Le troisième confinement peut-il attendre ?

Le troisième confinement peut-il être retardé ou doit-il être lancé impérativement cette semaine ? — Jeanne Accorsini/SIPA

  • La France compte plus de 3.000 patients en réanimation en raison du coronavirus, et une moyenne de 20.000 cas par jour… Des chiffres, en constante augmentation, qui rendent un troisième confinement de plus en plus incontournable.
  • Face à cette échéance, le gouvernement semble vouloir temporiser et attendre le dernier moment pour décider de confiner à nouveau la France.
  • Peut-on réellement jouer la montre face à l’épidémie de coronavirus ?

Confinera, confinera pas ? Alors que le mot est sur toutes les lèvres, l’exécutif semble prendre son temps pour se décider, quitte à laisser les chiffres de l’épidémie de Covid-19 atteindre des sommets. Ce lundi, la France comptait à nouveau plus de 3.000 patients en réanimation en raison du coronavirus. Se trouver en dessous de ce chiffre symbolique était pourtant l’une des deux conditions fixées par Emmanuel Macron pour déconfiner la France le 15 décembre.

Le deuxième objectif, de 5.000 cas par jour ou moins, n’a jamais été rempli. Actuellement, c’est en moyenne 20.000 personnes qui sont testées positives au coronavirus chaque jour sur les sept derniers jours écoulés. Face à des chiffres de plus en plus alarmants et en constante augmentation (10 % de plus de cas positifs cette semaine par rapport à la précédente), de nombreux scientifiques appellent à un (re) reconfinement national.

Une maladie exponentielle

Loin d’exclure cette hypothèse, l’exécutif semble pourtant jouer la montre. Alors que le Journal du Dimanche pensait annoncer  en exclusivité un reconfinement cette semaine, le gouvernement dément à demi-mot, indiquant que rien n’est encore décidé et qu’Emmanuel Macron ne compte pas prendre la parole dans les prochains jours. Le président du conseil scientifique, Jean-François Delfraissy, déclare de son côté dans Libération ce mardi que le confinement « n’est pas à une semaine près ».

Une citation qui fait s’étrangler Michaël Rochoy, chercheur en épidémiologie, inquiet des courbes exponentielles du coronavirus. Le nombre de cas, d’hospitalisations, d’admissions en réanimation et de décès n’augmente pas semaine après semaine de manière linéaire, mais de plus en plus vite. Le médecin rappelle qu’aux alentours du 15 octobre, la France comptait également 20.000 cas par jour. Ils étaient 56.000 le 3 novembre, deux semaines et demi plus tard.

Et encore, ce pic a diminué grâce aux vacances scolaires à partir du 17 octobre. Or, les prochains congés scolaires ne débutant que dans dix jours, et ne concernant qu’une partie du territoire, « le pic devrait cette fois monter beaucoup plus haut. Tout annonce une troisième vague plus violente et meurtrière que la seconde. »

Confinement retardé, confinement allongé

L’idée ne serait-elle pas justement de temporiser jusqu’aux prochaines vacances et de les laisser faire leur effet en plus d’un confinement ? Sans doute selon Michaël Rochoy, même si la stratégie lui semble peu habile. « On est à 400 morts par jour, attendre une semaine, c’est dire que 3.000 morts ça ne compte pas », souffle-t-il. Avant de rappeler la maxime d’Emmanuel Macron de mars dernier : « Si nous sommes vraiment en guerre, il faut cesser les demi-mesures ou d’attendre la situation la plus simple. Il faut agir fort et vite. »

Pour l’épidémiologiste Antoine Flalhault, chaque semaine d’attente avant un nouveau confinement ne fera qu’accroître la durée de celui-ci. Actuellement à 20.000 cas par jour, avec un R (taux de reproduction du virus) de confinement qu’on peut espérer à 0,7 avec un confinement strict, « chaque semaine, on divisera par deux le nombre de nouvelles infections quotidiennes, on sera donc à 5.000 cas par jour en quinze jours. Si on perd une semaine et que l’on se retrouve à 30.000 cas par jour, alors il faudra plus de temps pour reprendre la main parce que l’on partira de plus haut. »

Le risque et l’attente d’une situation incontrôlable

Or, la situation actuelle semble difficilement tenable. La France compte plusieurs centaines de décès par jour dus au coronavirus, les hospitalisations et les réanimations augmentent depuis plusieurs semaines, et même à supposer qu’elles n’augmentent plus, la France se retrouverait sur un très haut plateau. Une ligne de crête qu’avait connue l’Allemagne en décembre, avant de reconfiner face à une nouvelle flambée de l’épidémie. Une situation au combien inconfortable, comme l’explique Antoine Flahault : « La France se retrouve dans une position particulièrement dangereuse, car proche d’un basculement vers une situation de croissance exponentielle non contrôlable et de saturation de ses hôpitaux. »

Toute la question est là pour Michaël Rochoy : pourquoi attendre que la situation devienne incontrôlable pour agir ? « Plus on confine tôt et vite, moins le confinement est coûteux, en temps, en social, en économie, en morts. La France attend toujours le dernier moment pour confiner, ce qui crée des confinements très longs comme le premier, ou peu efficaces pour vraiment stopper l’épidémie, tel le second », déplore-t-il.

L’occasion d’enfin changer de modèle ?

Et si justement, ce troisième confinement qui nous pend au nez, comme à toute l’Europe, était l’occasion de changer de fusil d’épaule au niveau de la stratégie contre le coronavirus ? Constatant l’impossibilité de vivre avec le Covid-19 et l’usure des modes stop-and-go, le Vieux continent pourrait s’inspirer du modèle asiatique : on ne vit pas avec le coronavirus, on ne lui laisse pas la place de se répandre. A la moindre légère hausse de cas, les pays confinent massivement des quartiers entiers ou ferment l’ensemble des lieux clos, pour être sûrs que l’épidémie ne décolle jamais.

A l’heure où l’Allemagne, l’Angleterre ou l’Irlande se reconfinent déjà et que l’Espagne et le Portugal connaissent une flambée massive de cas, Antoine Flahault estime que cela crée « une fenêtre d’opportunité pour toute l’Europe, car c’est peut-être le moment de reprendre la main de façon coordonnée sur la pandémie dans le continent et de ne plus laisser le virus y circuler à un tel niveau d’intensité. » Quitte à subir un troisième long confinement, autant s’arranger pour qu’il soit le dernier.

Politique

Coronavirus : Le gouvernement veut prendre son temps avant un éventuel confinement

Société

Coronavirus : Oui, le maire de Cabourg a annoncé le reconfinement avant de se rétracter

0 partage