«L’amie prodigieuse» est-elle fidèle à elle-même? Un peu, beaucoup, pas du tout…

Elisa Del Genio (Elena) et Ludovica Nasti (Lila) dans L’amie prodigieuse, sur Canal+ — Eduardo Castaldo

« L’amie prodigieuse » est le phénomène littéraire des années 2010. Avec quatre tomes et 10 millions d’exemplaires vendus, la saga napolitaine d’ Elena Ferrante suit l’histoire d’une amitié, de la jeunesse à l’âge adulte, d’Elena et Lila. Elena est la narratrice, Lila est l’amie du titre.

Il y a encore quelques années, les romans d’Elena Ferrante auraient été adaptés et affadis au cinéma, par Hollywood, avec des stars qui ne collent pas vraiment aux personnages, et dans un Naples de studio. Mais en 2018, la série est reine pour ce qui est des adaptations de romans. L’Amica geniale a donc tout naturellement été adapté par HBO, soutenu par une production italienne, et est diffusé en France sur Canal+ dès jeudi soir.

A 20 Minutes, comme partout ailleurs, nous avons des fans de la saga, bien sûr. Et puisque que l’enjeu principal de cette adaptation est, naturellement, la fidélité à l’esprit et à la lettre des romans, nous avons demandé à deux d’entre eux de regarder les premiers épisodes. Voici leur verdict, contrasté.

Anne-Laetitia Béraud, journaliste à Paris

« Il faut saluer le bel effort de voir le « rione » de Naples des années 1950 s’animer, la misère et la violence qui tressent le quotidien des personnages d’Elena Ferrante prendre vie. Hélas, là où le récit parle au cœur, emporte autant que dégoûte, la série reste une (jolie) démonstration aussi longuette, proprette que distante. On regarde, sans vivre, la fascination qu’exerce une petite fille aux prodiges à qui la narratrice lie son destin, la tragédie de la femme délaissée, la peur du boss/croque-mitaine ou la désillusion de la maîtresse… Si la voix off est insupportable, les voix des acteurs (à voir absolument en VO), elles, polissent le charme brut de la langue napolitaine après avoir été écrites. Conclusion : dur dur d’adapter ce chef-d’œuvre napolitain… »

Jean Saint-Marc, journaliste à Marseille

« En tant que lecteur, il est rare que je sois convaincu par une adaptation à la télévision ou au cinéma. Mais pour l’instant, c’est le cas. Principalement grâce au talent des jeunes actrices qui incarnent les deux héroïnes. Leur jeu, tout en subtilité, correspond parfaitement à ce que j’imaginais des personnages d’Elena Ferrante à la lecture. La série montre bien, aussi, la violence dans le quartier, ce qui est, à mon avis, un des points forts des livres. Un petit regret, toutefois : les couleurs « sépias » me semblent un peu forcées. »

Et pour les néophytes ?

Étonnamment, il y a encore des personnes qui n’ont pas lu les romans d’Elena Ferrante. Ceux-là regarderont peut-être la série. Ainsi, en Italie, les premiers épisodes de L’amie prodigieuse ont attiré 7 millions de téléspectateurs. Sans la prose à succès en tête, cette histoire d’amitié est certes débarrassée d’une encombrante référence mais alourdie par une voix off plus bavarde qu’un roman. Alors que les décors et la réalisation de qualité permettent de découvrir l’ambiance unique du Naples des années 1950 à nos jours, la narration manque en revanche de couleur. Maintenant qu’on a ces splendides images en tête, il est sans doute de lire les romans.