Le vin orange, « phénomène de mode » ou tendance durable en Alsace ?

L’Alsace change de couleur ! Terre quasi exclusive de blancs, la région, comme d’autres en France, produit de plus en plus de vins orange. Soit le terme coloré choisi pour évoquer ces vins blancs vinifiés comme des rouges, c’est-à-dire avec macération des raisins. Combien s’en produit-il aujourd’hui ? « Difficile à dire mais ça reste assez confidentiel », nuance-t-on à l’association des viticulteurs d’Alsace (Ava). « Certains ont commencé il y a une dizaine d’années et depuis quelque temps, d’autres tentent l’expérience pour voir ce que ça donne, toujours sur des volumes réduits. »

Le domaine Moltès, à Pfaffenheim (Haut-Rhin), en fait partie. « On s’est lancé en 2019 après en avoir dégusté chez des amis », explique l’un des deux frères, Mickaël. « On voulait essayer de nouvelles méthodes de travail et, pourquoi pas, s’ouvrir de nouveaux marchés. » Le tout à tâtons. Ils en proposent une unique cuvée par récolte, soit « 1.500 bouteilles sur notre production d’environ 200.000. »

Très peu donc, aussi car le vin orange n’est pas si simple à apprécier… « Il faut que le palais soit éduqué avant d’en déguster. Ce n’est vraiment pas pour tout le monde », résume Serge Dubs, élu meilleur sommelier du monde en 1989. « Je préviens souvent les clients avant qu’il ne goûte. C’est particulier. C’est bien moins rond qu’un vin alsacien traditionnel. Le côté tanique est tout de suite plus agressif », appuie Régine Bannwarth, dont le domaine faisait partie des pionniers dans la région « en 2011 ». Avec une façon de travailler propre et très particulière.

« Les friands de nouveautés vont tester »

« On a débuté avec la méthode géorgienne », poursuit celle qui gère l’affaire avec son frère. « Nous y avions voyagé plusieurs fois et ils utilisent des Qvevri [prononcer Kvevri], des grandes jarres en terre cuite. » Elles sont enterrées et le jus de raisin tout juste récolté, avec les peaux et parfois même les rafles, y macère pendant « environ huit mois ». Le vin est ensuite vendu sans être filtré, avec donc un léger dépôt. « Mais nous en produisons aussi dans des cuves en inox ! », précise Régine Bannwarth en insistant sur le côté motivant de la « découverte d’une nouvelle structure de vin. Ce n’est pas qu’un phénomène de mode ! »

Le domaine Bannwarth fait fermenter son vin orange dans des jarres.
Le domaine Bannwarth fait fermenter son vin orange dans des jarres. – Domaine Bannwarth

Ce fameux orange a-t-il déjà trouvé son public ? Oui et non. « Les friands de nouveautés vont tester mais chercheront peut-être ensuite une autre curiosité », répond-on à l’Ava, sans trop se prononcer sur le devenir du produit en Alsace. Mickaël Moltès est lui convaincu que la mode à de l’avenir. « Les jeunes se sont beaucoup mis à la bière IPA et sont habitués à des goûts plus amers, avec des tanins plus marqués. Le vin orange s’inscrit dans cette tendance. » Sans oublier son côté naturel et prétendument plus digeste. « Ça, il faut voir, tempère Serge Dubs. C’est possible quand la vinification a été parfaite. Il y a quelques années, c’était rarement le cas. Mais c’est de mieux en mieux. »

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La preuve, le Gewurztraminer Steinstück 2021 vient d’obtenir une médaille d’or au récent Mondial des vins blancs à Strasbourg. « Un excellent vin, bien structuré, avec une belle acidité, se souvient le sommelier, qui œuvre encore au restaurant doublement étoilé L’Auberge de l’Ill. Il peut donner du plaisir » Au-delà de la simple curiosité.