France

L’armée de l’Air s’entraîne aux attaques de drones jusqu’à 15h.

Cette semaine, l’armée de l’Air et de l’Espace (AAE) a simulé une attaque par des drones de l’une de ses bases – la BA 118 de Mont-de-Marsan, dans les Landes. En juin 2025, plus d’une centaine de drones ukrainiens avaient endommagé lors d’une attaque simultanée plus de 40 aéronefs russes, causant des dommages d’une valeur totale de plus de 6 milliards d’euros, selon les services de renseignement ukrainien.


Un exercice, baptisé Topaze, s’inspire directement de la réalité de la guerre en Ukraine. Cette semaine, l’armée de l’Air et de l’Espace (AAE) a réalisé une simulation d’attaque par des drones sur l’une de ses bases, la BA 118 de Mont-de-Marsan, dans les Landes. L’objectif était d’entraîner les aviateurs à la dispersion « sous faible préavis » d’une escadre de chasse.

Après une alerte mercredi matin, pilotes, mécaniciens et logisticiens ont dû préparer « en urgence » l’évacuation d’une vingtaine de Rafale de la 30e escadre de chasse, afin de les redéployer sur quatre autres bases environnantes et de préparer un « raid de riposte » contre l’agresseur, programmé pour le lendemain, jeudi, en utilisant notamment des missiles de croisière Scalp (factices).

Le général Pierre Gaudillière, Commandant de la brigade aérienne de l’aviation de chasse (BAAC), a déclaré à *20 Minutes*: « On augmente de plus en plus l’intensité de nos entraînements parce que les conflits auxquels nous sommes potentiellement confrontés sont des conflits de haute intensité, pouvant menacer des sites comme nos bases aériennes. » Il a ajouté que la mobilité et l’agilité des moyens sont cruciales dans les conflits actuels, mentionnant que rester immobile entraîne la perte de militaires, d’avions et de potentiel de combat, comme observé durant l’opération *Spiderweb*.

En juin 2025, plus de cent drones ukrainiens, cachés dans des camions introduits clandestinement en Russie, avaient simultanément attaqué plusieurs aérodromes russes, endommageant plus de 40 aéronefs, y compris des A-50, Tu-95 et Tu-22 M3, pour des dommages estimés à plus de 6 milliards d’euros, selon les services de renseignement ukrainien.

La première partie de l’exercice Topaze consistait à mettre un maximum d’avions à l’abri en très peu de temps. Le général Gaudillière a raconté : « J’ai appelé le commandant de l’escadre de chasse de Mont-de-Marsan, qui n’était évidemment au courant de rien, le matin à 8 heures, et il avait jusqu’à 15 heures pour faire décoller une vingtaine d’avions. » Cela impliquait non seulement leur décollage, mais aussi l’organisation en simultané du redéploiement des Rafale vers quatre bases de repli – Cazaux, Cognac, Mérignac et Clermont-Ferrand – chacune ayant une mission spécifique.

La base de Cazaux, en Gironde, a été désignée comme la base de riposte, où les avions seraient armés pour effectuer une frappe de rétorsion avec des armements complexes comme les missiles de croisière Scalp ou les missiles air-air Mica et Meteor. Le Commandant de la BAAC a précisé que les pilotes devaient décoller sans savoir où ils allaient, avec la conscience qu’ils auraient une mission complexe à réaliser, encore inconnue. L’exercice avait pour but de non seulement protéger les avions, mais aussi de les renvoyer rapidement au combat.

La base de Clermont-Ferrand, qui abrite l’atelier industriel aéronautique, jouait le rôle de base de régénération, étant chargée des réparations des appareils. Le général a ajouté qu’une opération logistique routière était également nécessaire pour acheminer tout le matériel vers ces bases de repli.

Ce concept, dénommé Agile Combat Employed (ACE), est appliqué à l’ensemble des membres de l’Otan. Il soulève néanmoins la question de l’utilité de la défense antiaérienne si une évacuation est prévue à la moindre attaque de drones. Le général Gaudillière a rappelé que les bases aériennes sont évidemment protégées par des systèmes de défense sol-air et des avions de combat prêts à intercepter toute menace en quelques minutes. « On s’appuie ainsi sur une architecture multicouche. Mais on ne peut pas exclure la possibilité d’attaques saturantes, comme celles observées au-dessus de l’Ukraine, mélangeant des missiles de croisière et des drones de combat tels que le Shahed. Il faut donc être agile et envisager d’autres modes d’action. Et surtout, je le répète, ne pas rester immobile. »

L’exercice Topaze a mobilisé un réseau de 28 bases aériennes de l’armée de l’Air en métropole et en Corse, ainsi que des pistes civiles. « Cela prouve que nous possédons un réseau de bases connectées, assurant notre résilience. En une journée, nous sommes capables de nous redéployer sur ce réseau et de continuer d’opérer. »