Le MMA « peut devenir le premier sport de combat devant le judo d’ici cinq à dix ans », pour Bernard Amoussou

Bertrand Amoussou se félicite des avancées concernant le MMA en France. — FRED DUFOUR / AFP

  • Pendant de nombreuses années, le Mixed Martial Art (MMA) a été perçu comme le vilain petit canard des sports de combat en France. Si la pratique amateur était tolérée, l’organisation de compétitions officielles était interdite. 
  • Avec cette annonce, le MMA va enfin pouvoir se structurer dans l’hexagone et rattraper son retard sur les autres pays du monde. 
  • Référent du MMA en France et président de la commission nationale, Bertrand Amoussou décrypte avec nous les possibles retombées positives pour son sport. 

Les fans du mixted martial art peuvent faire péter le champagne. Après des années passées dans l’ombre des autres sports de combat dits « respectables », le MMA, black-listé et très mal perçu dans notre pays (la France était l’un des derniers pays au monde à en interdire les compétitions officielles) voit enfin le bout du tunnel.

En autorisant son entrée dans le giron de la fédération française de boxe anglaise, la ministre des Sports Roxana Maracineanu, a ouvert la porte à une légalisation en bonne et due forme. En attendant, ce partenariat aura cours jusqu’à la fin des JO 2020, après quoi, selon le ministère, une « nouvelle campagne de délégation débutera pour la période 2021-2024 ». Référent du MMA en France et président de la commission nationale, Bertrand Amoussou décrypte avec nous les possibles retombées positives pour son sport.

Quelle est votre première réaction après l’annonce de la ministre des Sports ?

Un mot : enfin ! C’est une lutte qui aura duré presque 16 ans. Entre-temps tous les ministres successifs se sont passé la patate chaude. Ça a été une longue traversée du désert. Aujourd’hui, c’est l’aboutissement de tout cela grâce à deux femmes, Laura Flessel, qui a initié le mouvement avec la création de l’observatoire du MMA et Roxana Maracineanu qui a repris le flambeau. On a su expliquer et convaincre au fil des ans que le MMA ce n’était pas que deux personnes qui entraient dans un espace grillagé pour combattre mais que c’était aussi des valeurs éducatives. Je suis content qu’on ait été entendus. Mais le processus n’est pas terminé car le CNOSF doit encore donner son avis. On reste donc encore prudent même si on sent bien qu’on y est. On va enfin pouvoir travailler normalement.

Qu’est-ce qui a été le plus dur, se battre contre la mauvaise image du MMA ou le fait que certaines personnes, certains gouvernements ou certaines fédérations vous aient mis des bâtons dans les roues ?

Les deux sont liés. Ce qui a été dur, c’était de ressentir une profonde injustice. Quand on est dans le milieu du MMA, qu’on voit les efforts mis par tous les acteurs, par les combattants, leur dévouement pour aller représenter la France aux quatre coins du monde pour, à l’arrivée, être plus reconnu ailleurs que chez nous, c’est dur à vivre. On va enfin gagner un peu de respectabilité. Concernant le travail de sape des lobbies, de certains qui parlaient de notre sport en des termes assez déplorables, tout ça dans le but de défendre leur pré carré, ils nous ont fait beaucoup de mal car dans les yeux des gens, on avait déjà perdu toute crédibilité. Derrière c’était compliqué d’arriver avec des dossiers structurés et de dire qu’on avait un vrai projet éducatif pour le MMA.

Ces réticences, c’était de la bonne foi ou la crainte d’une fuite de licenciés vers votre sport ?

Les deux. Mais je ne suis pas revanchard. J’aimerais croire que c’était de bonne foi mais ça ne justifie pas tout. Ce qui m’a agacé à une époque, c’était que ces gens ne s’étaient jamais réellement renseignés, qu’ils étaient bloqués sur des a priori, sur des préjugés. Ce qui ne m’empêche pas d’avoir la victoire humble malgré tout.

Qu’est-ce que ça va changer très concrètement pour le MMA dans les jours ou les semaines à venir ?

La structuration, tout simplement. La mise en place de licences, de formations pour les coachs qui pourront enfin voir leurs diplômes reconnus. Car même si on prodiguait déjà ce type de formation et que le contenu était cohérent, le papier qu’on leur délivrait à la fin n’avait aucune valeur. A côté de ça, il y a la compétition : on va enfin pouvoir organiser des compétitions, mettre en place des championnats de France et organiser des galas professionnels tels que ceux de l’UFC ou du Bellator [les deux plus grands promoteurs de combats de MMA au monde].

Est-ce une bonne chose de se retrouver avec la boxe anglaise ? On sait que le MMA est aussi très proche de la lutte.

