France

Le plan du gouvernement contre l’infertilité : que contient-il ?

Un plan contre l’infertilité a été présenté ce jeudi par le gouvernement, touchant plus de trois millions de Français. Le ministère de la Santé souhaite augmenter les possibilités de congeler les ovocytes d’ici à 2028 et promet que la procédure restera gratuite.

Longtemps resté sans effet malgré la promesse d’Emmanuel Macron, un plan contre l’infertilité fait enfin son apparition. Présenté ce jeudi par le gouvernement, il vise à mieux sensibiliser aux enjeux d’un phénomène qui touche plus de trois millions de Français. « Les enjeux de l’infertilité ont été analysés dans tous leurs aspects » afin de permettre le « lancement immédiat de mesures concrètes et trop longtemps attendues », a déclaré la ministre de la Santé, Stéphanie Rist, lors de la présentation.

Ce plan avait été promis par Emmanuel Macron il y a déjà deux ans, ses origines remontant à 2022, lorsque le gouvernement précédent avait commandé un rapport sur la question. Depuis, peu d’avancées avaient été constatées, alors que l’infertilité, selon le rapport, concerne 3,3 millions de Français. Seul un aspect lié à la recherche avait progressé avec le lancement de plusieurs programmes, notamment pour améliorer l’efficacité des procréations médicalement assistées (PMA), en dépit de financements encore difficiles à concrétiser.

La ministre française de la Santé, de la Famille, de l'Autonomie et des Personnes handicapées, Stephanie Rist. //01JacquesWitt_Choix062/Crédit : Jacques Witt/SIPA/2511041844
La ministre française de la Santé, de la Famille, de l’Autonomie et des Personnes handicapées, Stephanie Rist. //01JacquesWitt_Choix062/Crédit : Jacques Witt/SIPA/2511041844 - Jacques Witt

Le devenir de ce plan avait suscité des interrogations. Pendant la majeure partie de 2024 et 2025, Catherine Vautrin, à la tête du ministère de la Santé, préférait un plan plus vaste centrée sur les thématiques du vieillissement et de la natalité, ce qui inquiétait les spécialistes quant à un éventuel mélange des genres.

Stéphanie Rist, sa successeure, assume désormais un recentrage sur l’infertilité. Son cabinet a souligné que les Français, lorsqu’ils souhaitent avoir un enfant, « ne passent pas leur temps à voir des graphes sur la démographie ».

Parmi les mesures phares du plan, un message sera envoyé à tous les Français à l’âge de 29 ans, à compter de la fin de l’été. Toutefois, Stéphanie Rist assure qu’il n’y aura aucune pression : « le rôle du politique n’est pas de dire s’il faut avoir des enfants ou à quel âge : ce qu’il faut éviter, c’est continuer à entendre ‘Si j’avais su’ ».

Pas de budget

Cette précision est d’autant plus cruciale dans un contexte où Emmanuel Macron a été critiqué par plusieurs associations féministes pour avoir associé l’infertilité à une question de « réarmement démographique », une approche considérée comme inappropriée. Une campagne de communication sur les enjeux de reproduction est prévue pour fin 2026 et un site d’information sera bientôt accessible.

Le plan, dont le budget total n’a pas été précisé, ne se limite pas à la communication. Le ministère souhaite également augmenter les possibilités de congélation des ovocytes, une option permise par la loi bioéthique de 2021, mais confrontée à de longs délais d’attente. D’ici 2028, plusieurs dizaines de nouveaux établissements devraient être habilités à proposer ce service, avec une intention claire d’ouvrir ce domaine au privé, tout en garantissant que la procédure reste gratuite et sans « logique marchande ».

Le plan prévoit également une meilleure prise en charge du syndrome des ovaires polykystiques (SOPK), un trouble fréquent chez de nombreuses femmes qui favorise l’infertilité. Cela concerne également l’endométriose, mais contrairement à cette dernière, qui bénéficie déjà d’un plan gouvernemental, le SOPK a été largement absent des discours publics jusqu’à présent.

« On passe dans une nouvelle ère »

Le collectif BAMP, qui regroupe des personnes infertiles et en cours de PMA, a salué l’annonce de ce plan. « On passe dans une nouvelle ère, on n’a jamais été à ce niveau-là de considération des sujets de fertilité et d’infertilité », a déclaré sa présidente, Virginie Rio, tout en avertissant qu’il s’agit d’un point de départ et qu’il reste « beaucoup de travail » à accomplir.

Cette organisation milite notamment pour l’autorisation en France du DPI-A, une méthode de diagnostic permettant de détecter les anomalies des embryons avant leur implantation. L’objectif est d’éviter de nombreuses PMA vouées à l’échec, mais cette technique soulève des débats éthiques liés à une éventuelle dérive eugéniste.

En parallèle du plan contre l’infertilité, qui sera dirigé par les auteurs du rapport de 2022 – le professeur Samir Hamamah et la patiente Salomé Berlioux – le ministère a également annoncé son intention de travailler sur les enjeux de santé liés à la naissance, alors que la France présente des taux de mortalité infantile et maternelle nettement plus élevés que dans de nombreux pays voisins d’Europe.