France

Le gouvernement n’aurait jamais envisagé un Haut-commissariat à la diversité.

L’Elysée aurait eu pour intention de créer un Haut-commissariat à la diversité et aux diasporas, et une trentaine de personnalités auraient été appelées à y prendre part. Le ministre de l’Europe et des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, a déclaré lors des questions au gouvernement que « votre question porte sur un projet qui n’existe pas, ni dans l’esprit du président de la République, ni dans l’esprit du Premier ministre, ni dans le mien. »

La rumeur s’est diffusée très rapidement. L’Elysée aurait envisagé de créer un Haut-commissariat à la diversité et aux diasporas. Une trentaine de personnalités, dont certaines célèbres comme Teddy Riner, Amel Bent, Najat Vallaud-Belkacem, Pap Ndiaye ou Christiane Taubira, auraient même été sollicitées pour y participer.

Cette information provient d’un article du journal L’Opinion publié le 9 janvier, qui révélait avoir obtenu une note adressée en décembre à Emmanuel Macron. Cette note précisait que « ce projet » visait à « créer une instance de réflexion rassemblant trente personnalités » pour « fédérer toutes les diasporas en France » et « contrer la vision trumpienne de l’Europe et la guerre des civilisations qui se prépare », selon des extraits cités par le journal.

Cependant, l’Elysée n’a jamais confirmé cette information, pas plus que les principaux intéressés. Plusieurs d’entre eux, contactés par 20 Minutes, ont même fait part de leur surprise.

Pas au courant, mais pas favorable

En l’espace de six jours à peine, et malgré le silence du gouvernement sur le sujet, l’information a largement circulé d’abord sur les réseaux sociaux, puis dans les cercles politiques, avant d’être reprise par la sphère complotiste et, finalement, par l’extrême droite.

Jordan Bardella, président du RN, a décrit ce projet comme un « nouveau  »machin » bureaucratique » visant à « alimenter une vision communautariste de la société ». Pour Francis Szpiner (LR), sénateur, cela représenterait une rupture avec la tradition républicaine, transformant l’État en « l’arbitre des différences », chacun y apportant sa vision des valeurs que la France devrait incarner.

Du côté des membres du gouvernement, la situation est similaire. Sur Europe 1, le 13 janvier, la ministre de la Culture, Rachida Dati, a affirmé « ne pas être au courant » d’un tel projet mais a indiqué qu’elle n’y était pas favorable. Quelques jours plus tôt, le ministre de l’Intérieur, Bruno Retailleau, avait quant à lui qualifié la création de cette instance de « trahison de notre conception de la nationalité ». Tout cela alors qu’aucun élément ne venait corroborer l’information.

« Je ne saurais quoi vous dire »

Le Conseil économique, social et environnemental (Cese), mentionné dans la note de L’Opinion comme partenaire possible pour ce Haut-commissariat, semblait sceptique, n’ayant pas connaissance d’un tel projet. « Je me renseigne, » avait-on répondu au début.

« Attention aux rumeurs, » a mis en garde une source proche de Pap Ndiaye, ancien ministre de l’Éducation nationale, affirmant également « ne pas être du tout au courant ». Contactée par 20 Minutes, Najat Vallaud-Belkacem a aussi avoué avoir appris la nouvelle par la presse. « Je ne saurais donc quoi vous dire, » a-t-elle déclaré.

Un projet « qui n’existe pas »

Après plusieurs jours de silence et de nombreuses relances, l’Elysée a finalement renvoyé à la réponse de Jean-Noël Barrot, ministre de l’Europe et des Affaires étrangères, lors des questions au gouvernement. Interrogé par la députée Hanane Mansouri (UDR – parti d’Éric Ciotti) sur cette « agence » qu’elle a qualifiée de « déconstructionniste et victimaire », le ministre a été clair : « Votre question porte sur un projet qui n’existe pas, ni dans l’esprit du président de la République, ni dans l’esprit du Premier ministre, ni dans le mien. » Fin de la discussion.

Le 8 janvier, Emmanuel Macron avait probablement semé le doute en déclarant lors d’une réunion à l’Élysée : « On veut mobiliser nos diasporas encore davantage. Le partenariat africain est clé. Il faut qu’on aille au bout de ce travail en 2026, avec une politique beaucoup plus ambitieuse sur nos diasporas. » Toutefois, il n’y aura a priori pas de Haut-commissariat à la diversité et aux diasporas.

Dans le dédale de la bureaucratie française, il semble qu’une simple note ne se transforme pas nécessairement en projet concret.