2012. Avec la défaite de l’ex président Richard Ferrand au second tour des législatives dimanche dernier, ce poste très prestigieux devrait de nouveau attirer les convoitises. Du haut de son perchoir, le quatrième personnage de la République, qui conduit les débats dans l’hémicycle et veille au règlement, dispose de nombreux pouvoirs.

« C’est un poste très politique, avec une notion diplomatique non négligeable puisqu’il peut recevoir des chefs d’Etat. Il revient traditionnellement à une personnalité d’envergure. Le plus souvent, c’est tranché à l’avance avec le soutien du président de la République, mais il y a parfois des élections internes très disputées », assure Olivier Rozenberg, professeur à Science Po, et spécialiste de la vie parlementaire. Le perchoir est connu pour être le siège le plus inconfortable de l’hémicycle, mais il a un atout indéniable : un petit boitier magique, qui permet au président de couper la chique de n’importe quel député. C’est donc traditionnellement une personne consensuelle, issue de la majorité, qui s’y assoit. Barbara Pompili, Joël Giraud et Éric Woerth (Ensemble !) sont déjà candidats pour la majorité. Un vote des députés prévu lors de la première séance mardi prochain, dévoilera le nom de l’heureux élu.

Le plus stratégique : questeur de l’Assemblée

C’est l’un des postes les plus prisés au sein de l’hémicycle. Les trois questeurs (deux pour la majorité, un pour l’opposition) « sont chargés des services financiers et administratifs ». Autrement dit, ce sont eux qui tiennent les cordons de la bourse, un budget de plus de 600 millions d’euros, tout comme la gestion du personnel, du parc automobile, des restaurants ou encore du régime de Sécurité sociale des députés. En clair, rien ne se décide entre les murs du palais Bourbon sans leur accord. « Le poste était très demandé en 2017 car le questeur a quand même la main sur toute l’administration de l’Assemblée, il est au cœur de la grosse machine et le salaire de député y est doublé… », confie un député macroniste réélu dimanche.

Le questeur bénéficie d’une indemnité spéciale de plus de 5.400 euros bruts mensuels, qui s’ajoute à l’indemnité de député de base, d’un peu plus de 7.200 euros. Le poste offre aussi des avantages matériels non négligeables : un secrétariat particulier, une voiture avec chauffeurs ou encore un logement de fonction de 400 mètres carrés à l’hôtel de la Questure. « C’est un poste prestigieux, plutôt réservé à des membres séniors, qui s’accompagnent en effet de privilèges important. Mais il est surtout question de prestige. L’appartement permet ainsi de tenir des réceptions, d’animer des réunions, et atteste de leur importance politique », ajoute Olivier Rozenberg. Au sein de ces salons, loin de l’agitation parlementaire et des caméras, se nouent parfois les tractations les plus secrètes. C’est dans ces appartements que François Hollande aurait noué un pacte de non-agression avec Martine Aubry juste avant son intronisation à l’Elysée, rapporte le Point. C’est ici aussi que certains politiques se retrouvent pour des matchs de foot ou des soirées bien alcoolisées.

Le plus pratique : un bureau avec couchette

C’est une bataille moins politique mais tout aussi cruciale pour les nouveaux députés. Pour les bureaux, c’est un peu la loterie. « Moi si je pouvais avoir un bureau plus grand, j’essaierais car c’est pratique pour recevoir du monde. Il faut être assez malin avec le président de groupe pour obtenir ce qu’on souhaite », ironise un député MoDem réélu. Certains sont équipés du minimum syndical, quand d’autres offrent un cabinet de toilette et un lit. Le site de l’Assemblée précise que « 242 députés disposent d’une possibilité de couchage dans leur bureau ». Pas inutiles quand les débats s’éternisent jusqu’au bout de la nuit.

Exemple de canapé-lit dans un bureau de député à l'Assemblée nationale
Exemple de canapé-lit dans un bureau de député à l’Assemblée nationale – 20minutes

« Il y a une dimension pratique, mais encore une fois beaucoup de prestiges. Certains bureaux sont réservés à des fonctions, comme les vice-présidences de l’Assemblée, ou les présidences de commissions proches de l’hémicycle. Pour le reste, il y a une logique d’ancienneté », indique Olivier Rozenberg.

Le plus sympathique : un groupe d’amitié dépaysant

Autre mission pour les députés : bien choisir son groupe d’amitié parlementaire parmi les quelque 150 pays existants au sein de l’hémicycle. L’objectif de ces groupes est avant tout de tisser des liens diplomatiques avec le pays « ami ». « C’est une forme de diplomatie parlementaire, qui peut s’avérer utile pour faire passer des messages en dehors des canaux officiels. Les députés revivent les délégations étrangères ou vont en visite dans ces pays », indique Olivier Rozenberg.

On doit être mauvais esprit, mais les députés au sein du groupe d’amitié France-Jamaïque, par exemple, n’en profiteraient pas pour gratter quelques jours au soleil ? « J’ai l’impression que c’est beaucoup de temps pour pas grand-chose et que certains en profitent surtout pour faire un peu de tourisme », sourit un élu du MoDem. « C’est vraiment au petit bonheur la chance, complète Alexis Bachelay. Certains groupes vont bien fonctionner, se réunir, et voyager mais ça dépend de l’actualité et de l’investissement du président de groupe », dit-il, en nous confiant un petit regret. « J’aurais pu aller plusieurs fois en Chine dans ce cadre, mais ça tombait jamais au bon moment. Je me dis aujourd’hui que j’aurais dû bloquer une semaine pour aller visiter le pays ».

L’ancien député socialiste donne au passage un conseil aux nouveaux venus. « En 2012, je faisais partie de la fournée des nouveaux, on s’était fait enfumer sur tout, face à ceux qui en sont à leur troisième ou quatrième mandat. Il y a une prime à l’ancienneté, le gars qui déboule et pense qu’il va prendre tel poste prestigieux, on va vite lui faire comprendre que ça ne marche pas comme ça »