Le cycle menstruel enfin pris en compte dans la course à la performance au haut niveau ?

Hop, pas plus de 152 grammes de pâtes ce soir. Oui, et puis, après, tu feras une nuit complète, minimum huit heures et vingt minutes de sommeil. Plutôt plumes d’oie ou de canard dans l’oreiller pour faciliter l’endormissement ? Nutrition, récupération, musculation, volume d’entraînement… Dans le sport de haut niveau, avec les datas, tout est désormais calculé très précisément pour que l’athlète puisse être parfaitement accompagnée vers la performance. Mais une donnée reste encore loin des préoccupations des staffs techniques : le cycle menstruel des sportives.

« On est en retard sur le sujet », reconnaît Nodjialem Myaro, présidente de la Ligue féminine de handball. Alors, pour combler ce « retard », la LFH et son partenaire, Lidl, ont organisé une conférence, mercredi à Paris, autour du sujet. Le but : « Sensibiliser et pouvoir en parler librement, que ça soit une première porte d’entrée pour que les jeunes ne considèrent pas leur cycle menstruel comme une problématique et qu’il soit intégré dans la performance », ajoute la championne du monde avec les Bleues en 2003.

« On ne parle pas de ce qui est vécu comme une faiblesse »

Selon une étude menée par le ministère des Sports, 84 % des sportives vivraient leurs règles comme une difficulté. Plus d’un tiers des personnes interrogées avouent ne pas en parler du tout, alors que 50 % expliquent en parler parfois. Pourtant, cela a un réel impact sur la performance. Dérèglement alimentaire, ballonnement, douleurs mammaires, céphalées, crampes, troubles de l’humeur et du sommeil, mauvaise gestion du stress… « Dans le sport, on a besoin de se sentir performantes, et de ne pas parler de ce qui est vécu comme une faiblesse », détaille ainsi Carole Maitre, gynécologue et médecin du sport à l’Insep.

Camille Comte, Maëlys Kouaya, Melvine Deba et Manon Loquay (de g. à dr.)
Camille Comte, Maëlys Kouaya, Melvine Deba et Manon Loquay (de g. à dr.) – A. Huot de Saint Albin / 20 MInutes

« Je suis dans un mood assez irritable durant les premières quarante-huit heures, j’ai des crampes de ventre, témoigne Manon Loquay, qui évolue aux Neptunes de Nantes. Je prends des Antadys pour m’entraîner. Cela impacte la performance. Surtout, je suis fatiguée, épuisée, sans envie de m’entraîner. » D’après une étude menée par Juliana Antero, chercheuse à l’Insep, sur une équipe féminine de football, plus les joueuses ont des symptômes menstruels, moins elles courent vite (10 % en moins sur la vitesse) et plus elles ressentent des douleurs [musculaires, osseuses…].

Les entraîneurs doivent être formés

Au sein des clubs, si le sujet est parfois abordé entre les joueuses dans le vestiaire, de manière informelle, il ne l’est que très rarement avec l’encadrement sportif. « On n’a pas été sensibilisés sur le sujet, reconnaît l’entraîneur de Bourg-de-Péage, Camille Comte, présent à la conférence. Ça mériterait qu’on soit formés. Il faut qu’on s’en préoccupe parce que ça a une influence sur la performance. Les joueuses disent que ça ne les empêche pas de s’entraîner, mais elles ont une grande acceptabilité de la douleur. Des fois, elles vont trop loin, parce que c’est aussi leur métier. »

Pendant leur cycle menstruel, certaines préfèrent même enchaîner roucoulettes et chabalas sur le parquet plutôt que rester tranquilles sur le canapé. « Moi, faire du sport, ça m’aide, reconnaît Maëlys Kouaya, qui évolue à Plan-de-Cuques. En dehors du terrain, je ne me sens pas bien, j’ai mal au dos. Mais, une fois à l’entraînement, ça va mieux, ça disparaît. » Evidemment, le ressenti est différent selon les femmes. Mais Carole Maitre insiste sur le fait que les douleurs ne doivent pas être minorées :

Une douleur moyenne à sévère, elle doit être bilantée, il doit y avoir un suivi médical. Il y a de quoi prendre en charge, parfois de manière légère, même avec homéopathie, pour que ça gêne le moins possible. Dans la recherche de l’endométriose, le diagnostic est souvent très tardif. Il y a parfois plus de sept ans avant que le diagnostic ne soit évoqué. Et c’est important d’en parler parce que l’endométriose concerne aussi les adolescentes. Il ne faut pas penser que les douleurs de règles sont une fatalité. »

« Comprendre l’influence des différentes phases du cycle »

« Un entraînement réalisé avec des symptômes menstruels sera de qualité inférieure à un entraînement réalisé avec des blessures musculosquelettiques [qui permettent quand même de s’entraîner] », assure Juliana Antero. Au fil des témoignages des handballeuses et des expertes, le technicien a pu notamment comprendre que le travail physique effectué par une de ses joueuses pour prendre de la masse musculaire n’avait pas fonctionné, car il avait été réalisé durant la mauvaise période.

« Après les règles, jusqu’à la période d’ovulation, la prise de masse musculaire est plus adaptée, concède Juliana Antero. Il faut comprendre l’influence des différentes phases du cycle menstruel et c’est à prendre en compte dans la préparation individuelle des joueuses. » Le message est en tout cas passé pour Camille Comte : « Faire les bonnes séances dans les bonnes périodes du cycle peut aider dans la performance. C’est un paramètre à gérer pour moi, comme la nutrition. »

Pour l’aider, à lui et tous les coachs, la LFH devrait proposer bientôt une thématique spéciale à la femme dans la formation. Par ailleurs, une ambassadrice (joueuse ou membre du staff) a été nommée dans chaque club de l’élite. Une conférence sera ensuite organisée, en région, dans les clubs, pour attirer l’attention des plus jeunes sur le sujet, notamment dans les centres de formation. Enfin,en 2023, Lidl mettra à disposition, gratuitement, des protections périodiques dans les vestiaires et toilettes des gymnases des clubs de Ligue féminine.