Le PSG peut-il vraiment mettre sa menace de quitter le Parc des Princes à exécution ?

Paris, septembre 2032. Alors que les voitures volantes ont quitté le périphérique parisien pour laisser place aux piétons, dans ce qui ressemble désormais à une sorte de High Line new-yorkaise végétalisée, les badauds qui s’y baladent lèvent soudain les yeux vers une étrange et menaçante bâtisse de béton, piques dressés vers le ciel, située Porte d’Auteuil, que la nature a fini par dévorer petit à petit. Nostalgique, un papa raconte à ses enfants qu’à l’époque, ce lieu était pourtant the place to be à Paris, celui où résidait le Paris Saint-Germain, aujourd’hui délocalisé loin, loin, loin, à la Karl-Olive Arena de Poissy.

En forçant (à peine) notre imagination, c’est en substance de ce futur lugubre que parle le Paris Saint-Germain dans le communiqué, publié samedi, faisant suite au refus de la maire de Paris Anne Hidalgo de vendre le Parc des Princes au PSG et à son actionnaire qatari QSI, dernier épisode en date d’une guéguerre de com commencée au mois de novembre entre les deux clans. « Le PSG et le Parc des Princes font partie de l’histoire et du patrimoine de Paris. Tout le monde est perdant dans la position prise par la maire. Le Paris Saint-Germain est maintenant obligé de trouver des options alternatives pour relocaliser le club (…). Ce n’est pas l’issue que le club, ni ses supporteurs, espérait. » Le ton est grave et la sentence semble irrévocable. Oui, le PSG va bel et bien quitter son Parc des Princes dans un futur proche.

Les candidats sortent du bois

Il n’en fallait pas plus pour enclencher la machine à fantasmes. Dans la foulée de cette nouvelle prise de bec, les candidats à l’accueil du nouveau stade des Rouge et Bleu sont sortis du bois pour dresser le tapis rouge à Nasser Al-Khelaïfi. Tandis que Karl Olive, le maire de Poissy, qui accueille déjà le tout nouveau centre d’entraînement du PSG, publiait un visuel de ce que pourrait représenter la nouvelle enceinte du PSG sur ses terres, le maire de Joinville-le-Pont faisait lui aussi acte de candidature sur les ondes de France Bleu Paris en évoquant le bois de Vincennes comme futur lieu de vie. Au bout du fil, Stéphane Pottier, fondateur de Venue Advisory, une société spécialisée en gestion de stades et arénas, se marre en imaginant de tels scénarios.

« On peut toujours tout imaginer et il n’est pas impossible factuellement pour le PSG de déménager, seulement ça demanderait un investissement énorme et beaucoup, beaucoup de temps. On parle là d’un projet à 8 ou 10 ans minimum, note celui qui a collaboré aux projets des nouveaux stades de foot à Lille, Bordeaux ou Nice. Je ne les vois absolument pas un jour migrer au bois de Vincennes, ça n’aurait pas beaucoup de sens. Après, il peut y avoir à juste titre des actes de candidatures de la part de collectivités avoisinantes qui ont du foncier et qui veulent se saisir de cette opportunité-là. Mais il y a un attachement fort du Qatar, de QSI et du PSG en tant qu’institution à Paris et à l’ouest parisien. »

« Le PSG, c’est le Parc ! », clame le Collectif Ultras Paris

Pour l’heure, les supporteurs sont divisés sur la question. Si certains, à l’image du Collectif Ultras Paris ou du bloc Parisii, qui ont déployé une banderole « Notre histoire s’écrit ici. Pas à Saint-Denis, ni à Poissy » devant le Parc ce week-end, sont profondément opposés à une délocalisation du PSG, d’autres sont plus indécis. Certains évoquaient récemment chez nos confrères du Parisien les cas d’Arsenal, de Tottenham, de la Juventus ou de l’Atlético de Madrid, qui ont fini par quitter leur stade historique pour bâtir des enceintes plus grandes et/ou plus modernes.

« Mais tous ces clubs sont restés dans leur quartier historique », rétorque Stéphane Pottier. Si l’hippodrome de Saint-Cloud, non loin du Parc, a été cité parmi les endroits susceptibles d’accueillir la très hypothétique nouvelle maison du PSG, les autres sont situés à plusieurs kilomètres de là. Imagine-t-on sérieusement les supporteurs parisiens accepter de se rendre à Saint-Denis, au stade de France, l’un des projets évoqués en cas de départ du Parc, pour voir un match de leur équipe ? Sans compter qu’à côté de l’enceinte dyonisienne, certes grande mais sans aucune âme, le Parc des Princes à côté fait figure de lieu mythique duquel, en réalité, personne ne veut bouger.

Un prix difficile à estimer

Seulement voilà, pour y rester et effectuer les travaux d’agrandissement et de modernisation nécessaires, le PSG souhaite être le propriétaire des lieux. Ce que comprend parfaitement Stéphane Pottier. « C’est comme quand on est locataire d’un appartement ou d’une maison, on n’est pas prêts à y faire les mêmes investissements que quand on est propriétaires. Quel serait donc l’intérêt du Paris Saint-Germain d’investir 300, 400 ou 500 millions dans un bien qui ne lui appartient pas ? Ça n’a pas beaucoup de sens économique. »

Or, après une première offre (ridicule, disons-le) à hauteur de 40 millions d’euros, le PSG s’est vu opposer une fin de non-recevoir de la part de la Mairie de Paris, qui estime, elle, son bien à plus de 350 millions d’euros. Combien vaut-il en réalité ? Difficile à juger tant ce genre de transactions n’est pas courante. Selon une autre étude du service des domaines citée par L’Equipe, on parle d’une somme de 200 millions d’euros qui pourrait alors servir de valeur étalon à toute future transaction. A moins que la Mairie de Paris persiste dans la ligne dure qu’elle a fixée ces derniers jours, elle qui n’aurait pourtant rien à gagner au départ du PSG en banlieue.

« Peut-être qu’il faudra être un peu plus créatif qu’une simple vente, songe le fondateur de Venture Advisory. Mme la Maire a un peu ouvert la porte en évoquant le prolongement de la convention d’occupation du domaine. Mais il peut y avoir d’autres outils juridiques qui donnent une quasi-propriété du Parc des Princes au PSG et à QSI. Je reste convaincu que tout le monde va se remettre autour de la table. La Ville de Paris n’a aucun intérêt à laisser le PSG quitter le Parc et le PSG lui-même n’a aucun intérêt à quitter son stade. . Comme l’a assuré l’adjoint à la Mairie de Paris David Belliard sur RMC, lundi matin, « on est dans un jeu de poker menteur ». Reste à savoir qui de NAK ou d’Anne Hidalgo a le plus beau jeu en mains.