Le « bodycount » ne doit pas devenir un conflit de couple.
D’après un sondage publié ce jeudi et réalisé par l’Ifop pour espaceplaisir, 70 % des femmes de la Gen Z affirment qu’avoir eu un nombre de partenaires sexuels élevé a tendance à les dévaloriser auprès de leur entourage. 70 % de celles âgées de 15 à 29 ans interrogées disent qu’elles pourraient se mettre en couple avec un homme ayant un bodycount élevé.
« Tu as couché avec combien de mecs ? » Cette question est loin d’être anodine. Sur TikTok, des créateurs de contenu interrogent des passantes sur leur « bodycount », c’est-à-dire le nombre de partenaires sexuels qu’elles ont eus. Popularisé par des influenceurs masculinistes ou des personnalités d’extrême droite comme Thaïs d’Escufon, le concept de « bodycount » est en plein essor chez la Génération Z.
« Je trouve ça triste que ce soit devenu un phénomène dans notre société et une question parfois importante dans un couple », déplore Jade*, 26 ans. Dans une société qui valorise l’expérience sexuelle chez les hommes tout en la sanctionnant chez les femmes, le stigma associé au « bodycount » est profondément internalisé. D’après un sondage** réalisé par l’Ifop pour espaceplaisir et publié ce jeudi, 70 % des femmes de la Génération Z affirment qu’avoir eu un nombre élevé de partenaires sexuels tend à les dévaloriser auprès de leur entourage.
Un constat partagé l’été dernier par Pauline*, 33 ans. Alors qu’elle commençait à sortir avec un homme, celui-ci lui pose des questions sur son passé sexuel. « Je lui ai dit que j’avais couché avec une cinquantaine de mecs. Sur le coup, il n’a rien dit, mais deux jours plus tard, alors que nous parlions de notre relation, il a mentionné : “avec ton passé sexuel, j’ai peur que tu sois une fille facile et comme nous sommes à distance la semaine, ça ne me convient pas.” »
Étonnée par cette remarque « assez violente », Pauline n’a pas su quoi répondre. « Je pense que cela l’a mis en insécurité parce que cela a touché quelque chose chez lui », essaie-t-elle d’expliquer. Elle finit par lui dire qu’elle assume entièrement son passé sexuel et que s’il ne peut pas en faire autant, cela ne la concerne pas. Leur relation se terminera d’ailleurs un mois plus tard.
Ce n’est pas la première fois que la trentenaire reçoit ce type de remarques. « Lorsque j’avais 22 ans, mon copain de l’époque m’avait dit que les filles qui regardaient du porno étaient des salopes et qu’il ne fallait pas qu’une femme ait trop de partenaires. Cela m’avait marquée. J’étais moins sûre de moi à cette époque et m’étais demandé : “mais suis-je une salope ?” » Aujourd’hui, ces jugements l’irritent. « Tu peux être la meilleure personne du monde, mais si tu as couché avec beaucoup de mecs, ça ne va pas. »
Selon le sondage de l’Ifop, 74 % des hétérosexuelles ressentent cette dévaluation, contre seulement 34 % des lesbiennes. Ce chiffre confirme que le stigmate d’un bodycount élevé est principalement une question de masculinité, et ce phénomène risque de perdurer avec l’exposition croissante des jeunes hommes aux discours virilistes.
La question est d’autant plus préoccupante qu’elle a des répercussions concrètes sur la vie amoureuse des jeunes femmes. Près d’un quart de celles âgées de 15 à 29 ans ayant participé au sondage de l’Ifop rapportent qu’un homme a déjà refusé de s’engager avec elles après avoir appris qu’elles avaient eu un nombre de partenaires jugé élevé.
Lorsque Jade a rencontré son petit ami il y a un an, elle a eu « peur d’être jugée ». « Nous avons eu des passés différents », commence la jeune femme de 26 ans. Cela sous-entend qu’elle a eu plus de partenaires que celui qui partage sa vie aujourd’hui. Rapidement, la question du bodycount s’impose dans les discussions. « Au bout d’un moment, nous avons envie et besoin de connaître le passé de l’un et l’autre. Au début, ces échanges me causaient du stress. Je voulais être parfaite pour lui, et je ne voulais pas que ce sujet devienne un point de friction. » Elle craint que son petit ami ne la juge en fonction de son passé. Pourtant, à l’écouter, elle n’en veut pas à ce dernier et cherche même à comprendre ses inquiétudes.
Après plusieurs échanges, Jade commence à s’ouvrir. Elle accepte les questions de son compagnon. « Il m’a montré que ce n’est pas le chiffre qui lui importe, mais le besoin de comprendre qui je suis », explique-t-elle. Paradoxalement, elle confie qu’ils doivent aujourd’hui « tous les deux accepter [leurs] passés ».
Si les jeunes femmes se sentent jugées pour leur bodycount, elles sont en revanche plus permissives envers celui de leur partenaire. 70 % des femmes âgées de 15 à 29 ans interrogées affirment qu’elles pourraient s’engager avec un homme ayant un bodycount élevé. Alors que les jeunes femmes fixent un seuil de 9 partenaires à ne pas dépasser « pour ne pas être mal vue », elles mettent la barre à 11 pour les hommes.
Pauline déplore un « regard féminin » qui n’est souvent pas plus clément que celui des hommes. « Il y a une dizaine d’années, une amie m’avait demandé combien de mecs j’avais couchés », se remémore la trentenaire, qui n’avait alors eu que trois ou quatre partenaires. « Elle m’avait répondu : “Ça va, tu as encore un tout petit peu de marge, mais après ça fera beaucoup.” » Une marge que Pauline a pris plaisir à dépasser.
*Le prénom a été modifié.
**Sondage réalisé dans le cadre de l’Observatoire du bien-être sexuel de la Génération Z auprès d’un échantillon national représentatif de 1.011 femmes âgées de 15 à 29 ans.

