« Le Seigneur des anneaux », « House of the Dragon »… Les fans de fantasy ne sont plus ceux que vous croyez

Depuis le triomphe de Game of Thrones sur le petit écran, les plateformes de streaming misent sur le genre fantasy pour conquérir de nouveaux abonnés. Amazon Prime Video lance ce vendredi Le Seigneur des anneaux : Les Anneaux de pouvoir, la série la plus chère de l’histoire, Disney+ la série Willow, une suite du film de Ron Howard sorti en 1988, le 30 novembre, Netflix a annoncé avoir acheté les droits d’adaptation de la saga de C.S Lewis, Le Monde de Narnia. La fantasy ne s’est jamais aussi bien portée, à en juger le succès de House of the Dragon, le préquel de Game of Thrones, qui signe le meilleur lancement de l’histoire de HBO. Autrefois cantonné à un cercle de connaisseurs, « la fantasy s’est grandement démocratisée, surtout depuis une vingtaine d’années », constate Julie Escurignan, enseignante-chercheuse, responsable du master en management des industries culturelles et créatives à l’EMLV. Exploration d’une communauté de fans en pleine expansion et en pleine mutation. 

Un premier cercle d’initiés

Le fandom de Tolkien s’est « s’est formé en trois temps », selon Vivien Lejeune, auteur de Aux origines du Seigneur des Anneaux: De Tolkien à Jackson (Third Éditions, 24,90 euros). D’abord, la « communauté choisie » par l’auteur britannique, composée de proches, « à qui il faisait lire ses ébauches, dont C. S. Lewis, l’auteur de Narnia » et de son cercle universitaire à qui il présente « son légendaire ». 

Le fandom de Tolkien s’est ensuite développé dans les années 1960, à la faveur d’une réédition en poche du Seigneur des anneaux « grâce au mouvement hippie », qui voit dans le roman initialement paru en trois volumes en 1954 et 1955 « un discours écologique et humaniste », résume Vivien Lejeune. Un « déplorable culte », juge Tolkien. 

Une communauté considérablement élargie

La communauté s’élargie encore lors de la sortie de la trilogie cinématographique de Peter Jackson entre 2001 et 2003. « Ces grosses productions lancent une vague énorme de fantasy, analyse Julie Escurignan. Le début des années 2000 marque un tournant dans la fantasy qui s’élargit aux enfants avec Harry Potter et au grand public avec la trilogie de Peter Jackson. »

Le lancement de la série Game of Thrones sur HBO en 2011 marque « à nouveau un élargissement avec un public plus adulte ». « George R.R. Martin cherchait à écrire de la fantasy pour les gens qui n’aiment pas la fantasy. Les éléments magiques apparaissent peu au début, il se focalise sur d’autres éléments, politiques, notamment », poursuit la chercheuse. « 

Une communauté moins stigmatisée

Ce succès a changé le regard sur le genre fantasy et sur ses fans. « Depuis vingt ans, on est sorti d’une représentation de la fantasy comme un genre de niche, réservé à quelques joueurs de Donjons et Dragons – une image un peu stigmatisante d’ailleurs, parce qu’on avait des représentations assez négatives de ces communautés », se réjouit Julie Escurignan. 

« La communauté est très diverse. Cette image du nerd évolue, ne serait-ce qu’avec des séries comme Strangers things, qui montrent des gens jouant à Donjons et Dragons. C’est drôle pour les gens qui y jouaient et n’étaient pas vus comme des gens cools », abonde Justine Breton, maîtresse de conférences en littérature française à l’INSPE de Troyes (Université de Reims Champagne-Ardenne) et co-autrice avec Florian Besson d’Une histoire de feu et de sang. Le Moyen âge de Game of Thrones (PUF, 19 euros). « Ces personnes qu’on voyait comme des nerds sont devenus parents et transmettent ce goût de la fantasy à leurs enfants », poursuit Mestre Thibaut, vidéaste spécialiste du genre.

Une communauté ouverte et accueillante

Contrairement à certaines idées reçues, « il y a toujours eu beaucoup de femmes parmi les fans de fantasy, particulièrement chez ceux de Tolkien », souligne Vivien Lejeune. « Dans mon étude sur les fans de la série Game of Thrones, on observe une certaine égalité entre les hommes et les femmes, on est plutôt sur du CSP+, des gens plutôt éduqués parce que c’est HBO et on trouve étonnamment des adultes de tout âge », confirme Justine Breton. 

« Ce fandom est ouvert et accueillant puisque la fantasy est un genre très ouvert. C’est un genre transmédiatique, qui se développe en littérature, au cinéma, en musique, dans les jeux, etc.  », explique Julie Escurignan. 

« Les nouveaux arrivants sont les bienvenus, ils sont bien accueillis et sont invités à échanger. Il y a tout de même une forme de hiérarchisation, des gens en posture de leader, d’expert ou de médiateur par rapport à d’autres et cela arrive que cela se frite un peu », constate Justine Breton. 

La communauté francophone de fans de la saga Le Trône de Fer de l’auteur George R.R. Martin, La Garde de Nuit, a vu arriver de nombreux nouveaux membres au moment de la série Game of Thrones. « Les nouveaux arrivants ont posé beaucoup de questions, et la communauté n’a pas cherché à les renvoyer, en leur disant “allez voir les livres”, au contraire, ils ont cherché à les guider. Certains nouveaux arrivants sont partis, d’autres ont rejoint le groupe et sont devenus des membres actifs », rappelle Julie Escurignan. 

Une communauté exigeante 

« Avec Game of Thrones, les fans des livres étaient en position d’expertise au début par rapport à ceux qui découvraient la série. Lorsque la série a dépassé les livres, ils étaient tous au même niveau. Ils ont eu une grande discussion pour savoir quel était le véritable matériel canon », rappelle la chercheuse. Un phénomène qui va se reproduire avec Les Anneaux de Pouvoir entre les fans des livres, des films, et ceux qui vont rentrer dans l’univers par la série. », selon Justine Breton. 

Et d’expliquer : « Les fans des livres vont être un peu plus chatouilleux parce qu’ils ont une connaissance du monde, donc ils ont déjà leur propre opinion et perspective. Une série, c’est une adaptation, c’est un point de vue, des choix… Les fans les plus anciens ont parfois des opinions plus tranchées puisqu’ils ont un attachement ancien à l’univers par rapport à ceux qui découvrent avec des yeux plus neufs et un attachement émotionnel qui se construit. » 

« Ce sont les gardiens du temple. J’en fais partie. J’aime bien quand on respecte le matériau d’origine », abonde Vivien Lejeune. Les castings plus inclusifs des Anneaux de pouvoir et de House of the Dragon ont ainsi d’ores et déjà fait couler beaucoup d’encre. « Quand c’est bien amené et bien inclus dans l’univers, cela peut totalement marcher », considère Thibaut Mestre. 

Tandis que les Nains, Elfes, dragons et autres mages vont envahir nos écrans, une chose est sûre, les communautés de fans de fantasy vont encore se développer davantage.