« Le Diplôme », « L’affaire Laura Stern » : la fiction française sur les violences faites aux femmes.
Le Diplôme, sacrée meilleure série 52’dans la catégorie comédie au Festival de la Fiction de La Rochelle, sera diffusée ce lundi à 21h10 sur TF1. L’affaire Laura Stern, diffusée ce jeudi sur HBO Max, puis le 19 février sur france.tv, présente Valérie Bonneton dans le rôle de Laura, fondatrice d’une association dédiée à l’aide aux femmes victimes de violences.
Deux séries, deux genres, une même préoccupation : les violences faites aux femmes. Dans *Le Diplôme*, couronné meilleure série 52’ dans la catégorie comédie au Festival de la Fiction de La Rochelle, diffusée ce lundi à 21h10 sur TF1, Clémentine Célarié joue Delphine, une bourgeoise de 60 ans qui décide de passer le bac sans en informer son mari (Charles Berling). Une situation apparemment légère sous laquelle se cache une réalité cruelle.
Dans le drame *L’affaire Laura Stern*, également primée dans la catégorie drame et diffusée ce jeudi sur HBO Max, puis le 19 février sur france.tv, Valérie Bonneton incarne Laura, pharmacienne, mère de famille et fondatrice d’une association d’aide aux femmes victimes de violences. Ces deux récits interrogent la manière dont la fiction française aborde les violences faites aux femmes.
### *Le Diplôme*, une histoire d’émancipation
Dans *Le Diplôme*, la violence conjugale pénètre le quotidien de Delphine, une femme sous emprise, dont l’interprétation par une actrice se veut à la fois intime et politique. « Fanny Riedberger m’a proposé le rôle d’une femme sous emprise, victime de violences. J’ai vécu des trucs similaires. Je n’ai pas vécu ce que vit mon personnage, Dieu merci ! », confie-t-elle à *20 Minutes*. Elle ajoute : « C’est très important de libérer la parole là-dessus parce qu’on se sent honteuse quand on vit cela. On se dit : “C’est de ma faute”, c’est le comble ! »
La série révèle les mécanismes de l’emprise, notamment à travers la violence psychologique infligée par le mari. « Lors d’un dîner, son mari dit à tout le monde qu’elle n’a pas le bac, c’est tellement humiliant. Lorsqu’elle ouvre un journal, son mari lui dit : “Je te préviens, il n’y a pas l’horoscope là-dedans”. C’est une violence psychologique, pour moi, encore plus dure qu’une baffe. »
Le bac devient alors un acte d’émancipation. « Au départ, elle veut ce bac pour son mari, alors qu’il la maltraite. Et je veux bien le croire. Il ne l’accepte pas et va la punir. Et c’est ça, la possession. J’ai vécu cela, une possession maladive, c’est hors de l’entendement », détaille Clémentine Célarié.
Le lycée pour adultes apparaît comme un refuge, presque un sas de survie. « Sa prison, c’est chez elle. Et dès qu’elle est à l’extérieur, elle est protégée », commente l’actrice.
### *L’Affaire Laura Stern*, une histoire de féminicide
*L’Affaire Laura Stern* ne s’inspire pas d’un fait divers, mais prétend s’ancrer dans le réel. « On est vraiment partis d’une nécessité de parler du manque de justice, d’une nécessité de parler des femmes en difficulté », explique Marie Kremer, créatrice de la série avec Frédéric Krivine, lors d’une table ronde à La Rochelle.
La minisérie commence par une scène poignante réunissant actrices et victimes réelles. « Cela a été un choc pour moi d’aller dans les associations, de rencontrer ces femmes et de jouer avec certaines d’entre elles. Je n’ai jamais vécu un tel tournage. C’était douloureux et difficile », confie Valérie Bonneton. Ces deux séries exposent à leur manière la complexité de l’expérience des victimes et soulignent l’urgence d’un accompagnement spécialisé, respectueux et informé sur ces enjeux.
Laura est ensuite témoin, impuissante, du meurtre d’une des membres de son association. « L’équipe tenait à montrer un féminicide à l’écran. C’était un choix audacieux pour une chaîne de service public. Ces violences font pourtant partie de notre quotidien : elles traversent nos imaginaires, apparaissent dès le matin sur nos téléphones quand on consulte l’actualité. On sait qu’elles sont trop nombreuses, mais on ne les voit jamais vraiment. »
Traumatisée et révoltée par l’inaction de la police et de la justice, Laura change de comportement. « J’ai souvent envie de tuer les hommes méchants », avoue Marie Kremer. La fiction permet ce que la réalité interdit.
Le choix de perspective est crucial, celui d’une femme qui n’est pas victime de violences : « C’était la manière la plus forte pour moi d’impliquer le spectateur. Le point de vue de Laura, c’est celui du spectateur », explique Akim Isker, le réalisateur.
À l’instar de *Le Diplôme*, *L’Affaire Laura Stern* met en lumière, à travers Camille (Pauline Parigot), les mécanismes de contrôle coercitif, une stratégie systématique destinée à assujettir l’autre. Marie Kremer souligne une réplique déterminante lorsque Camille évoque son mari défunt : « Vous ne l’aimiez pas beaucoup », et Laura répond : « Ce n’est pas lui que je n’aimais pas, mais c’est ce qu’il vous faisait. »
### Des fictions politiques, sans réponses mais avec un débat
Aucune de ces deux fictions ne prétend apporter des solutions aux violences faites aux femmes. « Notre mission, c’est d’ouvrir un débat », défend Marie Kremer. « Les réponses, c’est la société qui les trouvera à force de débattre », corrobore Akim Isker.
Ces séries explorent les raisons pour lesquelles les victimes peinent à s’en libérer : « En moyenne, les femmes quittent leur conjoint sept ou huit fois avant de partir définitivement », rappelle Akim Isker. « Elles ont peur. C’est une terreur psychologique », ajoute Valérie Bonneton.
« La première fois que mon amoureux, à l’époque, m’a foutu une claque, j’ai pris ça pour un acte d’amour. Je suis sûre que je ne suis pas la seule. Je me disais qu’il ne savait pas aimer. On trouve toujours une excuse. Plus on parlera de ça, plus les femmes parleront, plus on s’en occupera, plus ce sera pris en compte, et moins on aura honte. On a toujours honte de s’être fait taper dessus », souligne Clémentine Célarié.
Deux récits, deux tonalités, mais une même conviction : rendre visible ce qui, trop longtemps, a été tenu à l’écart. Deux fictions qui jouent un rôle clé dans la prévention : « C’est très important de libérer la parole là-dessus, quand on en parle, on peut partir », conclut Clémentine Célarié.

