« Le mal est fait… » Des plages de la côte atlantique envahies par des granulés de plastique

Un tapis de dizaines ou centaines de milliers de petites billes blanches, recouvrant le sable, à perte de vue. Depuis plusieurs semaines, un triste phénomène touche tour à tour plusieurs plages de la côte atlantique. Après le Finistère en décembre et la Vendée début janvier, c’est la Loire-Atlantique qui est aujourd’hui le théâtre de cette invasion. « Les billes ont fini par se mélanger avec l’eau et le sable mais en fin de semaine dernière, à Pornic, c’était visuellement très impressionnant, indique Jean-François Grandsart, responsable de l’antenne locale de l’association Surfrider, qui a lancé l’alerte. C’est une pollution d’une ampleur inédite dans le département. »

Appelés poétiquement « larmes de sirène », ces granulés également signalés ces derniers jours à Batz-sur-Mer ou à la Bernerie-en-Retz sont en fait des pellets de plastique, la matière première utilisée pour la fabrication d’objets en tous genres. Tombés dans l’océan, ils ont sûrement été ramenés sur la côte au gré des vents et des courants. « Il se pourrait très bien qu’un ou plusieurs conteneurs (…) ait été perdus en Atlantique Nord et déversent leurs cargaisons sur les plages adjacentes, ou encore d’un relargage d’un conteneur déjà perdu il y a certain temps », explique Cristina Barreau, chargée de l’étude des microplastiques chez Surfrider. « Il peut aussi s’agir d’un accident industriel mal géré et qui ait conduit à la dispersion de pellets dans le milieu. »

Trop nombreuses et petites pour être ramassées

Des hypothèses pour expliquer un risque pour l’environnement beaucoup plus avéré, alors que chaque année en Europe, selon le ministère de la Transition écologique, ce sont 41.000 tonnes de granulés de plastiques industriels (soit l’équivalent de 11,5 milliards de bouteilles en plastique) qui se retrouvent dans l’environnement et notamment sur nos plages, puis en mer. « Les poissons, animaux marins et oiseaux vont en ingérer, et le reste ne disparaîtra pas, se désole Jean-François Grandsart. Il va se fragmenter en particules de plus en plus petites et sur terre, elles vont ensuite rejoindre les nappes phréatiques. Elles sont tellement petites et nombreuses que tout ce que l’on va pouvoir faire pour les ramasser sera dérisoire, même avec une cribleuse. C’est trop tard, le mal est fait… »

La semaine dernière, le maire des Sables-d’Olonne Yannick Moreau a annoncé avoir « déposé plainte contre X » tout en demandant à la justice « de retrouver et condamner le navire pollueur dont la cargaison souille nos plages ». Une démarche similaire engagée à Pornic, indique son maire Jean-Michel Brard. Le 1er janvier 2022, un décret a été pris par le gouvernement pour imposer aux sites de production, de manipulation et de transport de GPI de mettre en œuvre des mesures de prévention des pertes et rejets dans l’environnement.