La vidéosurveillance peut-elle devenir un critère primordial dans la recherche d’un bien immobilier ?

« Tu es contente de ce nouvel appartement ? Dans quel coin ? Le Plessis-Robinson, ça va, c’est calme ? » Echange anodin à la machine à café il y a quelques mois avec une collègue, qui me parle rapidement de sa copropriété flambant neuve. « Oh, c’est Disneyland, il y a des caméras partout, on ne risque rien. » Sous-entendu : la vidéosurveillance est la clé pour un quotidien libéré des questions de sécurité. Est-elle alors devenu un critère pour ceux qui sont à la recherche d’un logement en région parisienne, à la location comme à l’achat ?

Olivier Princivalle, tout juste nommé à la tête de la Fnaim Grand Paris, le syndicat qui représente en Ile-de-France les professionnels de l’immobilier, et qui travaille depuis 25 ans dans les syndics de copropriété, partage son expérience sur les services de vidéoprotection : « Ce n’est ni un critère de choix, ni un critère de sélection. » Un constat partagé par les principaux réseaux immobiliers qui n’ont pas voulu donner de suite à nos demandes pour cause de « manque de datas sur le sujet » et de « critères trop résiduels pour être concrètement mesurable ». « Mais c’est une réponse efficace à l’inquiétude des copropriétaires en cas de cambriolage ou d’agression avérés », nuance le principal interlocuteur.

Un équipement largement installé en première couronne

Il identifie deux marchés différents sur le Grand Paris et qui ne comportent pas les mêmes enjeux sur la sécurité. « Le marché de la banlieue, et notamment de la première couronne, a vu très largement l’installation de cet équipement, et notamment dans des zones où la sécurité est un souci ». Et pour cause, il permet d’identifier tout auteur de vol ou de dégradation, qu’il soit extérieur à l’immeuble, ou occupant. « Ça allait dans la droite ligne de la sécurisation des halls d’entrée, de l’installation de la visiophonie à l’entrée des immeubles, de tout ce qui permettait d’identifier avec l’image les gens qui entrent et qui sortent. », ajoute Olivier Princivalle.

Mais pour lui, que les logements soient neufs ou anciens, il n’y a pas de distinction : « Ce qui compte, c’est l’efficacité de la politique publique sur la sécurité en général. Et le fait que les occupants aient vécu un choc traumatique auparavant, comme un cambriolage ou une agression. A ce moment alors, ils demandent au syndic ce type d’installations. » Il l’explique par une efficacité redoutable, un fort pouvoir dissuasif – « l’affichage à l’entrée des immeubles sur les voies d’accès étant obligatoire » –, et un coût très raisonnable. Pourtant, Olivier Princivalle l’admet, « on trouve des réfractaires dans toutes les copros à ce genre d’équipement ».

Une pratique à encadrer

Nouveau small talk la semaine dernière avec la même collègue citée au-dessus que nous appellerons Andréa. « Ah non, mais ces histoires de caméra, ça crée beaucoup de débats. Le groupe WhatsApp de la copro n’arrête pas de biper et de vibrer. Sortez-moi de là », plaisante-t-elle. Et pourtant, comme l’indique Olivier Princivalle, la pratique doit absolument être encadrée. « Il faut être vigilant sur les autorisations à consulter les vidéos. Elles ne doivent être octroyées qu’au syndic de la copropriété sur réquisition de la police nationale. »

Pour le président de la Fnaim Grand Paris, laisser les images entre les mains des conseils syndicaux par exemple, ces assemblées de copropriétaires qui prennent des décisions mineures pour le bien de la communauté de leur copro, est une bien mauvaise idée. « Il ne faut pas laisser n’importe qui se prendre pour les policiers de l’immeuble et vérifier tout et n’importe quoi sur les images. » Car alors la vie privée ne l’est plus vraiment et peut transformer un équipement efficace en véritable pomme de discorde.

« Aujourd’hui, le critère de la maîtrise des charges de copropriété est loin d’être neutre, avec une conséquence directe sur le budget quotidien. Celui de l’étiquette énergétique du logement et/ou du bâtiment est aussi un critère qui s’impose, depuis la loi de transition énergétique, qui a fait de cette indication informative, un critère de décence des logements. » Olivier Princivalle ajoute à ces éléments déterminants dans une recherche immobilière le critère de l’état des risques naturels, « qui jusque-là n’intéressait pas grand monde, mais qui avec les impératifs climatiques, devrait jouer un rôle prépondérant dans les années à venir ». En région parisienne toutefois, il sera limité car « le bâti déjà très densifié repose sur un sol globalement argileux partout ».