La Zarra, la chanteuse venue du Québec qui veut faire tomber la France en glamour

La Zarra est un personnage. Dans tous les sens du terme. D’abord parce que la chanteuse québecoise, dont le premier album, Traîtrise, est sorti ce vendredi, a de la personnalité et du bagout. Un exemple : en 2016, elle rencontre chez des amis communs Benny Adam, un producteur et compositeur montréalais. Elle lui lance au débotté qu’elle sait chanter. « Lui, un peu cocky [arrogant], me dit : « Prouve-le ! ». Je lui ai répondu que je n’avais rien à lui prouver », raconte-t-elle à 20 Minutes.

L’histoire aurait pu tourner court – et l’anecdote être particulièrement inintéressante –, si elle ne s’était poursuivie quelques semaines plus tard, lors d’une autre soirée. Lui, se met au piano et joue les premières notes de Pour que tu m’aimes encore. Elle le rejoint et entonne les paroles de la chanson de Céline Dion​. « Il s’est tourné vers moi : « Ah ouais ! C’est donc vrai, tu chantes bien ! Passe à mon studio d’enregistrement » ». Rendez-vous accepté, elle y va dès le lendemain. C’est aussi simple que ça. Démarrent alors quatre années de travail. « Je me suis familiarisée avec le studio, j’ai analysé les techniques de certaines chanteuses comme Barbra Streisand, Shirley Bassey, Edith Piaf ou Barbara et j’ai fini par trouver ma voix. »

Son premier opus est donc le fruit d’étapes franchies pas à pas. « Je ne sais pas si ça va être mon seul album. Cela a été une expérience folle, très difficile. J’ai vécu plein de choses qui ont fait que j’en suis arrivée là où j’en suis aujourd’hui. Chaque intervenant a apporté sa contribution essentielle, donc c’est important pour moi de leur témoigner de ma gratitude. ». Dont acte : dans le livret, la liste des remerciements s’étend sur deux pages.

Un nom de scène comme un poème

Voilà pour le récit de la genèse de l’artiste, bien différent de celui de la plupart de ses consœurs aimant miser sur le storytelling de la vocation précoce apparue dans l’enfance. « J’ai toujours aimé chanter et danser, précise-t-elle. Mais quand j’étais petite, être chanteuse allait de pair avec être une star et, pour une personne comme moi qui habitait à Longueuil [une ville à une vingtaine de minutes en voiture au nord de Montréal], cela me semblait impossible. »

Impossible n’est pas québécois. La Zarra a fini par voir le jour. On y revient : c’est un personnage. « Je voulais un nom de scène, explique l’artiste. Ce n’est pas avoir une double personnalité, plutôt un alter ego. » Elle ne souhaite pas pour autant se détourner complètement de son état civil, Fatima Zahra. Alors La Zarra s’est imposé comme une évidence. Ce nom évoque les figures féminines qui hantaient de leur gouaille les cabarets parisiens d’il y a un siècle ou deux en même temps qu’il fait penser aux divas italiennes au glamour intimidant. « Il y a aussi un poème de Victor Hugo, intitulé Lazarra, qui parle d’une fille qui court, qui chante, qui est très déterminée. Je me suis dit que c’était moi ! »

La chanteuse ne laisse rien au hasard dans ses apparitions publiques ou dans ces clips. Même lorsque 20 Minutes la rencontre pour une interview, elle apparaît, jupe fendue et chapeau noir, telle une réminiscence des vamps d’antan. « J’adore les films des années 1940, 1950 et 1960. Je suis obsédée même. La manière dont la femme était représentée, c’était tellement beau, élégant et puissant », confie-t-elle, saluant sa « fantastique » styliste. « On va laisser la sensualité parler sans être dans la vulgarité. Pour aller sur scène, il me faut un chapeau, du maquillage… J’ai besoin de ça. »

Eternel paradoxe de la chanteuse recourant à une armure couture alors que dans les textes de ses chansons elle se confie intimement sur ses amours déçues et ses ambitions. Elle assume : « Je suis quelqu’un de pudique. Quand j’ai commencé à écrire, c’était difficile de me livrer. C’est La Zarra qui est capable de parler de ça, de le romancer, de le rendre un peu mélancolique, pas Fatima. »

« Je ne voulais pas être la chanteuse sérieuse qui roule ses « r » et chante fort »

Il ne faut jamais se fier aux apparences. Y compris avec sa musique. « Quand ils écoutent mes morceaux, les gens sont surpris d’apprendre ensuite que je suis Canadienne », avance-t-elle. Les quatorze chansons de son album sont un condensé des influences de cette artiste qui « a grandi avec le côté hip-hop », a « appris à chanter avec la variété francophone » et a voulu des arrangements lorgnant tantôt les orchestrations de The Great American Songbook de Sinatra, tantôt des inspirations orientales ou classiques.

Elle a trouvé son style, sa patte, injectant une dimension camp dans son univers et une forme d’humour. « Je ne voulais pas arriver comme la chanteuse sérieuse qui roule ses « r » et chante fort parce que ce n’est pas qui je suis », insiste La Zarra qui compte sur ce cocktail pour conquérir le marché tricolore. « J’ai pris la décision en 2019 de me lancer en France. J’ai depuis très longtemps une attirance pour votre pays », reprend-elle.

Sa première chanson, Tu t’en iras, tourne bien en radio et est chaleureusement accueillie par les journalistes. « D’habitude, c’est le contraire : d’abord on touche le public, puis les médias suivent. Cela me rassure un peu parce que j’ai l’impression que c’est comme cela que fonctionnaient les carrières à l’ancienne », analyse la chanteuse qui a hâte d’aller à la rencontre de son auditoire sur scène, l’année prochaine. « Je pense que je chanterai mieux en concert que sur mon album. Ma voix a évolué depuis l’enregistrement, prévient-elle. Sur le disque, ma voix est bonne mais c’est encore mieux maintenant. »