L’astéroïde Apophis ne présente « aucun risque, c’est plutôt une opportunité », d’après un astrophysicien

Bonjour, je suis Apophis, enchanté. — HO / NASA / AFP

  • L’astéroïde Apophis (aka Dieu du chaos) va passer à moins de 36.000 km de la Terre, soit pas grand-chose, en 2029.
  • Le risque de collision avec la Terre est nul, en 2029 et 2036, d’après l’astrophysicien spécialiste de la question, Patrick Michel, interrogé par 20 Minutes.
  • Au contraire, ce passage si proche est une chance de mieux connaître ces objets.

Vous faites quoi, le vendredi 13 avril 2029 ? Après avoir validé votre ticket de loto, la rédaction de 20 Minutes vous conseille de jeter un coup d’œil au ciel pour observer un astéroïde, Apophis, le dieu du chaos de l’Egypte antique. Cet objet céleste, au nom charmant, passera à moins de 36.000 km de la terre et sera donc visible, enfin sa lumière, pendant un petit moment (quelques heures au mieux). L’astéroïde va donc nous « frôler », mais le risque qu’il nous touche, cette fois-là et en 2036, est nul.

Pourtant, son observation pourrait être très utile, scientifiquement bien sûr, mais aussi dans une optique de défense de la Terre, au cas où ce visiteur régulier reviendrait avec une trajectoire plus problématique dans quelques décennies. Patrick Michel, directeur de recherche au CNRS, astrophysicien à l’Observatoire de la Côte d’Azur et spécialiste des astéroïdes en dit plus à 20 Minutes.

Le danger pour la Terre, que ce soit dans dix ans ou dans dix-sept ans, il est nul, mais c’est tout de même un astéroïde dont l’orbite croise souvent celle de la Terre…

C’est un objet que l’on a découvert en décembre 2004. A l’époque on avait calculé, sur nos premières observations, un taux de probabilité de rencontre non nul pour 2029. En retrouvant des observations de juin 2004, on s’est aperçu que, finalement, il nous ratait en 2029. L’astéroïde passe à moins de 36.000 km de la Terre, donc à l’intérieur de l’orbite des satellites géostationnaires. Mais on avait encore une petite incertitude de 600 m sur sa trajectoire, le vendredi 13 avril 2029.

Selon s’il passait ou non dans ce que l’on appelle un « trou de serrure », l’astéroïde pouvait rentrer en collision avec la Terre en 2036. C’est en 2013 qu’on a éliminé cette solution, lorsque Apophis est repassé près de la Terre. On a pu faire des observations radars, plus précises, sur sa trajectoire. On est sûr qu’il va passer près de la Terre, d’ailleurs on verra sa lumière à l’œil nu dans le ciel. Ça sera assez spectaculaire. Mais ce n’est pas parce qu’on considérerait le risque plus élevé qu’on en parle.

Voir un tel astéroïde passer si près de la Terre, c’est d’abord une chance scientifique, en réalité…

Absolument, c’est pour ça qu’on en reparle. C’est la chose sur laquelle j’insiste à chaque fois : les passages proches ne présentent aucun risque. Ce sont plutôt des opportunités pour nous d’avoir des informations supplémentaires, grâce aux radars, notamment sur leur forme. On commence à se préparer pour les observations au passage d’Apophis. On a fait une session au congrès de la Planetary Defense Conference, en avril à Washington, dédiée à ça, pour s’organiser, voire faire en sorte qu’une mission spatiale lui rende visite à ce moment-là.

On voudrait vérifier si les effets de marée produits par la terre pourraient faire bouger sa surface voire modifier sa forme, ce qui nous renseignerait sur sa structure interne. On essaye de comprendre ces objets-là aussi bien pour des questions de défense planétaire que scientifiques. Toute opportunité de faire des mesures que l’on ne peut pas faire depuis le sol terrestre est intéressante.

Là, deux missions spatiales extraordinaires, Osiris-Rex et Hayabusa 2, sont sur deux astéroïdes en ce moment. Hayabusa 2 a récolté des échantillons et fait des photos qui seront bientôt publiées dans Science. Ce seront les premières images de surface d’un astéroïde carboné. Tout cela bouleverse nos connaissances comme à chaque fois car toutes nos hypothèses se basent sur des informations limitées et là on se sent un peu comme des Christophe Colomb car on découvre de nouveaux territoires, où on comprend à peine ce qu’on voit. Ça montre l’intérêt d’aller près de ces astéroïdes.

Que nous apporte la recherche sur les astéroïdes ?

La raison pour laquelle on étudie ces objets, avant tout, c’est parce que ce sont les restes des briques qui ont formé nos planètes. Si on veut comprendre comment les planètes se sont formées, c’est comme dans une recette de cuisine, il faut savoir à partir de quels ingrédients on part. Et ces objets-là ont gardé la mémoire de la composition du système solaire, car ils sont tout petits, et donc de toute l’histoire passée.

Etudier ça nous permet de comprendre nos origines, comment la terre s’est formée, voire comme la vie est arrivée, car certains de ces objets contiennent des matières organiques et des minéraux hydratés. On sait déjà de manière à peu près vérifiée que les astéroïdes ont apporté l’eau, mais on veut savoir si la matière organique qu’ils contiennent est la même que celle du vivant. Les astéroïdes auraient pu apporter le tout.

Un astéroïde de cette taille-là, c’est un vrai risque si, un jour, celui-ci devait vraiment arriver sur nous ?

Ah oui ! On a défini des seuils de catastrophe, à la louche, car ça dépend de la vitesse à l’impact, de la densité, etc. Au-delà de 1 km, on estime que c’est une catastrophe à l’échelle globale, c’est-à-dire avec des répercussions sur l’ensemble du globe. Ça arrive en moyenne tous les 500.000 ans. 10 km, c’est l’extinction des dinosaures, on éteint les espèces. Un tel objet nous arrive en moyenne tous les 100 millions d’années. Un objet de 140 mètres, qui est le seuil de catastrophe régionale, c’est-à-dire que, peu importe où il tombe, l’onde de choc sera telle que ça aura des conséquences sur les populations, c’est à peu près tous les 10.000 ans.

Là, Apophis est donc un objet de 300 à 450 mètres : il ferait des dégâts à l’échelle d’un continent au moins. On a recensé plus de 90 % des objets de plus de 1 km ; on estime qu’il y en a environ mille. On les suit, aucune ne nous menace sur notre échelle de prédictibilité (vingt à cinquante ans). Le nouveau mandat du Congrès américain c’est de recenser tous les astéroïdes de plus de 140 mètres. On en connaît entre 30 et 40 %. On peut le faire de deux manières, soit depuis la Terre, comme aujourd’hui, sans programme dédié, ce qui nous prendra quelques décennies. Soit depuis un satellite, dans l’espace sur l’orbite de Venus, cela ne prendrait que cinq ans.

Sciences

Un astéroïde passe très près de la Terre, sans être repéré par les scientifiques

Sciences

Un astéroïde «potentiellement dangereux» va frôler la Terre dans la nuit de jeudi à vendredi

18 partages