Le couple est mort, vive le couple en 2025 !
La question de savoir si « le couple est mort » a suscité des réactions au sein de la génération Z, qui remet en question les normes traditionnelles de la relation amoureuse. Selon le rapport 2025 LGBTQIA DATE de Hinge, 33 % des daters ont déclaré avoir considéré sortir avec quelqu’un hors de leurs « types » habituels.
Is Having someone Embarrassing Now ? Cette question posée par le magazine américain Vogue a suscité de nombreuses réactions ces dernières semaines. Cela pourrait signifier la fin d’un certain monde : celui où « être en couple » suffisait à définir sa vie affective. Pour toute une génération, la relation amoureuse et les normes qui l’accompagnent semblent ne plus constituer le cœur de l’épanouissement personnel, ni la structure qui organise la vie sociale. Le couple est-il mort ? Est-il déjà obsolète en 2026 ?
Selon Moe Ari Brown, expert Love & Connection chez Hinge, cette gêne ne traduit pas un rejet de l’amour, mais une relation plus complexe à l’exposition émotionnelle : « Dire que “se mettre en couple est embarrassant” reflète moins un rejet des connexions romantiques qu’une peur moderne d’être vulnérable, visible et jugé. »
Bien que l’idée peut sembler radicale (reconnaissons-le, cette forme de relation ne disparaîtra jamais réellement), un ensemble d’indices démontre son évidente décentralisation : diminution de l’enthousiasme pour la vie à deux, renforcement de l’importance des amitiés, multiplication des attachements parallèles, et même, parfois, un léger malaise à l’idée d’être le « quelqu’un-de-quelqu’un ».
### Je ne t’aime plus (de la même façon), mon amour
Ce qui évolue, c’est la géographie du sentiment. L’amour se diffuse ailleurs : dans les amitiés, les communautés, les groupes affinitaires. La pluralité des attachements signifie que les liens se diversifient, et l’intime se répartit. Le couple traditionnel n’est donc plus le seul foyer affectif. Aurore Malet-Karas, experte en thérapie de couple et sexologue pour Bumble, confirme : « Beaucoup de personnes ne souhaitent plus concentrer toute leur énergie émotionnelle dans une seule relation. On répartit, on décentre. » Ce qui était autrefois perçu comme marginal devient courant : multiplier les liens, maintenir des relations après une rupture, aimer plusieurs fois et différemment.
Moe Ari Brown observe également ce changement : « Plutôt que de concentrer tous leurs besoins émotionnels dans une relation romantique principale, de nombreuses personnes cultivent plusieurs foyers émotionnels : amitiés, famille choisie, communauté et liens durables. »
> « L’idée du couple évolue. Les célibataires de la génération Z ne recherchent pas des structures rigides, mais des relations plus libres et intentionnelles. Cela nécessite une communication claire, l’absence de rôles de genre stricts, le respect des besoins émotionnels individuels et une flexibilité dans l’expression de l’amour et du lien. – Moe Ari Brown »
### Amour, gloire et célibat
Les données recueillies par Bumble montrent qu’environ un tiers des femmes disent ne plus suivre les étapes « traditionnelles » d’une relation, et la moitié perçoit le célibat comme une période épanouissante. En d’autres termes, loin de la pression sociale qui poussait les femmes à « trouver quelqu’un » (sous peine de finir seules avec des chats), le célibat devient pour certaines une étape personnelle à part entière.
Aurore Malet-Karas remarque la même tendance dans son cabinet : « On constate une génération qui ne mesure plus sa valeur personnelle à travers la relation amoureuse. Le couple n’est plus une preuve, encore moins une nécessité. On peut être seule, ou le rester, sans que cela soit dramatique. » Moe Ari Brown partage cette vision : « Pendant longtemps, être en couple était considéré comme la preuve que l’on “réussissait sa vie”. La génération Z remet en question cette équation. Pour elle, la réussite ne se définit plus uniquement par le fait d’être en couple, mais par l’alignement, l’intention et le sentiment d’épanouissement personnel. »
D’après le rapport 2025 LGBTQIA DATE de Hinge, 33 % des personnes en recherche amoureuse (hétéro ou LGBTQIA+) ont déclaré avoir envisagé de sortir avec quelqu’un en dehors de leurs critères habituels. Aurore Malet-Karas constate clairement : « On est passé d’une génération pour qui être seule constituait un problème, à une génération qui trouve cela… normal. Et parfois bénéfique. La Gen Z est en train de bouleverser les normes et les parcours obligatoires. L’amour n’est plus un scénario prédéfini, c’est quelque chose que l’on invente au fur et à mesure. »
### On ne cherche plus le couple, mais la relation
C’est peut-être là le changement fondamental : la relation amoureuse n’est plus un but en soi, mais une expérience parmi d’autres. Il est possible d’aimer quelqu’un, de passer toutes ses nuits avec lui, tout en refusant l’étiquette de « couple ». Non pas par peur de l’engagement, mais parce que ce dernier n’est plus un statut social, mais un choix émotionnel momentané. « Je vois une génération beaucoup plus authentique », déclare la sexologue.
> « Le couple peut arriver, disparaître, revenir, se transformer. Ce n’est plus LE scénario par défaut. – Aurore Malet-Karas »
Moe Ari Brown fait le même constat : « Les célibataires ne rejettent ni l’amour, ni l’engagement. Ce qu’ils rejettent, c’est l’idée qu’il n’existerait qu’une seule “bonne” manière d’être en relation. » Selon lui, la génération Z privilégie prioritairement des liens intentionnels, définis par les personnes concernées : « Les relations sont de plus en plus construites consciemment, avec une communication claire, une attention portée aux besoins émotionnels individuels et une plus grande flexibilité dans la manière d’aimer. »
Autrement dit, il ne s’agit plus de se demander dans quelle case se situer, mais ce que la relation permet. « Le couple peut exister », résume Moe Ari Brown, « mais il n’est plus une obligation. C’est une option parmi d’autres, choisie et non héritée. »
### Est-ce que le couple est mort ?
Oui et non. Non, car beaucoup de gens continuent à vivre en couple, ce modèle restera familier et approprié pour de nombreuses personnes. Cependant, quelque chose a changé : le couple n’est plus au centre de tout. C’est désormais une possibilité parmi d’autres schémas de vie, de plus en plus valorisés.
> « Les personnes valorisent toujours les connexions émotionnelles sincères, et le désir d’une relation sérieuse n’a pas disparu. Ce qui évolue, c’est la manière dont cette relation est définie. Les célibataires s’éloignent des modèles uniques et standardisés. Ils recherchent une communication adaptée à leurs besoins, embrassent des identités plus fluides et des structures relationnelles plus flexibles. Ce n’est pas l’idée du couple qui est rejetée, mais celle qu’il n’existerait qu’une seule “bonne” façon d’être en relation. – Moe Ari Brown »
En 2025, la véritable nouveauté n’est pas l’absence de relation amoureuse, mais son déclassement. On peut aimer autrement, ailleurs, plusieurs fois, en parallèle, ou pas du tout. Le couple n’est pas mort. Il est redevenu une option de vie.

