« Le milieu naturel est en souffrance, on ne va pas multiplier les ultra-trails de partout »

« La montagne bouge, la forêt brûle ». Le maire de Saint-Gervais Jean-Marc Peillex a adressé mardi une lettre à Emmanuel Macron. Une « supplique » dans laquelle, il alerte le président de la République sur la nécessité de sauver les espaces naturels. « Qu’il s’agisse du Mont-Blanc, des montagnes de la Corse, des gorges de l’Ardèche, des falaises d’Etretat, des stations balnéaires renommées ou d’autres sites réputés en France (…) chacun de ses lieux souffre des conséquences dommageables et trop souvent destructrices de la surfréquentation », soulève l’élu avant de s’en prendre aux « nombreuses manifestations » comme l’ultra-trail du Mont-Blanc « au bilan carbone catastrophique ».

Vous avez adressé ce mardi une lettre de supplique à Emmanuel Macron, qu’attendez-vous concrètement du président de la République ?

J’attends que l’Etat joue son rôle et qu’il fixe le cadre d’une nécessaire régulation dans les espaces naturels, quels qu’ils soient. Aujourd’hui, on a une surconsommation des espaces naturels, on a une attractivité multipliée par x depuis la sortie de l’épidémie de Covid. On livre la nature à des gens qui n’en ont pas les codes et qui sont en train de détruire complètement le milieu naturel. J’avais déjà interpellé le président sur le Mont-Blanc. Cela a débouché sur sa venue à Saint-Gervais et sur sa décision de trouver des règles pour protéger le Mont-Blanc, ce qui a été fait le 1er octobre 2020. Alors, il ne s’agit pas de dire : « Je veux interdire ou réserver l’espace à quelques-uns ». Aujourd’hui, on n’a pas besoin d’une règle nationale qui instaure des quotas mais on a besoin que l’Etat fixe des limites. Le milieu naturel est en souffrance, notamment à cause de la sécheresse. Par exemple, on ne va pas multiplier les ultra-trails de partout. On ne va pas multiplier la présence de dizaines de milliers de personnes dans des sites où il n’y a pas d’eau. Je vais être vulgaire mais il faut que l’on sorte de ce raisonnement de faux-cul qui consiste à agiter le drapeau de la liberté, qui consiste à dire que la mer et la montagne sont des espaces de liberté où l’on a le droit de tout faire.

Parmi ceux que vous visez, il y a l’UTMB (ultra-trail du Mont-Blanc) : que reprochez-vous exactement aux organisateurs ?

D’abord, c’est une entreprise commerciale. On n’est plus sur la course associative du début. On a une organisation qui fait de l’argent, qui a été vendue et qui a besoin de faire du business. D’ailleurs, ils ne font pas que l’UTMB à Chamonix, ils organisent des ultras trails dans le monde entier. C’est no limit. Cette année, où la montagne était en état de sécheresse et la faune et la flore en souffrance, il n’y a eu aucune adaptation. Aucune. Aucune résilience, ni prise en compte du milieu. Au contraire, on a continué de faire comme si rien ne changeait. C’est ça que je reproche. L’ultra-trail, c’est une belle course, les sportifs sont magnifiques mais à un moment, il faut mettre une limite.

Selon vous, qu’aurait-il fallu faire cet été ?

Modifier les parcours. On sait le faire quand la météo est mauvaise. On sait arrêter des courses quand il y a un orage ou un glissement de terrain, pourquoi ne pas le faire en cas de sécheresse ? Parce que là, il y a de l’argent. Les inscriptions coûtent cher, c’est du business ! Alors, je ne suis pas contre le business, je dis simplement qu’il appartient à l’autorité publique de dire où sont les limites. Mais ce n’est pas aux organisateurs de les fixer.

Mais cet événement rapporte de l’argent à la commune ?

Cela ne rapporte pas d’argent à la commune, cela en coûte car on leur donne des subventions. Toutes nos équipes techniques mettent une voire deux journées à tout mettre en place. En termes de retour, il n’y en a que pour la commune de Chamonix. Que ce soit les Contamines-Montjoie, Saint-Gervais ou les Houches, il n’y a aucune retombée. Par contre, ça rapporte aux commerçants, aux restaurateurs et aux cafetiers parce que, pendant quelques heures, ils font une très belle recette. L’UTMB, c’est 10.000 personnes qui courent, 20.000 à 30.000 accompagnateurs, 50.000 au « salon de la pantoufle » [le salon des marques]. A un moment il faut que ça s’arrête.

Pourquoi la solution ne serait-elle pas d’interdire ces événements ?

Parce que je ne suis pas pour l’interdiction. L’interdiction c’est l’extrême-onction. On interdit quand on n’est pas capable de réguler. Or, on est encore à un stade, et c’est ce que je dis au président de la République, où on peut agir pour permettre à tout le monde d’en profiter. Quand on va au Louvres et qu’il n’y a plus de places, on n’entre pas. Quand on va à la tour Eiffel, s’il n’y a plus de places, on ne la visite pas. Là, c’est pareil. La montagne, le milieu naturel doit faire l’objet d’une régulation. Même chose pour les courses. Il y a des périodes où on ne peut pas les faire. Mais je ne suis pas pour une interdiction. Interdire c’est la dictature des écolos de salon.

Dans votre lettre, vous critiquez les lobbies de l’environnement. Qui visez-vous en particulier ?

Les associations environnementales qu’on ne retrouve jamais quand il faut protéger l’environnement. J’ai fait campagne pendant dix-sept ans pour le Mont-Blanc. Mais avant d’être entendu par un président la République, j’ai été soutenu par qui ? France environnement, la Frapna de l’époque ? EELV ? Pas un mot. Ce sont des bourgeois de l’environnement. Ils ont joué leur rôle à une époque mais aujourd’hui, on est tous devenus raisonnables. Alors, les donneurs de leçons culpabilisateurs, c’est fini. Il faut passer à une écologie positive et récompensante et arrêter de dénoncer n’importe qui ou n’importe quoi.

Vous parlez de surfréquentation des espaces naturels depuis la levée des restrictions sanitaires : peut-on avoir une estimation du nombre de personnes qui se sont rendues au Mont-Blanc cet été ?

Sur le Mont-Blanc, le travail a été fait. Le nombre de personnes est limité à la capacité des refuges. Soit vous avez l’entraînement physique et vous effectuez l’aller-retour dans la journée, soit ce n’est pas le cas et il faut une réservation. Nous n’avons plus la surfréquentation d’avant. On a réussi à pacifier le Mont-Blanc. Aujourd’hui, c’est paisible. Dans les refuges, on a retrouvé l’ambiance, les gens ne volent plus du matériel alors qu’avant c’était la chienlit, le bordel. Aujourd’hui, prenons exemple sur le Mont-Blanc et allons plus loin. Essayons ne pas massacrer des sites qui sont fragiles.