Languedoc : Des vignerons testent des cépages plus résistants à la sécheresse et moins gourmands en eau

Ces dernières années, les vignerons du Languedoc ont payé un lourd tribut aux changements climatiques. La grêle, le gel ou les fortes chaleurs dévastent régulièrement les parcelles, ruinant, en quelques heures à peine, le travail d’une année tout entière. Conscients que ces aléas météorologiques risquent d’être de plus en plus réguliers, et de plus en plus virulents, dans les prochaines années, certains vignerons expérimentent des cépages réputés comme étant plus résistants. A la sécheresse, en particulier.

Le département de l’Hérault mène actuellement une vaste étude sur ces pionniers, qui ont planté des variétés moins fragiles que celles que l’on connaît, traditionnellement, dans la région. Si ces cépages-là résistent mieux aux coups de chaud, c’est, notamment, parce que leurs racines se développent plus profondément que les autres, pour aller chercher des nutriments dans le sol, ou parce que la peau du raisin est plus épaisse.

« Le vignoble du prochain siècle »

« Les spécialistes le disent, nous allons vivre des épisodes [caniculaires] de plus en plus sévères, confie Gisèle Soteras, responsable des Filières agricoles au département de l’Hérault. Et les vignerons s’inquiètent. Bien sûr, une partie de la solution, c’est l’irrigation. Mais ça a un coût. Et il y a des zones où nous n’aurons bientôt plus de ressources en eau. C’est pour cela que nous nous intéressons à des cépages qui, naturellement, pourront survivre, malgré la sécheresse. Et qui sont peu gourmandes en eau. »

Ces cépages plus résistants proviennent de régions plus arides encore que le sud de la France, notamment la vallée du Douro, au Portugal. Il y a, parmi ces variétés plus musclées que les autres, le Touriga Nacional, un rouge, et l’Alavarinho, un blanc. En Languedoc, une cinquantaine de vignerons expérimentent ces cépages du futur. Pour certains, c’est tout récent. Mais pour d’autres, ce n’est plus une expérimentation, et des cuvées sont déjà disponibles. C’est le cas du château Ciceron, près de Lagrasse, dans l’Aude. Il y a 11 ans, la vigneronne, Claude Vialade, a décidé, dans ce domaine niché au cœur des Corbières, d’expérimenter « le vignoble du prochain siècle », confie-t-elle.

« Nous ne mettons qu’une dose homéopathique d’eau »

« Les conditions climatiques ne sont pas « normales », donc si nous appliquons une viticulture classique, face à une situation qui est exceptionnelle, nous courons à l’échec. Il faut absolument que nous nous adaptions. » La vigneronne a tout arraché dans ce domaine, et en a fait un véritable laboratoire, en imaginant une vigne « économe en eau ». En choisissant des cépages résistants, qu’elle a découverts grâce à son expérience dans le monde viticole. Et en adoptant une méthode ingénieuse. « Nous ne mettons qu’une dose homéopathique d’eau, au printemps, au moment où le bourgeon se transforme en fruit », un moment clé, explique Claude Vialade, qui produit aujourd’hui 50 à 60 hectolitres par hectare. « Plus de dix ans après, le résultat est spectaculaire. Les vignes sont magnifiques, les bois sont très résistants, et le végétal d’une très grande qualité. »

Mais ces cépages plus adaptés aux grosses chaleurs ont d’autres qualités. Notamment gustatives. Si Henri Bernabé, du domaine de Saint-Clément, dans l’Hérault, a par exemple choisi de planter des parcelles de Touriga Nacional, c’est, d’abord, « en raison de la qualité des vins que ce cépage produit », note-t-il. Sa résistance à la sécheresse, c’est le petit plus. Un petit plus qui pourrait bien être essentiel, dans quelques années.