« L’Affaire Bojarski » : Reda Kateb, un faux-monnayeur aux multiples contradictions
Le film L’Affaire Bojarski, réalisé par Jean-Paul Salomé, s’inspire de l’histoire vraie de Ceslaw Jan Borjawski, un faux-monnayeur après la Seconde Guerre mondiale. Jan Bojarski, dont l’activité a eu des conséquences graves, a été soutenu par sa famille jusqu’à sa mort en 2003.
Connaissez-vous L’Affaire Bojarski, le titre du nouveau film de Jean-Paul Salomé ? Si vous n’en avez jamais entendu parler, vous serez d’autant plus captivé par ce thriller inspiré d’une histoire vraie, celle d’un faux-monnayeur après la Seconde Guerre mondiale. Et même si vous êtes déjà familier avec cette affaire, le film saura vous séduire. Reda Kateb y interprète cet inventeur brillant qui créait seul ses billets dans son atelier et les écoulait en toute discrétion à travers la France.
« Il était à la fois un artisan et un commercial, explique Reda Kateb. Il a conçu des choses incroyables mais ses origines polonaises l’ont empêché de déposer ses brevets, le contraignant à trouver d’autres moyens pour survivre. » Après avoir inventé une capsule pour cafetières et le stylo-bille sans pouvoir bénéficier de ses découvertes, Ceslaw Jan Borjawski s’est reconverti dans la fabrication de faux billets en secret, à l’abri des regards de sa femme, incarnée par Sara Giraudeau dans le film, qui livre une performance touchante.
Un métier hors du commun
« Pour moi, un rôle débute toujours par un métier, déclare Reda Kateb. Si je ne suis pas crédible dans l’activité du personnage, je ne pourrai pas convaincre le public. Les gestes sont d’une importance cruciale. » Ainsi, l’acteur a suivi une formation pour apprendre à manier les machines utilisées par le faux-monnayeur et éprouver physiquement les sensations que cet homme ressent dans chacun de ses gestes.

Jan Bojarski était si talentueux dans son « travail » que la police a mis un certain temps à réaliser qu’il s’agissait d’un individu isolé », explique Bastien Bouillon, qui joue le policier prêt à risquer sa carrière pour arrêter le faux-monnayeur. Aujourd’hui, les faux billets créés par Bojarski sont considérés comme des œuvres d’art, se vendant plusieurs milliers d’euros lors des enchères.
Chasse à l’homme
On se passionne rapidement pour ces deux personnages et leur jeu de chat et de souris, qui dure plusieurs années. « Mon personnage a été très romancé, souligne Bastien Bouillon. Jean-Paul Salomé met en avant l’admiration sincère que le policier éprouve pour sa proie. » Comme tout artiste, Jan Bojarski ressent un besoin de reconnaissance. Il ne peut se contenter de l’anonymat exigé par son activité. « C’était un être plein de contradictions, souligne Reda Kateb. C’était un homme discret qui aimait être bien habillé et qui désirait être connu, d’avoir des spectateurs autres que le policier qui le traque. » Ce besoin de reconnaissance lui coûtera cher, le conduisant à passer de longues années derrière les barreaux et en sortir brisé. « Il s’était attaqué à l’économie et à la Banque de France, un crime difficilement excusable, déclare Reda Kateb. Il a vécu dans une immense solitude et n’a pu entretenir des relations avec ses enfants que lors des visites. Sa fille m’a avoué que le génie de son père ne lui avait apporté que la prison. »
A hauteur d’homme
Jean-Paul Salomé, réalisateur de La Daronne et de La Syndicaliste avec Isabelle Huppert, s’est passionné par ce destin hors du commun. Bien qu’il ait pris des libertés avec la réalité, il a traité L’Affaire Bojarski avec respect, obtenant l’approbation de la famille de ce dernier, qui a soutenu Jan Bojarski jusqu’à sa mort en 2003. « Jean-Paul a choisi de se concentrer sur l’aspect intime, ce qui est très rare pour un sujet de ce type. Il laisse également la place à l’imaginaire du public en abordant ses relations avec son épouse et son amitié avec un homme énigmatique joué par Pierre Lottin. Il dépeint Bojarski avec humanité », explique Reda Kateb.
Notre rubrique cinéma
La complexité de Jan Bojarski et son activité atypique en font un héros cinématographique idéal que l’on suit sur près de vingt ans. La fascination que l’on éprouve pour lui constitue l’un des moteurs de L’Affaire Bojarski. Ce portrait d’un homme surdoué dont le talent a été gâché mêle à la fois divertissement captivant et réflexion sur l’art.

