L’autoédition, un bon moyen de se faire repérer pour les auteurs de livres

Un homme, devant des livres (Illustration). — Tristan Reynaud/SIPA

  • La Comédie du livre consacre un Forum off aux auteurs autoédités jusqu’à dimanche.
  • Cette méthode de publication consiste à ne pas faire appel à un éditeur.
  • Certains auteurs autoédités finissent par se faire repérer par des professionnels.

Si l’autoédition n’a pas eu, pendant longtemps, très bonne presse, les lignes bougent. Jusqu’à dimanche, la Comédie du livre, à Montpellier, consacre un Forum off à 28 auteurs qui n’ont pas de maison d’édition. Tous ont assuré eux-mêmes l’édition de leurs ouvrages, de l’impression jusqu’à la distribution, sans faire appel à un éditeur.

Pendant trois jours, le public aura la possibilité d’échanger avec ces écrivains hors norme, qui ne pourront cependant pas vendre leurs livres sur le stand. 20 Minutes s’est penché sur ce phénomène, dénoncée par certains éditeurs, qui prend de l’ampleur depuis l’arrivée du géant Amazon, où tout le monde peut mettre en vente son bouquin.

« J’ai recherché pendant un an des éditeurs »

Marjorie Ployé est l’une des invités du Forum off. Ce médecin présentera les deux tomes de La petite fille qui s’attarde, deux recueils de courts textes et de poèmes qui évoquent son enfant, atteinte par une maladie rare. « C’est sans doute une forme compliquée pour l’édition, confie Marjorie Ployé. J’ai recherché pendant un an des éditeurs pour mon premier ouvrage, je n’ai eu que des réponses négatives. Seuls deux ou trois me proposaient des contrats à compte d’auteur, mais ça ne me convenait pas. »

Cette méthode de publication, qui n’a pas très bonne réputation dans le secteur du livre, utilisée par certaines maisons d’édition, consiste à faire payer les frais, notamment d’impression, aux écrivains. La Montpelliéraine a finalement sorti son ouvrage toute seule, avec un coup de pouce de son mari, graphiste. « J’en suis très heureuse, confie Marjorie Ployé, dont le livre est en dépôt chez Sauramps, et dans des commerces qui ne sont pas des librairies. Ça nous a permis de garder la main sur le projet. »

Une question d’argent

Si les auteurs non-édités ont parfois du mal à assurer les fonctions d’un éditeur, la méthode présente tout de même un gros avantage : tous les bénéfices tirés des ventes du livre reviennent à l’auteur, contre 5 à 12 % en moyenne avec une maison d’édition.

En France, il est difficile de quantifier ce que représente vraiment l’autoédition. Si l’on se réfère au dépôt légal, la Bibliothèque nationale de France indiquait dans son dernier rapport publié en juillet 2018 qu’en 2017, 17 % des ouvrages déposés étaient le fait d’auteurs autoédités ou publiés à compte d’auteurs. Porté par l’explosion du commerce en ligne et l’avènement du livre numérique, le secteur est en plein boom.

Passer de l’autoédition à l’édition traditionnelle, c’est possible

L’entreprise Librinova, une plateforme qui accompagne les auteurs dans leur démarche d’autoédition, s’est engouffrée dans la brèche. « Nous proposons des services aux auteurs, car la difficulté pour eux, c’est de jouer à la fois tous les rôles de l’éditeur, explique Charlotte Allibert, cofondatrices de la société. Nous les aidons notamment dans la distribution, pour que leurs livres soient disponibles dans les librairies physiques, avec une impression à la demande, et en format numérique sur le Web, ou encore dans la création d’une couverture par exemple, la correction ou la promotion. »

Et parfois, il arrive qu’un auteur qui s’est lancé tout seul se fasse repérer par une grande maison d’édition. Chez Librinova, qui a accompagné la publication de plus de 2.500 ouvrages depuis cinq ans, un auteur sur 50 a signé dans une maison d’édition traditionnelle. La plate-forme permet aux stars du livre de repérer les pépites qu’elle soutient. « La plupart des auteurs s’autoéditent un peu par dépit, parce qu’ils savent que l’édition est très difficile, mais rêvent d’être repérés », reprend Charlotte Allibert.

« L’autoédition, je trouvais simple et direct »

C’est le cas de Mélanie Taquet, une Montpelliéraine dont le premier roman autopublié, Une vita pas si dolce, est finalement paru en 2018 aux éditions Eyrolles sous le titre Reste aussi longtemps que tu voudras. Elle signera ses ouvrages sur le stand de Sauramps, ce week-end, à Montpellier. « J’ai choisi au départ l’autoédition, car je trouvais ça simple, direct, et je n’avais pas envie d’envoyer des dizaines de manuscrits à des maisons d’édition et qu’ils soient refusés », confie cette auteure montpelliéraine « hybride », qui continue de s’autoéditer, malgré son passage de l’autre côté du miroir.

« J’ai sauté de joie, j’ai dansé sur mon canapé, quand on m’a appelée pour me dire qu’une maison d’édition était intéressée, sourit Mélanie Taquet. C’était le début d’une nouvelle aventure pour moi. » Comme elle, Aurélie Valogne, l’auteur à succès de Mémé dans les sorties ou En voiture Simone !, est passée par l’autoédition avant de signer chez Michel Lafon. Entre édition traditionnelle et autoédition, les barrières tombent.

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