Ces deux fédérations semblaient en effet sortir du lot. La lutte semblait plus proche du MMA si on parle de technique pure mais le plus important pour le ministère, ce n’était pas tant le côté similarité technique mais la capacité d’une fédération à diriger et à englober tous les aspects du MMA. La boxe a dû avoir la préférence car sa fédération est la seule à intégrer le côté professionnel de la pratique.

Ce sont aussi les rares fédés à vous avoir soutenus par le passé.

Pour être honnête, pendant très longtemps on a été tout seuls. Il faut comprendre que quand on représente un sport comme le MMA, le but ultime c’est de devenir un sport olympique. Quand on y est, on se bat pour y rester et quand on n’y est pas, on se bat pour y entrer. Dès lors, le MMA n’est pas forcément accueilli à bras ouverts car il devient de fait un concurrent direct pour toutes les autres fédés. Mais les fédérations se sont rendu compte que la normalisation de ce sport était inéluctable, elles ont compris qu’il était préférable de nous ouvrir la porte plutôt que de nous combattre. Le but étant maintenant d’avancer ensemble, de bâtir un contrat gagnant-gagnant entre le MMA et la fédé qui va nous accueillir.

La France a-t-elle fatalement pris beaucoup de retard sur les autres pays ?

Oui et non. On a pris du retard sur tout ce qui est compétition professionnelle, en revanche, le fait d’avoir dû se battre pour exister à fait qu’on a pris beaucoup d’avance sur tout ce qui est formation, développement technique. On est le pays qui a proposé le plus d’ajustements pour prendre en compte tout ce qui est MMA éducatif. Les autres pays ne se sont jamais concentrés là-dessus, ils étaient focalisés sur l’aspect compétitif. Nous, pour exister, pour gagner le droit à la reconnaissance, on a dû repenser une nouvelle forme de MMA. Là-dessus, on a pris de l’avance. C’est un mal pour bien, donc.

Cyril Diabaté nous disait « le jour où ça va être légalisé, un marché va se créer et il y aura un boom extraordinaire ». Vous êtes d’accord avec ça ?

C’est un gros marché qui va s’ouvrir mais je n’irais pas jusqu’à parler de boom. Ça va prendre du temps. On existe, on est reconnu, ok, mais ça va se faire tranquillement. Ça va commencer par l’organisation de galas type UFC afin de populariser notre sport auprès du grand public. Mais derrière on parle de nécessaire structuration. Parce que ce qui fait le gros des licenciés, ce sont de jeunes pratiquants amateurs qui ne veulent pas faire de compétition. Ça représente environ 95 à 98 % de la communauté MMA. C’est avant tout à eux qu’il faut proposer quelque chose, ce sont eux qui vont faire que la fédération sera importante. Si on reste sur une fédération de compétiteurs, on va être 2.000 et on finira par disparaître. Mais si on arrive à convaincre les parents à travers le travail éducatif qu’on met en place, là ça peut marcher. Tout l’enjeu est là. Les parents amènent les enfants au judo, le MMA c’est l’inverse, ce sont les enfants qui amènent les parents. A nous de changer ça.

On parle de 30 à 50.000 pratiquants aujourd’hui en France, exact ?

On est probablement là-dessus même si c’est impossible à comptabiliser réellement. Ce qui est sûr c’est qu’il y a un gros potentiel. Je pense qu’on peut devenir le premier sport de combat devant le judo [environ 500,000 licenciés à l’heure actuelle] d’ici cinq à dix ans.

Comment se positionne l’UFC vis-à-vis de la France ?

Ils ont bien compris que le développement du MMA en France passait par ce côté éducatif et ils nous ont aidés, notamment financièrement, pour travailler sur ces aspects-là. Ils font preuve d’une ouverture d’esprit, le but n’est pas de pousser à la compétition. Ils se disent qu’ils arriveront quoi qu’il arrive à en sortir une élite.

Il ne faut pas non plus négliger l’aspect compétitif. L’UFC c’est une retransmission dans plus de 120 pays, ça pèse quatre milliards de dollars.

Oui c’est conséquent. Quand l’UFC va arriver à Paris, on va se rendre compte de la machine que peut-être le MMA de haut niveau.

Collaboration d’une année seulement. C’est quoi la suite ?

Notre position, c’est de dire : on établit à la fois un contrat de mariage avec une fédération mais aussi un contrat de divorce. Après, le calendrier va dépendre de notre capacité à nous structurer et à grandir pour ensuite voler de nos propres ailes. Tout est clair là-dessus. Mais sur le papier, un an ça me semble un peu court.

Y a-t-il un risque d’être trimballé de fédé en fédé chaque année ?

Ça me paraît peu probable.

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