Législatives 2022 : Dans la triangulaire des Hauts-de-Seine, « le jeu est encore très ouvert »

« Tu as vu le pourcentage qu’ils ont fait ? » Sur le chemin du déjeuner, un couple d’Asniérois débat sur la politique. A quelques jours du second tour, les législatives mobilisent les habitants dans la 2e circonscription des Hauts de Seine (Asnières-sur-Seine et Colombes Sud). Une des sept circonscriptions de France où trois candidats se sont qualifiés pour le second tour. Francesca Pasquini ( EELV), candidate de la Nupes, est arrivée en tête au premier tour (27,41 %). Ce dimanche, elle affrontera Baï-Audrey Achidi (Ensemble !) et Marie-Dominique Aeschlimann (LR), vice-présidente de la région Ile-de-France, dans une triangulaire.

Cela se joue dans un mouchoir de poche puisque ces deux dernières ont respectivement obtenu 26,79 % et 24,99 % des voix. « Le jeu est encore très ouvert », note la candidate LR. Pour récolter les voix qui feront la différence dimanche, les militants des trois partis sont sur le terrain cette semaine. Lundi soir, les militants de la Nupes tractaient devant la gare d’Asnières. Les soutiens de la candidate républicaine s’y trouvaient le lendemain. Ce mercredi soir, la candidate d’Ensemble ! organise sa dernière réunion publique, à l’école Mauriceau.

« La gauche ne pourra pas gagner »

« La mairie me rend des services, explique Rosa, 66 ans. Quand je leur demande quelque chose, ils m’aident alors je vais voter pour eux ». Comprendre les Aeschlimann. La candidate LR est la femme de Manuel Aeschlimann, maire d’Asnières-sur-Seine (1999-2008 et de nouveau depuis 2014). Avec 29,51 % des voix, Marie-Dominique Aeschlimann se place première sur la ville.

Une perspective qui en refroidit certains. « Cela me pose toujours un peu problème de lier famille et politique », explique Pierre, un jeune Asniérois. Comme lui, plusieurs habitants comparent les Aeschlimann aux Balkany, « même s’ils sont plus clean ». L’idée de voter pour la candidate de la majorité présidentielle, « parachutée », ne séduit pas davantage. « Je suis macroniste mais j’ai tout de même voté pour un autre parti au premier tour, pour montrer mon désaccord », explique Arnaud.

Malgré cela, les habitants d’Asnières-sur-Seine voient la droite gagner au second tour. « Les Républicains sont très ancrés ici, c’est une ville de droite, regrette Mathilde, qui prévoit tout de même de voter pour la candidate Nupes ce dimanche. La gauche ne pourra pas gagner. »

Les abstentionnistes, réservoir de voix de la Nupes

A Colombes, les habitants se montrent plus optimistes quant aux chances de victoire de Francesca Pasquini (Nupes). « C’est le parti de Mélenchon qui va gagner, affirme Rebecca, 79 ans. Ici, rue Saint-Denis, les gens ne votent pas forcément pour lui. Mais toutes les minorités qui habitent aux alentours le feront. » La tendance à gauche de la ville s’est déjà confirmée aux dernières élections municipales. L’écologiste Patrick Chaimovitch avait alors pris la ville à Nicole Goueta (LR).

« La Nupes s’est très bien positionnée à l’échelle nationale comme à l’échelle de la circonscription, alors je garde espoir », ajoute Manon. La veille, la jeune femme a fait la rencontre des militants Nupes qui tractaient devant la gare d’Asnières. Depuis, elle réfléchit à les rejoindre pour motiver les abstentionnistes à voter dimanche. « Je pense en effet que notre réserve de voix réside dans ces personnes qui n’ont pas voté au premier tour (44% des inscrits), et je vais sur le terrain pour les convaincre de voter », appuie Francesca Pasquini.

Une stratégie qui en laisse certains sceptiques. « Je pense que la gauche a déjà épuisé son réservoir de voix, confie Arnaud. Je n’aurais pas dit cela si toute la ville appartenait à la 2e circonscription. Mais, à Colombes Sud, on est dans des quartiers historiquement situés à droite, ou au centre-droit. » Les Colombiens représentent un tiers des voix de la circonscription, qui se partage entre 50.000 électeurs à Asnières-sur-Seine et 20.000 à Colombes-Sud.

Appel au vote utile

Après la victoire de la Nupes au premier tour des législatives, Baï-Audrey Achidi et Marie-Dominique Aeschlimann appellent à faire barrage. La candidate Ensemble ! ajoute « face au danger de l’extrême gauche ». Chacune appelle au retrait de la candidature de l’autre. « Il faut apprécier quelles sont les capacités de report de voix, pour un vote utile », soutient la Républicaine qui estime pouvoir incarner ce rôle.

Sur Twitter, Manuel Aeschlimann, maire d’Asnières et mari de la candidate LR, relaie les propos de certains élus qui demandent le retrait de Baï-Audrey Achidi. Ces derniers disent parler au nom des centristes et des macronistes. « De la politique à l’ancienne et mensongère, qui entraîne une perte de confiance des électeurs », critique celle-ci. Une préoccupation majeure après l’abstention de 44 % des personnes inscrites sur les listes électorales, au premier tour.