Le conducteur qui avait agressé un aveugle et son accompagnateur condamné à des amendes et une suspension de permis

Le 16 juin dernier, un homme aveugle avec son accompagnateur, avaient été agressés en pleine rue par un automobiliste, qui leur a refusé la priorité sur un passage piéton dans le 12e arrondissement — JEAN-PIERRE MULLER / AFP

  • Un homme de 68 ans était jugé mardi pour avoir agressé un aveugle et son accompagnateur, après leur avoir refusé la priorité à un passage piéton.
  • Le tribunal l’a condamné à une amende de 2.000 euros dont 1.000 euros avec sursis, et à une suspension de 18 mois du permis de conduire. Il se voit infliger une autre amende de 200 euros pour le refus de priorité et une de 750 euros pour les violences volontaires n’ayant pas entraîné d’interruption temporaire de travail (ITT). 

Un refus de priorité à un passage piéton amène rarement au tribunal. C’est en partie pour ce fait qu’un conducteur de 68 ans, d’origine espagnole, se présentait à la barre ce mardi de la 16e chambre du tribunal correctionnel de Paris. Il est accusé d’avoir agressé un aveugle et son accompagnateur, après leur avoir refusé la priorité à un passage piéton. Ce mardi après-midi, il est arrivé seul au tribunal, sans son épouse pourtant présente lors des faits. Les deux victimes lui faisaient face lors de l’audience.

L’histoire remonte au 16 juin à un passage piéton du 12e arrondissement. Une personne malvoyante avec son accompagnateur – son frère – s’engagent sur le passage protégé lorsqu’une Audi A7 noire leur refuse la priorité. Agacé car «pensant que la voiture roulait à faible allure pour justement les laisser traverser», l’accompagnateur tape alors avec sa main sur le toit du véhicule. Le conducteur s’arrête puis descend de la berline en furie.

«Enlève tes lunettes, je vais te frapper»

La version diverge quelque peu pour le conducteur qui estime devant le tribunal «qu’il pensait avoir le temps de passer.» Il avoue toutefois avoir déraillé après cela : «C’est la première fois que ça m’arrive, je ne comprends pas ce qui m’est passé par la tête».

Il avait asséné plusieurs gifles à l’accompagnateur. «Je ne m’attendais pas à une telle réaction violente, c’était très stressant», confie la victime. Le conducteur s’était ensuite dirigé vers l’homme aveugle, lui criant «enlève tes lunettes, je vais te frapper», avant de se rendre compte que cet «homme n’était pas normal.» 

Le conducteur dit ne pas se reconnaître

Ce mardi, le prévenu s’est excusé à plusieurs reprises et a admis devant le tribunal ne pas se reconnaître sur la vidéo. Pour se défendre, il a indiqué que son épouse «a eu peur des dégâts sur leur voiture qui coûte cher» et a affirmé sur le moment «n’avoir pas remarqué que le piéton était aveugle, seulement qu’il tenait une canne dans la main». A la question «pourquoi étiez-vous si énervé au point de frapper un homme ?», le conducteur est incapable de justifier son comportement.

Une situation qui interroge Me Claire Forna, l’avocate de la partie civile : «Même si vous ne l’aviez pas remarqué, pourquoi sortir du véhicule pour aller frapper des piétons ?» Elle précise aussi que dans leur malheur, ses clients ont eu la chance d’être filmés par un policier en civil, qui circulait à vélo.

Rappelant que le piéton non-voyant a subi un choc émotif puisqu’ «il y pense souvent et qu’il a du mal à sortir de chez lui», le procureur de la République a requis entre autres à l’encontre du conducteur, 1.000 euros d’amende et une annulation du permis de conduire avec interdiction de le repasser avant six mois.

«Lorsqu’il verra un passage piéton, il y aura le temps pour tous les Parisiens de passer»

Son conseil, Me Marie Moncef, s’insurge alors contre les réquisitions du ministère public, rappelant que son client n’a jamais eu d’ennui avec la justice et qu’il reconnaît devant le tribunal tous les faits qui lui sont reprochés. «On peut dire qu’il a pété un câble», estime celle qui assure que lorsqu’il «reprendra le volant et qu’il verra un passage piéton, il y aura le temps pour tous les Parisiens de passer.»

Après délibération, le tribunal l’a condamné à une amende de 2.000 euros dont 1.000 euros avec sursis, à une suspension de 18 mois du permis de conduire. Il se voit infliger une autre amende de 200 euros pour le refus de priorité et une de 750 euros pour les violences volontaires n’ayant pas entraîné d’interruption temporaire de travail (ITT). Il devra également payer des dommages et intérêts à chacune des victimes ainsi que leurs frais de défense.

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