France

Le site « Où va ma France » ne ficherait-il pas les musulmans ?

Laurent Nuñez a demandé à ses services de se pencher sur le cas du site « Où va ma France » (« mafrance.app »), soupçonné de fichage des musulmans. La députée écologiste Sabrina Sebaihi a saisi le ministre après un message de « Où va ma France », diffusé le 3 janvier sur X.


Il est sous la surveillance du ministère de l’Intérieur. Laurent Nuñez a ordonné à ses services d’examiner le cas du site « Où va ma France » (« mafrance.app »), suspecté de dresser des fiches sur les musulmans. « Le ministre de l’Intérieur a demandé aux services compétents d’étudier le dossier, qui est en cours d’appréciation », a précisé l’entourage du ministre.

La députée écologiste Sabrina Sebaihi avait alerté le ministre après un message provenant de « Où va ma France », publié le 3 janvier sur X. « Envie de savoir où se trouve le centre pour migrants le plus proche de chez vous ? La mosquée la plus proche ? Le quartier « sensible » le plus proche ? C’est désormais possible sur http://mafrance.app/lieux. Pratique pour le prochain déménagement ! », affirmait le compte X associé au site.

Le site « Où va ma France ? » propose notamment de recenser les mosquées et lieux de culte musulmans, les centres d’hébergement de migrants, les quartiers prioritaires de la politique de la ville, ainsi que des statistiques prétendues sur la criminalité, mises en relation avec l’origine réelle ou supposée des populations.

Il revendique faire « l’état des lieux » du pays selon plusieurs critères associés à l’extrême droite. Il propose par exemple un « indice d’islamisation », qui se base sur le nombre de prénoms d’origine arabo-musulmane. On y trouve également un « indice d’immigration », « de changement culturel », « d’interventionnisme social », ainsi que « de wokisme » et de « défrancisation ».

L’élue écologiste Sabrina Sebaihi, la première à tirer la sonnette d’alarme, a demandé la fermeture du site, accusé de mettre « des cibles dans le dos » des Français « de confession musulmane », de « ficher » des personnes « en raison de leur origine » et de recourir aux « statistiques ethniques ».

« Cette plateforme véhicule et encourage des narratifs racistes et discriminatoires. Elle permet la diffusion de commentaires publics insultants et haineux visant des personnes en raison de leur religion, en particulier musulmane, de leur origine réelle ou supposée, voire de leur orientation sexuelle. Elle incite implicitement à éviter certains quartiers ou commerces du fait de la présence de populations migrantes ou de lieux de culte », a déclaré l’association SOS Racisme, qui a annoncé son intention de porter plainte vendredi soir.

L’association antiracisme note que ces contenus pourraient constituer des infractions pénales, notamment « des délits d’injure publique à caractère raciste ainsi que de provocation publique à la haine et à la discrimination ». Elle appelle également « les pouvoirs publics, les plateformes numériques et les responsables politiques à renforcer les dispositifs de protection des personnes et communautés ciblées par ce type de discours ».