France

Le sénateur Joël Guerriau face à la justice pour avoir drogué Sandrine Josso à son insu.

Le 14 novembre 2023, le nom de Gisèle Pelicot est encore inconnu du grand public et les dates du procès de son mari et des cinquante hommes accusés de l’avoir violée ne sont pas encore fixées. Joël Guerriau comparaît devant le tribunal correctionnel de Paris pour « administration d’une substance » dans le but de commettre un viol ou une agression sexuelle et « détention de stupéfiants ».

Le 14 novembre 2023, Gisèle Pelicot est encore inconnue du grand public. Les dates du procès de son mari – son bourreau, en réalité – et des cinquante hommes accusés de l’avoir violée alors qu’elle avait été préalablement sédatée ne sont pas encore établies. En parallèle, une autre affaire va mettre en lumière le phénomène de la soumission chimique. La députée Sandrine Josso accuse son homologue du Sénat, Joël Guerriau, de l’avoir droguée à son insu pour abuser sexuellement d’elle.

Le sénateur Joël Guerriau.
Le sénateur Joël Guerriau.  - IBO/SIPA

Un peu plus de deux ans après cette affaire médiatisée, les deux élus se retrouveront pour la première fois ces lundi et mardi face à face, cette fois dans le prétoire. Joël Guerriau comparaît devant le tribunal correctionnel de Paris pour « administration d’une substance » dans le but de commettre un viol ou une agression sexuelle, ainsi que pour « détention de stupéfiants ». L’ex-sénateur de Loire-Atlantique, membre du mouvement centriste Horizons, est accusé d’avoir dilué de la MDMA pure à 91,1 % dans son verre pour l’abuser. Il jure ne pas avoir eu de mauvaise intention.

Un champagne étonnamment sucré

Ce soir-là, Joël Guerriau avait invité Sandrine Josso, députée Modem, à célébrer chez lui à Paris sa récente réélection. Ils sont élus dans le même département et se connaissent depuis une dizaine d’années. Seule invité, Sandrine Josso est accueillie avec une coupe de champagne, qu’elle trouve étrangement sucrée. Aux magistrats, elle a confié avoir ressenti, dès les premières gorgées, des « sortes de décharges » au niveau du cœur. Ses jambes flageolent et elle se sent confuse. Surtout, elle trouve le comportement de son hôte « bizarre » : il joue avec l’interrupteur, plongeant parfois la pièce dans le noir puis rallumant la lumière de manière intense. En allant chercher un verre d’eau dans la cuisine, elle aperçoit le sénateur tenant « un sachet blanc dans la main », qu’il cache rapidement sous le plan de travail. De la MDMA, que les enquêteurs retrouveront lors de la perquisition grâce à ses indications.

« Terrorisée » en réalisant qu’elle a été droguée, Sandrine Josso commande un taxi et part tant bien que mal. Selon son récit, Joël Guerriau tente de la persuader de rester, la suit même dans l’ascenseur et jusque dans la rue. Son taxi la conduit à l’Assemblée nationale, mais à peine arrivée, elle est envoyée à l’hôpital. Les analyses toxicologiques révèlent 388 ng/ml d’ecstasy dans son sang, soit le double de la quantité dite « récréative ». Elles montrent aussi une absence de stupéfiants durant les sept mois précédant cette soirée.

Joël Guerriau plaide l’erreur

En garde à vue puis lors de la confrontation, le sénateur a nié catégoriquement avoir cherché à abuser de sa consœur. Dans une défense quelque peu douteuse, Joël Guerriau affirme qu’il ignorait que la poudre blanche qu’il possédait était une drogue. Il jure qu’il pensait qu’il s’agissait simplement d’un « tranquillisant » acheté auprès d’un collègue du Sénat dont il a toujours gardé le nom secret. À l’époque, insiste-t-il, il traverse une période difficile : la campagne des sénatoriales l’a épuisé, son chat est sur le point de mourir et il a appris qu’un de ses amis était en récidive d’un cancer. La veille des faits, il aurait donc décidé de prendre ce « tranquillisant ». Selon son récit, il a versé un peu de poudre au fond d’une coupe puis s’est ravisé et est sorti prendre l’air. Le lendemain, c’est dans ce même verre qu’il sert son invitée, « oubliant » la présence de ce « tranquillisant ».

Dans cette affaire, ce n’est pas tant la présence de drogue qui est contestée que l’intention. Si « aucun geste d’intimité ou à caractère sexuel n’a été rapporté », les magistrats instructeurs estiment que les « agissements » du sénateur sont « compatibles avec ceux d’une personne ayant une intention sexuelle ». En témoigne notamment le cadre « intimiste » de ce rendez-vous. Les soupçons sont renforcés par ses recherches en ligne le mois précédant les faits : « vente ghb », « achat ghb gbl », « où se procurer de l’ecstasy ». Lui a expliqué avoir effectué ces recherches pour la fille d’un ami. Quant au jeu de lumière – qui pourrait accélérer les effets de la drogue – il prétendait qu’il s’agissait d’un « tour de magie ». L’avocat du sénateur n’a pas répondu aux sollicitations.

Bien que le sénateur – élu depuis 2011 – ait rapidement été suspendu de son parti et du groupe parlementaire Les Indépendants, il n’a démissionné du Sénat qu’en octobre 2025. Un choix qu’il a justifié comme politique et sans lien avec les accusations judiciaires le concernant. Il risque cinq ans de prison pour administration de substance, et jusqu’à dix ans pour détention de stupéfiants.